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ARTheque - STEF - ENS Cachan | Bulletin de l'Association des Anciens Élèves de l'ENSET et de l'ENS de Cachan n° 203

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(W S

C * C H * N 61, av e n u e du P résid en t Wilson 94235 CACHAN C edex Tél. : 01 47 40 20 00 Télex : ENSC 250 948 F

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a c B lc O r .L

^

^ O M M A IR E

Le Brésil

- Vive r e n s e ig n e m e n t techn iq ue

- Deux extraits de con c o u rs

d’en tré e aux ENS

- Contribution a I histoire

de l’ENS de C achan

N ° 2 0 3 2^™ trim. 1998 A b o n n em e n t p o u r un a n 2 30 F

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Association

des Anciens et Anciennes élèves des Sections Normales, de

l’Ecole Norm ale Supérieure de l’E nseignem ent Technique

et de l’Ecole Norm ale Supérieure de Cachan.

Présidents d ’honneur :

MM, les D irecteurs g é n é ra u x h o n o ra ire s d e l’E n se ig n e m e n t tech n iq u e.

MM. les a n c ie n s D irecteurs d e l’E cole N orm ale S u p é rie u re d e l’E n se ig n e m e n t Technique. M, le D irecteur d e l’E cole N orm ale S u p é rie u re d e C a ch an .

M. le D irecteur d e l’a n te n n e d e B retag n e d e l’E cole N orm ale S u p érieu re d e C a ch an . M. le D irecteur Adjoint d e l’E cole N orm ale S u p é rie u re d e C ach an .

M. le R ecteur R PASTOUR.

Présidents - Vice-Présidents - Secrétaires Généraux - Trésoriers honoraires :

R. CANTAREL (8 56-59) In sp e c te u r g é n é ra l d e l’E ducation nationale. M. JEANEAU (Al 39-43), P ro fesseu r honoraire.

P PUECH (Al 44-46), P ro fesseu r honoraire. J.M. REFEUIL (EF 39-42), P ro fe sse u r honoraire. M. RESSAYRE (D 56-59), P ro fe sse u r honoraire. D. SAUVALLE (B 46-48), P ro fesseu r honoraire.

A. THUIZAT (Al 42-44), In sp e c te u r Principal d e l’E n se ig n e m e n t T echnique honoraire

COMITÉ

Présidente :

M. BLACHIER (C 68), 6 ru e Alfred d e M usset, 92360 MEUDON-LA-FORET

Vice-Présidents :

B. BRAUN (A, 66-69), 20 allée A lbert-Thom as, 91300 MASSY. C. CREUZE (D 67), 2 allée d e s N aïad es, 62200 BOULOGNE su r MER.

Secrétaire général :

M.A. PINDAT (A2 52-55), 25 a v e n u e S t-Je a n d e B e au reg a rd , 91400 ORSAY.

Secrétaires adjoints :

C, CARTON-SUBAÏ (B4 91), 3, allée d u Bois, 017 0 0 NEYRON E. DUC (B3 90), 31 a v e n u e Reille, 750 1 4 PARIS

P RYCKELYNCK (Al 83), 10 ru e M a u p assan t, 59210 COUDEKERQUE-BRANCHE.

Trésorier :

M.N. BONTOUX (D 70), 22 ru e M arceau, 92170 VANVES

Trésorier adjoint :

I. PRIM (D2 91), Le Bourg, 29690 LA FEUILLÉE

Autres membres du comité :

M m es et MM. A. BERNARD (EF 46-48), A. CHASSOT (C 56-59),

J. CHEFDEVILLE (Al 52-55), H. COUDANE (Al 44-46), J.P DUGARDIN (A” 1 58-62), J. DUPUY (EF 60-64), E. GILQUIN (Al 65), M. JEANEAU (Al 39-43),

A.M. REVEILLÈRE (C 49-51), D. RICARD (A2 44-46), J.J. SANTIN (B1 77) ADRESSE ET COMPTE COURANT POSTAL :

ASSOCIATION D ES AN CIEN S ELEVES DE L’E.N.S.E.T. ET DE L’E .N .S . DE CACHAN

61, avenue du Président Wilson - 94230 Cachan (Val de Marne). Tél/Fax : 01.69.28.78.18.

C.C.P. Paris 5488 99 K

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INSTRUCTIONS AUX AUTEURS.

Le Bulletin de l’Association est un moyen de liaison entre les membres, dont le but essentiel est, conformément aux buts plus généraux que s’est fixée l’Association, de promouvoir l’Ecole Normale Supérieure de Cachan et, également, la culture techno­ logique dans ses multiples facettes, mais aussi la vie de l’Association, pour cette partie qui ne relève pas de l’Annuaire. Les manuscrits doivent être dans la mesure du pos­ sible déjà tapés et transmis sous forme soit d’une disquette avec l’indication du logiciel employé pour le taper, soit sous forme d’un fichier par e-mail à :

(Pindat) [email protected] soit sous forme papier à :

C. Carton-Subai' - 3, allée du Bois - 01700 Neyron ou encore par fax au 01.69.28.78.18.

Voir le site intemet httpi/Avww.aae.ens-cachan.ff ^

ADHESION A L’ASSOCIATION

des Anciens élèves de l'E.N.S.E.T. et de l'E.N.S. de Cachan.

Pour adhérer, il faut réunir entre autres les conditions suivantes : avoir fait par­ tie d’une des sections de rE.N.S.E.T ou de l’E.N.S. en qualité d’élève-professeur; soit être élève-professeur au cours des 4 années d’études, par une entrée au concours d’ad­ mission et payer régulièrement la participation annuelle : 230 fi-ancs en 1997-98. Le service des bulletins et annuaires est associé à l’adhésion. Le BULLETIN D ’ADHE­ SION indique les nom, prénom usuel, nom de jeune fille, date et lieu de naissance, promotion, section ou dépt., grade, fonction, nom et adresse de l’établissement d’exer­ cice, et doit être renvoyé, dès que possible, à :

Mme Marie-Noëlle BONTOUX, 22 rue Marceau, 92170 VANVES accompagné d’un chèque bancaire ou postal établi à l’ordre de; ASSOC. ANC. ELEVES E.N.S.E.T. ET E.N.S. CACHAN C.C.E PARIS 5488-99 K.

Abonnement au Bulletin de l’Association pour un an : 230 F en 1997-98 prix au numéro : 85 F.

Le but recherché dans cette association est de contribuer activement au déve­ loppement et à la défense de l’Ecole Normale Supérieure de Cachan et, dans l’accep)- tion la plus large, de l’esprit technologique dans toutes les disciplines scientifiques et générales enseignées dans les établissements publics; de défendre la qualité d’ancien élève; et de maintenir les liens d’amitié que les élèves-professeurs ont formés dès leur séjour dans ces écoles et se prêter un mutuel appui. La reconnaissance de l’utilité publique de l’Association n’est pas contestée par le Conseil d’Etat. La procédure de recormaissance est poursuivie.

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SOMMAIRE

pages

• L e Brésil

Jane H a c q u a r t 4 à 13 • Vive l’en seig n em en t tech n iq u e

M ichel B erthaud 14 à 26 • D eux extraits de concours d ’e n tré e aux E N S 27 à 36 • Le congrès d e C achan

M .-A. P i n d a t 37 à 47 • C o m p te re n d u de la ré u n io n du com ité n ational

M .-A. P i n d a t 48 à 51 • L e ttre ad ressée au m inistre

au sujet des po stes de l’agrégation

M ichèle B la c h ie r 52 à 53 • C o n trib u tio n à l’histo ire de l’E N S de C achan

Jacques B o d i n e a u 54 à 55 • C a r n e t ... 56 • A ppel à to u s les a n c ie n s ... 57 • Les anciens élèves e t in te rn e t... 58

• N os cam arad es p u b lie n t 59 à 60

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LE BRESIL

p a r Jane Hacquart

(J. ValtyEF 39-41)

A u mois de mars de cette année 1998, les écrivains brésiliens

ont été les invités d ’honneur du Salon du Livre de Paris. Aussi est-il

sans doute opportun de donner ce récit de voyage aux États-Unis du

Brésil (le plus grand état d ’Am érique latine) de notre excellente cam a­

rade Jane H A C Q U A R T (J. VALTY EF 39-41) que nous remercions

chaleureusement.

J.-Marc Refeuil

En 1985, une amie et moi, nous avons mis la cap sur le BRÉSIL en avion. Nous avons atterri à BELEM , ville située au sud-est de l’em bouchure de l’A M A ZO N E. Nous avons pris pied sur ce vaste territoire, à l’histoire bien agi­ tée, où les Français, dès 1530, jouèrent un rôle actif pour s’im planter dans le pays appelé BRAZIL, du nom du bois recherehé pour sa substance colorante, le pan brazil. Tantôt avec les Hollandais, tantôt avec les Anglais, les Français durent lutter, dès 1534, contre les Portugais qui eolonisèrent et organisèrent le BRÉSIL, am enant même des Noirs comme esclaves. Luttant égalem ent contre l’ESPAGNE, ce n ’est qu’en 1674 que les Portugais restèrent m aîtres du BRÉSIL. Malgré quelques tentatives françaises, en 1762, le B R ÉSIL est vice- royaume du Portugal, et en 1763, R IO en devient la capitale. Ce n’est qu’en 1824 que, devenu indépendant, le BRÉSIL chassa les Portugais, et après bien des difficultés, élimina le régime des Régents installés à la tête du pays, et pro­ clama enfin, la prem ière République en 1889. Mais après un période de dicta­ ture avec G etulio Vargas, le BRÉSIL, entré dans la guerre de 1939, devint définitivement une République en 1945.

Voilà, il me semble que ce passage historique était nécessaire puisque nous avons joué, là, un rôle assez im portant, et que l’influence portugaise a été très grande, dans bien des domaines, ne serait-ce que dans la langue restée portugaise.

C ’est, donc, à BELEM que notre groupe a débarqué. C ette ville de 700 000 habitants reste im portante en A M A ZO N IE. Elle a été une cité très glorieuse avec le caoutchouc vers 1900. Plus calme, m aintenant, c’est un port, ouvert sur un bras de l’Amazone, et qui présente au visiteur une flotte d’an­ ciens navires, qui rappellent les caravelles de jadis ! C ’est un m usée à présent. E t puis il y a les belles églises au style portugais, offrant des façades baroques ou rococo, et avec des richesses à l’intérieur, comme la chaire du X V III ème siècle que l’on peut voir dans la Cathédrale. O n pratique la pêche à BELEM ,

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et le marché aux poissons est des plus animés et fort pittoresque. Il y a aussi le très original musée, le « Paradis des Tortues » qui abrite 3 000 de ces animaux ! Nous avons repris l’avion, pour MANAUS, autre grande ville de l’Amazonie, située sur le Rio Negro, à 20 m inutes de bateau de son confluent avec l’Amazone. M ANAUS est en plein cœ u r de la forêt am azonienne qui s’étend au nord, comme au sud, sur des centaines de kilomètres. Épaisse, inviolée pendant longtemps, elle connaît depuis quelques années une exploi­ tation intensive pour l’établissem ent de routes. Les grands arbres de 40 à 50 m ètres sont abattus, et l’on fait disparaître le fouillis d’arbustes poussant sur des terres souvent inondées.

C ependant, dans cette forêt au climat équatorial chaud et humide, des espèces animales restent en place. Les insectes, tout d’abord, énorm es, comme les Mygales. Je revois une de ces grosses araignées traversant le sentier que nous suivions dans la jungle, près du fleuve ! LA M A Z O N IE est aussi une réserve riche en reptiles de toutes sortes : l’A naconda m esure 10 m ètres de long ! Je n’en ai vu que dans un centre à SAO PAULO. Les poissons sont nom ­ breux : les gymnotes longues de 2 m ètres qui envoient des décharges élec­ triques, je n’en ai pas vu, mais par contre, lors d’une sortie, nous avons ren­ contré des pêcheurs tenant, dans leurs mains, des Piranhas qu’ils venaient de pêcher. Ces poissons carnivores sont petits, contrairem ent à ce que j ’imaginais. Mais à plusieurs, ils dévorent rapidem ent un b œ u f ! Les oiseaux peuplent en grand nom bre la forêt, entre autres, les toucans, les aras. Enfin, une grande variété de singes, ou des animaux curieux comme le Paresseux, le Tapir, le Tatou !

La forêt, longtemps, a été exploitée pour le caoutchouc qui a fait la richesse de MANAUS, richesse disparue quand elle est devenue celle de l’A N G L E T E R R E , par ailleurs. E t puis il y a l’or, que l’on exploite encore, dans des conditions fort pénibles pour ceux qui se livrent à son extraction, sou­ vent pour des compagnies.

MANAUS, la capitale ! héberge ses 350 000 habitants entre la forêt et le fleuve. C ’est une ville charm ante, opposant la richesse des édifices de l’époque du caoutchouc, aux habitations en bois peint de toutes les couleurs, construites près de l’eau, et m êm e sur pilotis. Au centre, un très joli T héâtre blanc, avec des colonnes, où l’on jouait justem ent Carm en ! ! Le port abrite de nombreux petits bateaux, pas m odernes d’allure, pour le commerce. Certains gros navires rem ontent le fleuve jusque là. Certes MANAUS, la grande cité du caoutchouc auquel elle a dû sa fortune, a sûrem ent perdu de son im portance. Mais elle reste agréable, avec une population aimable, assez mélangée comme dans tout le pays : amalgame de Blancs, de Noirs et d’indiens ! O n dit qu’il n ’y a pas de ségrégation. Les Indiens, fragiles de constitution, prom pts à attrap er les m icrobes des maladies européennes, ce qui les a décimés au début, vivent en partie dans la forêt d’Amazonie. Le peu qu’il en reste est sous la protection d ’organismes qui s’occupent d’eux socialement, m édicalem ent, intellectuelle­ m ent. Mais en A M A Z O N IE , si on en rencontre un assez grand nom bre à

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BELEM et à MANAUS, le reste se réfugie au fond des forêts, souvent près des Missions, et pour se rendre dans leurs tribus, il faut une dem ande d’autorisa­ tion. Néanmoins, il paraît qu’ils apprécient la liberté de leur vie de pêcheurs ou de chasseurs.

N otre hôtel appartenant à une chaîne brésilienne, avait un style colonial, avec ses galeries, ses colonnes. Tout autour, un vaste jardin aux plantes exo­ tiques où s’ébattaient de nombreux singes. D ans ces régions équatoriales où il pleut un peu chaque jour, la chaleur et l’hum idité régnent. U n matin, alors que nous nous prom enions dans les allées détrem pées par une averse, des singes familiers sont venus vers nous, sautant sur nos épaules, ou, comme cela m ’est arrivé, s accrochant à nos jupes. La mienne était blanche ! les pattes du singe boueuses ! et après lui avoir fait lâcher prise, j ’ai dû aller me changer !

Au restaurant de l’hôtel, très bonne nourriture. A un des m enus : une soupe de poissons, délicieuse, du poisson accompagné de riz, de manioc, de tom ates, de pommes de terre et, relevant fortem ent le tout, une sauce de pim ents !! Je n’oublie pas notre apéritif, le Batida, mélange d’eau-de-vie de canne et de jus de fruits. C ’était fort, mais excellent !

E t m aintenant parlons de l’A m azone ! Ce long fleuve de 7 000 kilomètres descend des Andes et arrose le BRÉSIL à partir de son cours moyen. Large de nombreux kilomètres, surtout à sa vaste em bouchure sur l’ATLANTIQUE, c’est le prem ier fleuve m ondial (par son débit égalem ent). Les nombreux affluents, dont le Rio Negro, lui apportent une énorm e quantité d’eau. C ’est grâce à cela, que les transatlantiques peuvent rem onter le fleuve jusqu’à MANAUS.

U n jour, nous avons effectué (ce que de nom breux touristes font) une prom enade en bateau sur l’Amazone. Nous l’avons traversée et sur l’autre rive, nous avons em prunté un sentier qui s’enfonçait dans la jungle. E t là, pendant plus d ’une heure, nous avons marché sous les grands arbres, animés de chants d ’oiseaux et d’une foule d ’insectes invisibles. Pas de serpents, mais la mygale dont j ai parlé. Au bout du chemin, un bayou. C ’est en bateau que nous nous sommes enfoncés à travers les roseaux épais, dans cet endroit retiré où régnait un silence oppressant. Au retour,- ce fut notre rencontre avec ces aimables pêcheurs, devant une sorte de café sur pilotis. Expérience de la jungle, très nouvelle pour tous. U n autre jour, partis de MANAUS sur le Rio Negro, nous avons atteint l’endroit où les deux fleuves se rencontrent. C ’est une vision extraordinaire ! Le Rio N egro, avec ses eaux som bres, vient heu rter l’Amazone (qui s’appelle avant son confluent : le Rio Solimoes) avec ses eaux boueuses. E t les deux eaux ne se m élangent pas en raison d ’une différence de tem pérature. La rencontre se m arque par une longue ligne jaunâtre, et ce n’est qu’à 65 kilomètres de là que les eaux finissent par se confondre. E t la vision curieuse, c’est celle de nénuphars s’étalant sur les eaux et de poissons ressem ­ blant à des dauphins. Nous sommes revenus enchantés de cette excursion sur le plus grand fleuve du Monde.

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très développé pour franchir les longues distances m arquant le pays. E t c’est au centre, à BRASILIA, que nous nous sommes arrêtés. Là, prem ier dépayse­ m ent : venant de l’A M A Z O N IE aux forêts épaisses, on arrive à une région de plateaux, dépourvue de végétation. C ’est sur ces espaces qu’un architecte, héritier des conceptions de Le Corbusier, a construit une ville extraordinaire, ne ressem blant à nulle autre, qui devait devenir la capitale du BRÉSIL, avec ses 3 millions, environ, d’habitants actuels ; (alors qu’à l’origine on en p ré­ voyait 200 000). Tout est nouveau dans cette ville qui devait détrôner Rio de Janeiro, surtout parce qu’elle est située au cœ u r du pays.

BRASILIA est une ville aérée, avec de la verdure. Pour en faire le tour, il existe des circuits organisés, et c’est ce que nous avons pris. Deux grands axes en form e de croix la divisent. Sur l’axe nord-sud, existe un trafic intense, pour desservir les quartiers d ’habitations. Là, on voit des groupes d’immeubles en hauteur, encadrant une place autour de laquelle s’ouvrent des magasins ; des arbres abritent la place. Eaxe est-ouest regroupe les édifices publics, les banques, les hôtels, les hôpitaux. E t puis il y a les quartiers résidentiels, avec entre autres la zone des M inistères, entourés de beaux jardins.

Je revois, en particulier, le Congrès National : bâti sur une large espla­ nade, il repose sur une vaste base, et présente d ’un côté une grande coupole, de l’autre une coupole renversée avec sa base vers le ciel, et entre elles, deux immenses buildings rectangulaires, de faible largeur, rappelant les « Jum eaux » de NEW -YORK ! Je pense aussi à ces deux gigantesques personnages, au milieu d’un espace découvert. Silhouettes sombres, plates comme certaines m arionnettes chinoises, elles déploient un corps aux formes étranges, avec des proportions étonnantes : jam bes immenses, écartées, taille mince et dém esu­ rée, bras de forme géom étrique assez curieux, dont l’avant bras se dresse vers le ciel, cou interm inable sur lequel repose une tête minuscule. Ces formes, se détachant sur le ciel bleu, sont saisissantes.

E t puis, c’est la C athédrale, édifice arrondi, surprenant. O n dirait une couronne royale, avec des'm urs crénelés, les dits créneaux se term inant par une courbe au-dessus du toit. C ’est vraim ent le comble de l’originalité. A l’in­ térieur, de riches décorations, et non loin de l’église, à l’extérieur, une sorte de pan de m ur, avec un espace où s’accrochent des cloches : un clocher comme on en voit peu ! D es personnages très grands, en pierre, entourent l’édifice. Ce qui frappe, c’est l’aspect dépouillé des constructions, et aussi l’originalité des formes.

Vue de notre hôtel situé sur une petite hauteur, BRA ZILIA s’étire, et de loin, rien n ’accroche le regard. O n pense à nos villes, groupées autour de leur clocher, resserrant leurs bâtim ents et leurs maisons, form ant un tout, avec son caractère. C ertainem ent, BRASILIA offre, dans le détail, beaucoup d’origina­ lité et de talent, mais elle m ’a semblé ne pas avoir d’âme.

E t nous quittons le centre du BRÉSIL, pour venir, en avion, atterrir au sud-ouest du pays, à IGU A ÇU . Nous sommes logés dans un hôtel de la même chaîne que celui de MANAUS. Nous apprécions son confort, le charm e de son

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aspect avec ses terrasses, et la beauté des jardins qui offrent leur végétation tropicale aux chauds rayons du soleil. Là, pas d’excessive verdure. Mais de belles fleurs, et des animaux qui se prélassent en liberté.

IG U A ÇU est une petite ville avec, comme richesses, des églises du X V IIIèm e siècle et un cloître de 1654. Mais ce qui attire le touriste, dans ce site à la frontière du PARAGUAY et de l’A R G E N T IN E , ce sont les célèbres chutes du fleuve IGUAÇU.

Imaginez 220 chutes au total, de couleur caramel, surtout l’été, avec les pluies. De notre hôtel, nous pouvions en apercevoir quelques-unes situées au BRESIL. Pour mieux les voir, on traverse le fleuve, et on suit les chutes, en les longeant, sur un sentier, ou on les contem ple depuis des plates-formes am é­ nagées pour cela. C ’est une prom enade merveilleuse. Nous avons pu voir celles qui se trouvent en A R G E N T IN E , en pénétrant dans ce pays en car. Ces chutes sont magnifiques. J ’ai repensé à celles du Niagara. Mais elles diffèrent énorm ém ent, tout en étant très belles les unes et les autres.

U n jour, au reto u r d ’une prom enade en car, nous avons déjeuné dans un « churascarria » ou restaurant servant des grillades de b œ u f ou toute autre viande. U ne guitare déversait d’agréables mélodies. Sur la table un grand pla­ teau en liège, sur lequel le serveur est venu planter une sorte de longue broche semblable à un épée ! et traversant un énorm e quartier de b œ u f grillé. Le ser­ veur a découpé adroitem ent la viande en tranches qu’il déposait au fur et à m esure dans nos assiettes, viande fondante, délicieuse, un régal ! Ayant mani­ festé le désir d’em porter cette broche en souvenir, j ’ai eu le plaisir d’être satis­ faite ! Le propriétaire m ’en a fait cadeau. Présent un peu encom brant pour la suite du voyage, mais que je contem ple aujourd’hui avec joie, sur le m ur de mon salon. Il me rappelle tant de bons souvenirs !

U n soir, nous avons franchi la frontière du PARAGUAY, pour aller écouter, dans une sorte de cabaret, des chants d’A M É R IQ U E du SUD. Nous avons beaucoup apprécié ce concert de musique typique.

E t le séjour dans le sud s’achève. Avion, à nouveau, vers SAO-PAULO, en direction de la côte est. Là, les touristes que nous étions, se sont retrouvés devant une immense cité (c’est la 5ème ville du M onde avec ses 8 millions d’habitants) qui n’avait rien de rom antique, avec ses hauts buildings, encadrant çà et là des pavillons plus m odestes . Comme NEW -YORK, c’est la ville du béton, et c’est avant tout une ville d’affaires, centre im portant, industriel et commerçant. SAO-PAULO est une cité surpeuplée, d ’où l’intense circulation qui encom bre ses rues. La pollution y règne ! Malgré tout, c’est une ville cul­ turelle où la vie artistique s’est développée. Elle offre de bons restaurants. Je revois l’un d’entre eux aux spécialités italiennes, juché sur un building, d’où la vue sur la ville est belle, et où nous avons très bien déjeuné.

Mais la visite intéressante à SAO-PAULO c’est celle du C entre Antivenimeux. Le B RÉSIL est littéralem ent peuplé, surtout en A M A ZO N IE, et sur le M atto Grosso, d’une très grande variété de reptiles et d ’insectes veni­

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meux (comme la mygale) dont le développem ent est favorisé par la chaleur et l’hum idité en particulier. Tellement nombreux qu’on n ’en connaît même pas la quantité ! ! Mais à SAO-PAULO on a créé ce C entre qui fabrique un grand nom bre de vaccins, chacun ne pouvant convenir à tous les animaux. O n nous a fait visiter une grande salle entourée de vitrines, où ondulaient des espèces dif­ férentes de serpents, et où d’énorm es mygales se déplaçaient. Des laborantins sont venus, et nous ont réunis en un vaste cercle, au milieu duquel ils ont lais­ sé tom ber trois serpents rouges, très vigoureux, à notre grand effroi ! ! Puis rapidem ent, à l’aide d’un bâton fourchu, (la fourche m aintenant la tête de l’animal) ils ont saisi les serpents derrière la tête, justem ent, et nous ont m on­ tré com m ent en pressant sur le côté de la m âchoire, on faisait sortir un liqui­ de jaunâtre des crochets de la bête. Aussitôt recueilli, ce venin sert à la fabri­ cation des vaccins ! Visite qui nous a fait frissonner certes, mais que nous avons trouvée passionnante.

A nouveau, nous quittons notre lieu de visite pour gagner, en avion to u ­ jours, R IO de JA N EIR O . Capitale jusqu’en 1960, c’est une ville immense sur l’Atlantique, dans laquelle s’enfonce une des plus belles baies du m onde, celle de G uanabara. Elle est bordée par ailleurs, par une plage large et sablonneu­ se, longue de 4 kilomètres 500, Copacabana, la célèbre !

Ce qui frappe dans cette cité, c’est sa diversité. Il est difficile de la décri­ re ! C ’est ainsi que nous avons visité tout d’abord les beaux quartiers riches, aux magnifiques dem eures, et qui, comme dans beaucoup de villes au BRÉSIL, se trouvent dans la zone sud. Ici, c’est le long de Copacabana et de G uanabara et au sud-ouest. D ans ces quartiers s’élèvent les grands hôtels et des restaurants. D e belles avenues et des allées ornent le tout, ainsi que le ja r­ din botanique, très intéressant avec ses essences rares.

Au centre, le quartier des affaires, avec ses banques. C ’est aussi la ville com m erçante, avec des magasins nombreux, souvent riches, luxueux même dans certaines rues. C ette partie de la cité com porte de larges avenues, cou­ pées par de petites rues transversales, où l’on trouve des édifices du X V IIIèm e et X IX èm e siècles, sièges d’organismes publics. Dans cet endroit l’on peut découvrir un grand nom bre de musées et d ’églises. Celle que nous avons visi­ tée est splendide. A ustère à l’extérieur, elle est richem ent décorée à l’intérieur, avec ses boiseries recouvertes de feuilles d’or, ses sculptures et ses très belles toiles. Enfin, l’on peut voir des m onum ents, certains anciens, d ’autres d ’archi­ tecture m oderne. C ’est en somme le quartier actif, surtout dans la journée. Mais on peut y flâner, et goûter le charm e de grandes places bordées d’arbres. Seulement, en fin d’après-midi, tout se vide et le calme règne autour des bâti­ ments désertés. Cela, c’est le centre de RIO.

A son rôle de ville d’affaires, on peut ajouter une vie intellectuelle et artistique développée. Ainsi on peut aller à l’opéra, entendre des concerts, se rendre au cinéma, visiter les galeries d ’art. J ’ai déjà parlé des musées. Je vais ajouter à cela l’activité de l’Alliance française avec théâtre, cinéma et exposi­ tions ! ! E t sur une butte, en bordure du centre, le quartier original de Santa

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Teresa, avec ses ruelles qui m ontent jusqu’au sommet, d ’où la vue est splendi­ de. C ’est le refuge des artistes, des peintres, des célébrités du moment.

En opposition à tout cela, le quartier nord, avec ses usines : populaire, assez triste d’aspect, aux petites rues sombres et peu fréquentées. La dernière partie de la ville est occupée par les Favelas, lieux les plus pauvres, aux m ai­ sons de planches et de tôles, qui s’étendent sur la pente des hauteurs et des­ cendent jusque dans la mer. Ce ne sont pas des endroits où il est conseillé de se rendre. Ils ne sont pas sûrs du tout. Et, là, si la vie est animée, la misère est aussi très grande.

Il reste m aintenant à présenter ce qui fait l’originalité et la célébrité de R IO : le Pain de Sucre et le Corcovado ! C ’est en téléphérique que l’on monte jusqu’au som m et du Pain de Sucre, hauteur qui porte bien son nom, et dont les 395 m ètres dom inent la baie de G uanabara, à son entrée. Nous avons pu, d’en haut, adm irer R IO et la Baie. O n a l’impression d ’être au cœ u r de la ville : c’est merveilleux.

Le Corcovado, situé dans la zone sud, plus éloigné de la Baie et du Pain de Sucre, dom ine toute la cité avec ses 710 m ètres de hauteur. On le voit de partout. Ce qui fait sa célébrité, c’est l’immense Christ rédem pteur qui se dres­ se à son sommet, les bras en croix. H aut de 30 m ètres, avec des mains mesu­ rant 3 m ètres 20, cette œ uvre du sculpteur français Paul Landowski, term inée en 1931, a pris cinq ans pour être réalisée. Lorsque l’on est au pied de ce Christ tout blanc, on a l’impression d ’être réellem ent peu de chose ! C ’est splendide et saisissant. Et, tout autour, un paysage de toute beauté, que le Christ semble protéger. La nuit, d ’en bas, on peut l’apercevoir, illuminé par des projecteurs : spectacle extraordinaire que nous avons pu apprécier.

C ’est à l’hôtel français M éridien que nous étions descendus. Il est situé à une extrémité de Copacabana : nous avons pu adm irer le Pain de Sucre, proche de l’hôtel, et la célèbre plage qui attire une foule dense. O n nous a dit que les Brésiliens préfèrent se dorer au soleil plutôt que de se baigner. C ’est une bonne chose, en ce qui concerne les plages de R IO , car elles sont dange­ reuses pour la natation. Il existe, en effet, des courants ou « barres » qui entraî­ nent au large. Ainsi, l’un d’entre nous, (on sait que les Français ne sont pas toujours obéissants !) a voulu négliger les conseils de notre guide. Se baignant devant l’hôtel, il a eu besoin de secours, car il n ’arrivait pas à regagner la plage! Nous avons eu très peur ! Par ailleurs, les eaux sont assez polluées : aussi l’on reste sur les plages.

Nous étions à R IO quelques jours avant le fameux Carnaval. Nous ne l’avons pas vu, mais un soir, on nous a em m enés en car puis à pied... jusqu’à une école de samba assez renom m ée. Il faut dire que le Carnaval se prépare au moins 6 mois avant. Pour cette m anifestation délirante, qui dure 4 jours et 4 nuits, il faut songer à l’achat des costumes, même chez les plus humbles, car tout le m onde tient à participer, et il faut se préparer sérieusem ent pour le défilé avec ses chants et ses sambas ! E t pour cela il existe des écoles, où nous nous sommes rendus. Il faut aussi savoir que plus de 20 000 personnes défilent

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sur deux avenues et que les tribunes, tout au long du parcours, sont envahies. Le Carnaval a lieu en général fin février, début mars. Donc, nous arrivons dans cette école et nous avons eu l’immense plaisir d’assister à une répétition cos­ tum ée. Il faut dire que ces costumes, colorés, sont parfois d ’une étonnante richesse, avec leur am pleur, leurs broderies, leurs paillettes. Sans oublier les coiffures si seyantes et variées, assez extravagantes. Nous avons d ’abord été spectateurs, pris par l’ambiance de la samba, et admiratifs devant cet ensemble de beaux costumes, portés par des danseurs en pleine euphorie, s’abandonnant avec ferveur au rythme de la danse. E t peu après, on est venu avec insistance nous dem ander de participer à la samba, et à notre tour, nous nous sommes laissés aller au rythme de ces musiques entraînantes. C ette ambiance, assez survoltée, laissait présager celle des défilés à venir ! et nous avons passé une folle soirée, inoubliable, regrettant, seulem ent, de m anquer de peu le Carnaval lui-même !

D ’ailleurs, le rythme de la samba devait nous poursuivre, encore, car de notre hôtel, nous pouvions voir des danseurs, non costumés ceux-là, sur la plage de Copacabana le soir. Ils dansaient avec beaucoup d’ardeur, au son d ’un petit orchestre ! et parfois assez tard dans la nuit.

En dehors d ’une petite excursion dans les environs de R IO , jusqu’à de très belles cascades, nous avons surtout visité cette attachante cité. Il faut dire que les « Cariocas », ainsi appelle-t-on les gens de R IO , sont très aimables et accueillants. O n dit qu’ils sont assez versatiles, mais nous ne l’avons pas éprou­ vé, restant trop peu de tem ps parm i eux. Les Cariocas, en dehors de tout ce dont nous avons parlé, sont égalem ent des sportifs. Inutile de dire la place que tient le football au BRÉSIL, le golf et l’équitation. Peu de natation, mais du surf sur certaines plages ! Nous avons regretté de ne pouvoir assister à un match de football. Il paraît que les deux grands stades de RIO , offrent alors, non seulem ent l’attrait d’un bon match, mais le spectacle d ’une foule en déli­ re, supportant ses champions.

Il nous a fallu abandonner ces sympathiques Cariocas, et les beautés si variées de cette grande et magnifique ville, pour nous diriger, cette fois-ci, au nord de R IO vers BELO H O R IZ O N T E , troisièm e ville du B R ÉSIL avec 1300000 habitants. Nous n ’avons fait que passer dans la ville, avec un arrêt toutefois, en dehors, sur la colline où la Pape est venu, voici quelques années, lors de sa visite au BRÉSIL.

Puis nous avons atteint CO N G O N H A IS, lieu très proche, où se trouve un célèbre Chem in de Croix, œ uvre du sculpteur brésilien A LEIJA D IN H O . C et artiste a situé toutes les stations du Chem in de Croix dans de petites Chapelles, où chaque scène est représentée par des statues grandeur nature. C ’est saisissant de vérité, dans la pénom bre des Chapelles. C ’est vivant. De chapelle en chapelle, sur un chemin qui m onte, on arrive au som m et de la col­ line où s’élève une superbe église, avec des sculptures, des statues, à l’extérieur comme à l’intérieur. C ’est réellem ent un Chem in de C ro k que l’on suit avec la plus grande attention, presque avec recueillem ent. Ensuite, c’est la ville de

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O U R O -PR E T O , ses vieilles maisons bordant des ruelles en pente, sa magnii- fique Eglise Saint-François d ’Assise, et son m usée de pierres précieuses, dont le B R ÉSIL est riche.

C ontinuant n o tre voyage en avion, vers le nord, en b ordure de l’A tlantique, voici BAHIA, devenue SALBADOR, bâtie sur la Baie de « Tous les Saints ». Ehôtel M éridien où nous sommes descendus est en dehors de BA H IA et donne sur la mer. De l’hôtel, on aperçoit toute la ville s’ouvrant sur la baie. C ’est une vue admirable, toute colorée : le bleu profond du ciel et de la mer, le rouge de la terre et le vert de la végétation, quelle palette ! La cité est construite sur un plateau dont elle descend les pentes jusqu’à la mer, des deux côtés, car BA H IA se situe sur une large avancée de terre, sur laquelle la Baie s’appuie à l’entrée. Lorsque l’on atteint la ville, on distingue les quartiers du haut, anciens, pittoresques, centre d ’affaires, où les banques et les Commerces prennent place. En général, on trouve de nom breuses boutiques vendant des bijoux en argent, des figurines en céram ique ou des vêtements, les jolies robes blanches entre autres ! C ’est aussi un centre historique, avec d ’an­ ciennes bâtisses, et surtout les très nom breuses églises, situées sur de vastes places, comme la C athédrale « D a Sé » de 1672, la plus grande avec ses 13 autels, et recouverte de m arbre du PORTUGAL. Bien d’autres églises, que l’on rencontre en circulant au hasard, dans les ruelles. Je revois la petite rue qui descendait la colline et, logée entre de vieilles maisons, une église au style portugais, comme toutes, avec des sculptures superbes et des clochers tra ­ vaillés. Je pense égalem ent aux couvents. En particulier à celui où nous sommes entrées avec des amies. C ’était le couvent de Sao Francisco, bâti en 1708, avec son église, 1’ « Église d ’or », car elle possède beaucoup de dorures, et avec son style baroque très poussé qui surprend, elle est originale.

Lorsqu’on atteint la ville du bas, on arrive dans des quartiers élégants, avec de belles demeures. Là aussi, de nombreux hôtels. Il y a, également, les quartiers du Port, avec des immeubles blancs qui viennent jusqu’à la mer. Et enfin, au nord, le centre industriel. B ordant le tout, des plages, soit de petites entourées de rochers, soit, ailleurs, une langue de sable qui s’étend sur 20 kilo­ mètres. Du port, on aperçoit sur des prom ontoires, les Forts qui, entre 1600 et 1630, assuraient la défense de la ville.

J ’ai parlé des églises et des couvents, car il est certain que la religion catholique joue un rôle im portant. Mais il faut considérer qu’une partie seule­ m ent de la population pratique cette religion. O n se souvient en effet que vers 1830 le BRÉSIL alla chercher des esclaves noirs en A FR IQ U E , pour soutenir l’effort indien insuffisant. E t SALVADOR est peuplée en grande partie de ces Noirs descendants d ’esclaves. Ils ont conservé leurs croyances. Ils vénèrent les Dieux africains, les « Oréxas » ou forces de la nature : le vent, l’orage, e t c .... La fête des Oréxas se m arque par la cérém onie du « Candom bé ». O n honore les forces de la nature par des cérém onies délirantes qui ont lieu deux ou trois fois par mois. O n mange, on boit une partie de la nuit, et dans une allégresse totale, on danse au son rythmé des tam bours, on chante et l’on donne des

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offrandes : on exécute des sacrifices d’animaux (bœufs, moutons, coqs, e tc ....). Ces rites se pratiquent dans des constructions spéciales, simples, à l’intérieur et aussi dans le jardin. Nous n’avons pas assisté à un Candom bé, bien qu’à p ré ­ sent les touristes le peuvent. Mais on nous en a parlé.

Au cours de ce séjour assez bref à BAHIA, nous avons pu faire la connaissance des « Baianos » ou gens de BA H IA ! Ce sont des êtres aimables, souriants et gais, bons enfants, heureux de vivre dans cette ville charm ante, à l’atm osphère agréable, et qui aim ent le mouvement et les fêtes, et s’y donnent entièrem ent, avec le plus grand entrain. Le Carnaval de BA H IA n’a rien à envier à l’atm osphère délirante de R IO . Je revois les rues de BAHIA, débor­ dantes d’activité, hantées par une foule dense et où la circulation est tout un problèm e. Je me souviens aussi, des « Baianaises » pleines d’allant et char­ m antes dans leurs atours. Les Blanches, radieuses dans leurs robes à fleurs à jupes longues et amples, et de couleurs vives. Les Noires, magnifiques dans leurs larges robes blanches, portant un turban blanc sur la tête, et des colliers autour du cou. J ’ai toujours gardé en m ém oire le souvenir d’une jeune Noire, sur le seuil de son magasin où elle vendait des robes, blanches naturellem ent, comme celle qu’elle portait et très belles avec des volants. Son sourire était étincelant. Nous sommes entrées dans sa boutique ; c’était tentant ! et nous avons acheté... !

La baie de BA H IA contient un certain nom bre d’îles, et je me rappelle qu’un jour, notre groupe s’est rendu dans une de ces îles. Je n’ai pas fait cette sortie et ce jour-là, avec des amies non partantes, nous avons visité à pied la vieille ville et le couvent.

Ainsi s’achevait notre séjour au BRÉSIL. Après un dernier thé, sur la terrasse de notre hôtel M éridien, nous avons repris l’avion pour la France, em portant avec nous le souvenir qui ne s’est jam ais effacé, de ce pays si vaste, si varié et si passionnant.

ES. Plus de 30 000 km2, (savanes surtout et aussi forêts primaire et secon­ daire) ont brûlé à l ’extrême nord du Brésil. Sont responsables la traditionnelle cul­ ture sur brûlis et une sécheresse exceptionnelle due à E L NINO. Un des risques est celui de la perte de fertilité des sols forestiers.

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VIVE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE

p a r Michel Berthaud

(B2 59-62)

Notre camarade Michel Berthaud, au terme d ’une carrière bien

remplie, se penche sur son passé et fa it part de son expérience et de ses

réflexions. Les uns et les autres pourront trouver là un écho de leurs

préoccupations et de leurs souvenirs. Nous remercions M. Berthaud de

cet “essai”.

Je suis arrivé au term e d ’une carrière qui s’est tout entière déroulée dans l’Enseignem ent Technique. Enseignem ent Technique dont j ’ai toujours enten­ du dire qu’il fallait le rénover, le réhabiliter, l’adapter, le m oderniser, etc. Les moyens utilisés ont parfois consiste à trouver de nouveaux noms pour gom m er ce vilain mot de “technique”, si dévalorisant. O n a essayé “apprentissage, p ra­ tique, industriel, professionnel, technologique, filière(s) technologique(s)” ... ju sq u ’à supprim er to u te référen ce à un enseignem ent spécifique. E t l’Enseignem ent Technique reste toujours à revaloriser.

Prendre sa retraite c’est com m encer une nouvelle étape de son existen­ ce, la dernière. C est, tant que la santé le perm et, s’engager dans de nouvelles activités, vers de nouveaux centres d ’intérêt. Mais il faut commencer, me semble-t-il, par faire son deuil de ce que l’on a fait auparavant. C ’est pourquoi j éprouve le besoin de livrer les quelques réflexions qui vont suivre au cours d ’un bref aperçu de mes activités de professeur.

Scolarité au Collège Technique

Après une scolarité prim aire perturbée par la guerre et l’occupation alle­ mande à Paris, puis 2 ans de maladie, je suis entré comme élève au Collège Technique de Caen en classe de 3e en 1953. J ’avais le BEPC (préparé p ar cor­ respondance), mais comme à l’époque l’Enseignem ent Technique commençait en 4e il m ’a fallu refaire une 3e. E ntré pour préparer un CAP de dessinateur industriel je suis sorti avec le baccalauréat M athém atiques et Technique et la ferm e intention de devenir professeur. Ce Collège Technique était une annexe du Lycée M alherbe, le seul lycée classique et m oderne de Caen pour les gar­ çons. Pendant ma scolarité il est devenu autonom e et s’est installé dans de nouveaux locaux où il est encore après avoir plusieurs fois changé d ’appella­ tion : Collège National Technique, G roupe Technique de Caen, Lycée Technique Nationalisé, Lycée Pierre-Sim on de Laplace et enfin Lycée D um ont-d’Urville après la scission entre les sections industrielles et les

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sec-lions bâtim ent qui, elles, ont gardé le nom de Laplace. D ans ce lycée j ’ai découvert un m onde qui m ’était totalem ent étranger et inconnu, celui de l’in­ dustrie. J ’avais eu une petite expérience du travail m anuel puisque, dans les Écoles Primaires de Paris, il y avait des séances d’atelier “fer” et d’atelier “bois”. Dans un lycée technique c’était assez différent et les horaires étaient lourds, 14 heures d’atelier par semaine en 3e et encore 8 heures en Terminale. De tels horaires nous perm ettaient d’acquérir une bonne dextérité en ajustage (travail m anuel par excellence) et une bonne connaissance des machines- outils, un sens concret de la précision et des m éthodes de m esure et de contrô­ le. Au concours d’entrée à l’EN SET il y avait une épreuve d’atelier en 4 heures et en le année nous avons fait encore un peu d’atelier, des exercices au tour qui nous faisaient réfléchir sur les concepts de précision dim ensionnelle et géom étrique.

Les élèves actuels des lycées techniques ont une form ation pratique beaucoup plus réduite, ils n’ont plus le tem ps d’acquérir ces “tours de m ain” que seule une longue habitude perm et de maîtriser. E t d’ailleurs on ne parle plus d’atelier mais de “productique”, cela fait plus sérieux et moins ouvriéris­ te.

D e ma scolarité en lycée technique je garde le souvenir de plusieurs pro ­ fesseurs qui m ’ont m arqué par leur grande qualité et dont plusieurs venaient de l’ENSET. Ce sont eux qui m ’ont donné l’envie d ’enseigner et ce sont eux qui m ’ont encouragé et conseillé dans m on chobc.

A près une année de préparation du concours d ’entrée à l’EN SET au Lycée D iderot à Paris, j ’ai été admissible mais bêtem ent collé à l’oral. J ’ai repréparé le concours par correspondance tout en étant m aître auxiliaire de dessin industriel dans ce m êm e Lycée Technique de Caen. U n prem ier contact avec l’enseignem ent, enrichissant, me confirm ant dans mon choix, mais diffi­ cile : deux classes de 4e de 40 élèves et deux classes de 3e de 30... A près cette année un peu folle je suis admis à l’E N SET en section B ; quel soulagem ent et quelle joie !

Elève-professeur à l’ENSET

En 1959 l’EN SET était installée depuis peu à Cachan, c’était une belle école, toute neuve et agréable et j ’étais fier d ’y être élève-professeur. Fierté très précaire car dans les quelques salons parisiens que j ’ai fréquentés alors, lorsque j ’annonçais que j ’étais “élève de l’École N orm ale Supérieure...” je voyais les regards s’éclairer et tout de suite s’étonner quand je complétais “...de l’Enseignem ent Technique” : “ah! ça existe, qu’est-ce que c’est ? qu’est- ce qu’on y fait ?” Tout juste si on ne regardait pas la propreté de mes mains. On peut com prendre ceux qui ont changé le nom de l’École. ENS de Cachan, cela fait peut être encore un peu banlieusard mais c’est moins accablant que de l’Enseignem ent Technique.

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U ne des originalités de l’E N SET c’était aussi la présence des filles, du moins dans les autres sections que la B qui restera encore longtemps réservée aux garçons. Jusque là, filles et garçons, nous avions été strictem ent séparés à tous les niveaux de notre scolarité. Beaucoup de mariages avaient lieu pendant le séjour à l’école et c’était une bonne affaire que d ’avoir une épouse ensei­ gnante pendant les 27 mois du service militaire. D e plus ces mariages se fai­ saient assez souvent entre élèves de disciplines différentes, ce qui était une autre forme d ’enrichissement.

Mon entrée à l’école en O ctobre 1959 a failli ne pas se faire puisque mon sursis a été résilié, la guerre d’Algérie consom m ant beaucoup de garçons de mon âge. Comme la même chose arrivait à presque tous ceux de ma prom o­ tion, le directeur est intervenu et nous avons retrouvé nos sursis pour les 3 ans d ’études.

U ne désillusion m ’attendait, due peut-être à trop d ’idéalisme : les pro­ fesseurs n ’étaient pas tous excellents, ce n ’était pas tous des m aîtres de la pédagogie. Ainsi dès le deuxième cours de m athém atiques le professeur a envoyé l’un de nous au tableau pour l’interroger sur la leçon précédente et lui a dem andé dans un langage très am poulé : “Eh bien dites-nous. M onsieur X., ce que ne sont pas les nom bres im aginaires”. Nous avons par la suite long­ tem ps discuté entre nous de l’intérêt pédagogique de définir un objet par une non-propriété d’autant plus que ce professeur attendait une réponse particu­ lière et ne s’est pas satisfait de celle de notre cam arade : “Ils ne sont pas réels”. C ’est pourtant une définition correcte mais il voulait une propriété spécifique des nom bres imaginaires : “ils ne sont pas ordonnés”.

A utre exemple de désillusion, je pense à ce professeur de pédagogie générale qui nous a fait, en deuxième ou troisièm e année, un cours très inté­ ressant mais à qui nous n ’avons jam ais pu parler. Q uand nous arrivions dans la salle il était toujours assis au bureau, le plan du cours écrit au tableau. D ès que nous étions installés il commençait à parler, de m anière très intelligente, très docum entée, et au bout de deux heures il arrêtait et partait immédiatement.

D ans notre section B, la prem ière année était com m une et nous étu ­ diions la construction m écanique dans le même esprit que ce que nous avions fait au lycée et en classe préparatoire. A utant mes professeurs de lycée m ’avaient paru com pétents, autant j ’ai trouvé mauvais ceux de l’ENSET. De plus ils nous reprochaient souvent - trop souvent à m on gré - de ne savoir rien faire et se dem andaient ce que nous avions appris avant. Au lycée nous avions appris les bases du dessin industriel et de la technologie et nous étions capables de trouver des solutions pour résoudre un problèm e simple. A l’ENSET, sans transition, sans apprentissage m éthodologique, il nous fallait inventer des solutions nouvelles, faire un travail de recherche et de création dont nous ne possédions pas les bases élém entaires. C ’est une des raisons qui m ’ont fait choisir, en deuxième année, l’option Bâtim ent, la section B2. Au moins on ne pourrait pas nous reprocher de ne rien savoir puisque c’était une évidence. Dans mon cas ce n ’était pas tout à fait vrai et c’est la deuxième rai­

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son qui m ’a fait choisir cette section : mon père était architecte et je renouais ainsi avec une tradition familiale et un milieu connu.

J ’ai quitté l’ENSET, choqué par le déroulem ent de l’une des épreuves du CAPET. Il s’agissait de faire devant jury un exposé de 20 m inutes après 3 heures de préparation avec documents. Prem ier sur la liste alphabétique, je me suis installé à sept heures du m atin dans la bibliothèque de l’école avec un sujet facile et classique : les fondations par pieux moulés dans le sol. La seule diffi­ culté était d’en faire une présentation aussi docum entée et claire que possible. A dix heures je me suis présenté dans la salle d ’exposé, accueilli par un pro­ fesseur. E n attendant son collègue nous avons parlé du beau temps, des vacances, puis, ne voyant personne venir, il m ’a dit de commencer. Difficile de faire un exposé devant une seule personne avec laquelle on vient de bavarder aim ablem ent ! Q uelques minutes plus tard l’autre professeur arrive et me dit de continuer tout en se m ettant à parler à son collègue, sans doute pour lui expliquer son retard. E t voilà que le directeur, estimé de tous, arrive, ce qui n’était pas prévu. Après les salutations on me dit de continuer et en moi-même je pensais que c’était le m om ent d ’être brillant, de m ontrer ce que je savais faire. Hélas ! en me retournant du tableau après avoir fait un croquis avec beaucoup d’application (pas de rétroprojecteur à cette époque) je vois mes trois auditeurs en grande conversation au fond de la salle, me tournant le dos. Je me suis arrêté, ai hésité à m ’asseoir ou m êm e à sortir... mais on m ’a dem an­ dé de continuer encore, bien que le temps soit largem ent dépassé. C ’est peut- être depuis ce mom ent-là que je pense qu’une des qualités indispensables pour être professeur, c’est de respecter ses élèves.

En choisissant de me spécialiser dans le dom aine du G énie Civil, appelé aussi BTP (Bâtim ent et Travaux Publics) j ’ai découvert une hiérarchie que je ne soupçonnais pas. D ans le système éducatif français il est clair que l’E nseignem ent Technique est dévalorisé par rapport à l’E nseignem ent Général. D ans ma jeunesse, le seul enseignem ent noble était celui des lettres classiques, m aintenant c’est devenu l’enseignem ent scientifique. Mais au sein de l’Enseignem ent Technique une même catégorisation existait et les ensei­ gnants de construction mécanique entendaient occuper une place prédom i­ nante et servir de modèle aux autres spécialités. Le Bâtim ent venait en der­ nier, loin derrière l’électronique ou l’électrotechnique, ce qui ne correspondait pourtant pas du tout à la réalité économique. Combien de querelles et de pro­ testations a-t-il fallu m ener pour faire reconnaître notre spécificité et la validi­ té de nos m éthodes de travail ! Pour faire accepter par exemple que la cota­ tion fonctionnelle n’est pas adaptée à nos besoins ou que nous ne faisons pas de dessin industriel. D ernière mésaventure, on impose à partir de la classe de seconde à ceux qui choisissent le dom aine du G énie Civil un enseignem ent des systèmes autom atisés com plètem ent étranger à nos préoccupations alors qu’il y aurait tant de choses utiles à étudier et tout aussi formatrices. M algré cela, il semble qu’actuellem ent une meilleure autonom ie et la com préhension de nos particularités se soient développées. Eéquipe qui a pris en mains la direction de l’EN SET après 1968 y est certainem ent pour quelque chose ainsi que le

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tra-vail de longue haleine entrepris par Raoul C antarel (B2 56-59) qui a lutté vigoureusem ent pour prom ouvoir le G énie Civil et a certainem ent eu plus de mal que d’autres à être nom m é et reconnu comme Inspecteur Général.

Ma carrière au Lycée Laplace

M uni de m on diplôme du C A PET et de m on titre ronflant de “profes­ seur de constructions et mécanique industrielles - option bâtim ent” qui par la suite s’est simplifié en “professeur de G énie Civil” je me suis retrouvé à la ren ­ trée 1962 ... au Lycée Technique de Caen. La guerre d ’Algérie étant term inée, l’arm ée n’a pas voulu de moi à la sortie de l’école et m ’a redonné encore un an de sursis. M on lycée avait changé pendant m on absence et s’était doté de sec­ tions bâtim ent où je me suis intégré, ayant à enseigner entre autres la “stéréo­ tom ie” dont je ne connaissais rien, m êm e pas le nom. Le seul livre existant sur la question datant de 1923, la librairie Joseph G ibert a mis six mois à m ’en trouver un exemplaire...

Pendant mon séjour à l’EN SET un de mes anciens professeurs avait fait son service militaire et m ’a indiqué une filière intéressante, celle des écoles militaires. G râce à sa recom m andation j ’ai été accepté comme soldat-profes­ seur à l’École Militaire Préparatoire Technique du Mans. U n service militaire on ne peut plus confortable : 14 heures de cours p ar semaine, en civil, une p er­ mission officielle tous les 15 jours et une non officielle entre deux. Pendant les vacances scolaires, pour que les élèves ne nous voient pas car nous n ’étions que des soldats de deuxième classe, nous revêtions la tenue m ilitaire pour garder l’école ou faire quelques exercices guerriers.

J ’ai été libéré pour la rentrée de Janvier 1964 et j ’ai repris le chemin de mon lycée que je n’ai plus guère quitté. D ès la prem ière année j ’avais enseigné en classe de Techniciens Supérieurs, un niveau d’enseignem ent qui m ’a bien convenu, beaucoup plus facile à mes yeux que l’enseignem ent dans les classes p réparant au baccalauréat où j ’ai finalem ent peu exercé.

Deux grandes coupures et des activités annexes dans ce long séjour au Lycée Laplace.

Une année en entreprise

E n 1972 l’heure est à la “nouvelle société” et la loi sur la form ation conti­ nue est votée. U ne expérience est tentée : dans chaque académie dix ensei­ gnants, de la M aternelle à l’Université, pourront passer une année scolaire en entreprise pour s’initier “à la vie économ ique et sociale”. Je profite de cette occasion en 1974-75 en étant stagiaire dans une entreprise de bâtim ent où je travaille successivement au bureau d’études, à l’usine de préfabrication et sur un chantier. Expérience intéressante et indispensable qui est pour moi, en plus d ’une initiation à la vie économ ique et sociale, un recyclage complet de mes

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connaissances. En troisièm e année de l’EN SET nous avions fait un stage de six semaines, c’était bien peu même si j ’avais pu le prolonger à tem ps partiel tout au long de l’année scolaire. Au cours de cette année j ’ai eu l’occasion de rem ettre mes connaissances à jo u r et surtout de les m ettre en application. Earrivée d’un enseignant dans une entreprise est un événem ent qui rend beau­ coup de gens méfiants ou perplexes. Le directeur de cette entreprise était un ancien cam arade de lycée qui avait fait comme moi ses études à Cachan mais à l’École Spéciale des Travaux Publics. Il n’a accepté ma dem ande de stage q u ’après s’être inform é sur m on com pte auprès des R enseignem ents Généraux. Il est vrai que j ’étais m ilitant syndical, pourtant ce n ’était pas en tant que tel que je voulais faire ce stage et je n ’avais nulle intention de venir troubler la m arche de l’entreprise. Au bureau d’études, les dessinateurs dont plusieurs de mes anciens élèves, comme les ingénieurs, étaient étonnés de constater que je savais dessiner et faire des calculs de béton armé. A l’usine de préfabrication ou au chantier, où il y avait aussi plusieurs anciens élèves, on ne voulait pas me laisser faire les travaux jugés pénibles ou peu intéressants, et beaucoup auraient préféré que je reste un observateur alors que le but du stage était de s’intégrer dans une équipe et de travailler comme un employé normal.

Ce séjour en entreprise était com plété par une rencontre mensuelle entre les dix stagiaires de l’académie au cours de laquelle nous échangions nos expériences, préparions le rapport que nous devions rem ettre en fin de stage et rencontrions différents acteurs du m onde du travail : chefs d ’entreprise, délégués syndicaux, inspecteurs du travail. Rencontre égalem ent avec les sta­ giaires de l’année précédente et ceux qui postulaient pour nous succéder. Tout cela était fort enrichissant et le voeu que nous avons tous émis était de pouvoir recom m encer dans dix ans. Le m inistère ne l’a pas entendu ainsi puisqu’au bout de 3 ans l’expérience étant jugée concluante a été arrêtée et rem placée par ... rien d’autre. Il me semble pourtant que tout enseignant devrait pouvoir aller régulièrem ent se frotter à la réalité et pour nous, qui enseignons des dis­ ciplines techniques qui évoluent, préparons à des métiers qui changent, de tels stages devraient être obligatoires.

Une année en Algérie

A la rentrée 1976 je suis nom m é au Lycée A bane R am dane à El H arrach, près d’Alger : envie de changer, envie de mieux connaître ce pays où j ’avais voyagé plusieurs fois, dans lequel je me plaisais et qui m ’intéressait par son dynamisme. Expérience décevante sur le plan pédagogique : des program m es copiés, mais mal copiés, sur les program m es français, mal adaptés aux besoins du pays. U n choc aussi de constater que beaucoup d’élèves avaient perdu leur père à la guerre de libération et que j ’aurais pu, j ’aurais dû, être soldat dans l’arm ée adverse même si je désapprouvais totalem ent cette guerre injuste que nous menions contre les Algériens. D ans le dom aine de l’architecture j ’ai été déçu de voir que l’Algérie se lançait, à l’im itation de la France, dans la

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construction de grands ensembles autour d’Alger, dans cette plaine si fertile de la Mitidja, si utile aux cultures vivrières, alors que nous connaissions déjà les m éfaits de ce type d ’urbanism e. C o n statatio n aussi q u ’en A lgérie l’Enseignem ent Technique est autant déconsidéré qu’en France malgré les besoins énorm es en techniciens com pétents d ’un pays neuf qui voulait s’indus­ trialiser.

Inspecteur de l’Enseignement Technique

Je retrouve le Lycée Laplace à la rentrée 1977, ayant résilié m on contrat de coopération qui était norm alem ent de deux ans et je ne le quitterai plus sauf pour une petite escapade dans le dom aine de l’inspection. En 1978 le rec­ to ra t me dem ande d ’assurer à m i-tem ps la fonction d ’in sp e c te u r de l’Enseignem ent Technique. Il s’agissait de rattrap er les négligences du prédé­ cesseur qui n’avait pas inspecté un grand nom bre de collègues depuis parfois plus de dix ans. L eur avancement d ’échelon ne se faisait donc qu’à l’ancienne­ té et je devais calmer la grogne qui com m ençait à se m anifester. E autre mi- temps était assuré par un collègue et ancien élève, chargé plus spécialem ent de la form ation pédagogique. A ssurer 9 heures de cours p ar sem aine à une clas­ se de deuxième année de TS et passer le reste du tem ps sur les routes (20000 km pendant cette année scolaire) ont fait une année bien remplie.

C ’était une contradiction pour moi de devenir inspecteur. Je n ’avais jam ais été attiré par cette fonction, pas plus que par celle de chef d’établisse­ m ent, tant je me plaisais à enseigner. D ans ma carrière j ’ai été inspecté trois fois et toujours par des inspecteurs de construction m écanique qui ne connais­ sent pas les problèm es spécifiques du génie civil. La deuxième inspection a eu lieu sur ma dem ande sept ans après la prem ière. En effet lors de cette p re­ m ière inspection en 1967, je faisais une leçon de ciném atique sur le mouve­ m ent circulaire. Linspecteur n ’a pas compris grand chose, moins que mes étu­ diants comme j ’ai pu le vérifier p ar la suite ; il m ’a dit : “il y a trop de calculs”. C ’est le directeur, ancien professeur de physique et ancien de l’ENSET, qui lui a expliqué qu’à ce niveau une étude approfondie des phénom ènes était indis­ pensable. J ’ai appris, deux ans après, qu’il m ’avait mis 17/20, peut-être au bénéfice du doute ou sur ma bonne mine. Mais c’était beaucoup trop pour un professeur débutant. U n peu plus tard l’inspection générale m ’adressait un docum ent de sept pages expliquant la nécessité d ’harm oniser la notation pédagogique selon les échelons et les disciplines et que m a note était ram enée à 15. Cela ne m ’a pas em pêché d ’avoir une prom otion au grand choix. Deux ans plus tard un nouveau papier m ’inform e que pour les mêmes raisons ma note est ram enée à 13. Seulem ent j ’étais arrivé au 7e échelon et cette note était alors celle d’un enseignant m édiocre puisqu’un enseignant ne peut que s’am é­ liorer en vieillissant, et je perdais le bénéfice d ’une prom otion. J ’ai donc récla­ m é et la réponse me disant que c’était parce que je n ’avais pas été prom u que m a note avait été baissée ne m ’a pas satisfaite. Je pensais, à juste titre comme la suite l’a m ontré, qu’au contraire c’est parce que ma note avait été baissée

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que je n’avais pas été prom u. Il a fallu beaucoup de courrier, une intervention syndicale et le déplacem ent d’un inspecteur général pour que ma note soit rétablie et donc la prom otion accordée. J ’ai appris à cette occasion que cette prom otion du 7e au 8e échelon était la plus im portante de la carrière sur le plan financier. Ainsi le m inistère voulait faire des économies sur mon dos sans se préoccuper de la valeur de mon travail. J ’ai constaté par la suite que ce jeu sur la note pédagogique en fonction des dates de prom otion s’est généralisé sous l’appellation de “péréquation”, au mépris de la réglem entation. E n ce qui me concerne, pour toute ma carrière, la prem ière note a donc été 17 et la d e r­ nière ... 17,33, mais elle a varié entre 13 et 19, sans inspection ni explication. Cela est-il bien sérieux ? Q ue se passerait-il si les professeurs notaient leurs élèves de m anière aussi désinvolte ? Ce problèm e de la notation pédagogique et administrative me semble im portant et il serait temps que des solutions moins infantilisantes soient trouvées. 11 est norm al que notre travail soit contrôlé et évalué, nous avons de grandes responsabilités dans la form ation des jeunes qui nous sont confiés. E t il est certainem ent possible de trouver des moyens d’évaluation à la hauteur des enjeux.

Com m ent, dans ces conditions que je ne suis pas le seul à connaître, éva­ luer son propre travail et le m ettre en accord avec le program m e, les objectifs de form ation et les besoins des entreprises ? E attitude des élèves, leurs résul­ tats aux devoirs et aux examens sont des élém ents utiles. 11 y a aussi les sujets d ’examen, leur esprit, leur niveau. E t il y a surtout, me semble-t-il, l’intégration des élèves dans leur vie professionnelle. Les responsables d ’entreprise sont en général avares de compliments sur les form ations dispensées par l’Éducation Nationale. Ils disent volontiers que ce sont eux qui form ent réellem ent les jeunes et que ce qu’ils ont appris à l’école ne leur est pas très utile. Pourtant, parfois, une appréciation élogieuse : “celui-là est très bon, envoyez-m’en un pareil l’an prochain !” m ontre qu’on a bien rempli sa tâche. J ’ai aussi pu rem arquer à plusieurs reprises qu’un jeune em bauché commençait à être effi­ cace, donc rentable, dès la prem ière dem i-journée de travail.

Je n’ai donc jam ais été inspecté par un spécialiste du BTP. J ’aurais pour­ tant aimé avoir sur mon travail l’avis d ’un spécialiste, pouvoir lui poser des questions, lui dem ander des conseils. J ’ai rencontré des IPR du BTP lors de séminaires et j’ai pu alors discuter avec eux, écouter leurs points de vue. Mais j ’ai été écoeuré par certains qui avaient envers les Inspecteurs G énéraux, qui n’en dem andaient certainem ent pas tant, une attitude servile fort déplaisante.

J ’avais donc des états d ’âm e à devenir inspecteur, néanm oins l’expérien­ ce m ’a tenté. E t j ’ai été un inspecteur bien accueilli et fort attendu. C ette fonc­ tion m ’a surtout perm is de connaître le travail qui se fait en Lycée Professionnel. Au Lycée Laplace nous avions un Lycée Professionnel “annexé” (le joli m ot I), je connaissais les collègues et les form ations enseignées mais de l’extérieur. E n voyant les choses de plus près, j ’ai pu me rendre com pte de l’ex­ cellence du travail qui est fait dans ces établissem ents m alheureusem ent si mal considérés dans l’opinion publique. Des professeurs consciencieux, proches de

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leurs élèves, formés à la pédagogie par objectifs et à la lecture des référentiels beaucoup mieux que les professeurs des Lycées Techniques. J ’ai été aussi très im pressionné par le travail fait en SES et en E R E A (Section d ’Éducation Spécialisée et Établissem ent Régional d’Enseignem ent A dapté) où l’enseigne­ m ent pratique est assuré par des professeurs de Lycée Professionnel. Devant des enfants en difficulté il faut inventer des solutions pour essayer de com­ penser leur handicap social ou intellectuel et pour leur apprendre les rudi­ m ents d’un m étier. Imaginez-vous ce que vous feriez avec un élève de 18 ans à qui la notion de division échappe totalem ent ? On peut tout de même lui apprendre, par exemple, à calculer le nom bre de rouleaux de papier-peint nécessaire pour tapisser une pièce, mais vous vous rendez com pte combien c’est difficile et combien il faut de temps et de patience. C ette année d’inspec­ tion a été fort intéressante, mais, un inspecteur titulaire ayant été nommé, j ’ai été content de retrouver mes élèves à temps plein. J ’aurais volontiers continué un an ou deux, mais pas plus.

Mes activités d’enseignant

J ’ai déjà dit que j ’avais surtout enseigné en classe de TS, Bâtim ent prin­ cipalem ent et aussi quelques années en Travaux Publics et en Études et Éco­ nomie de la Construction. Ce niveau me convenait bien et je me suis généra­ lem ent bien entendu avec mes élèves qui n ’ont eu droit au titre d’étudiants qu’après 1968. Les deux réform es que j ’ai connues, en 1970 et en 1987, en ont fait une form ation intéressante et qui donne satisfaction dans les entreprises.

J ’ai aussi enseigné, mais peu de temps, dans des classes préparant au Brevet de Technicien Collaborateur d ’Architecte, E ncadrem ent de C hantier ou É tudes et Économie de la Construction. Ce niveau de form ation me parais­ sait convenir aux besoins des entreprises en cadres moyens et à des élèves plus aptes à assimiler des connaissances concrètes. Les débouchés professionnels étaient intéressants et perm ettaient de bonnes prom otions après quelques années d’expérience. La poursuite d ’études en TS était possible avec de bons résultats pour les bons élèves bien motivés. Mais l’A dm inistration a décidé de supprim er ces diplômes il y a déjà plus de dix ans, sans que je com prenne vrai­ m ent pourquoi. A ctuellem ent les Baccalauréats Professionnels rem placent ces Brevets de Technicien de m anière, semble-t-il, satisfaisante.

Les quelques années pendant lesquelles j ’ai enseigné dans les classes pré­ parant au Baccalauréat de Technicien G énie Civil (F4), devenu Baccalauréat Technologique et m ain ten an t B accalauréat Sciences et Techniques Industrielles - option G énie Civil, ne m ’ont pas satisfaites. C ’est un diplôme qui s’est toujours “cherché” et j ’ai participé à un nom bre im pressionnant de réunions, colloques, séminaires qui avaient pour but de définir les finalités et les m odalités de cette form ation. Pendant quelques années ce diplôme avait une double finalité : poursuite d’études supérieures et accès à la vie profes­ sionnelle. Cela en faisait un examen difficile, un enseignem ent lourd de 40

Références

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