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J’ai toujours détesté le café...
Marie Treps
To cite this version:
Marie Treps. J’ai toujours détesté le café.... Etudes Tsiganes, Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les Gens du voyage, 2005, premier trimestre (n°23 (Les institu-tions, un espace de rencontre, présenté par Marc Bordigoni)), pp.137-144. �halshs-00006962�
4% Marie Treps*
J'aime son odeur, mêlÃ
A
celle du pain grillé le matin, dans les maisons. Hélas son goû anéanti les promess d u parfum, aussi ai-je de bonne heure renoncà à cette boisson traîtress au profit d u thé J'avais dix-huit ans, j'étai étudiant et fauchée quand j'ai fait une nouvelle tentative dont le résulta s'est révé catastrophique. Unexpresse, à l'Excelsior, pour faire comme tout le monde. Palpitations, furieuse envie de grimper aux rideaux, j'ai jurà qu'on ne m'y reprendrait plus. C'étai compter sans ma rencontre avec les Manouches.
J'ai entrepris, depuis peu, une étud anthropologique du nom manouche
-
quandun Manouche meurt, son nom disparaît Pour pénétr les subtilité de cette tra- *Linguiste,
dition, il me fallait nouer avec les Manouches des relations étroites Ainsi, je me
E
z
i
suis mise à arpenter les berges d u canal, les terrains vagues, les parkings des super- d'Anthropolo-marché : lh sont les Manouches. Et jamais je n'ai vu plus grands buveurs de café gieUrbaine
(CNRS)
C'est comme ça chez eux, on ne propose pas le café cela peut prendre un certain temps, mais il finit toujours par arriver, je m'en suis trè vite rendu compte.
J'avais décid de rendre visite aux Manouches, mais je n'avais aucunement
l'intention de récidive : plus question de toucher au café Les première fois, je ne suis pas arrivé seule, j'étai accompagné par quelqu'un qui, connaissant leurs usages, se soumettait h l'inéluctabl rituel du cafà dont je pensais, du coup, pou- voir me dispenser.
Sur un sinistre parking, dans la petite caravane de Noël Marie a posà une tasse devant moi. J'ai prétend que je n'avais pas le droit de boire d u cafà "
Ah,
oui,c'est pas bon pour le cœur.
.
",
voilà ce qu'elle a répondu Elle m'a servi un grand verre de boisson à l'orange, avec des bulles. Et depuis, j'en ai absorbà d u " Sic ",des litres et des litres.
Quand nous sommes arrivé chez Pupa, le cafà &tait déj prêt mais elle a fait du thà pour moi. O n a sirotà dans la cuisine de son HLM. Après on a eu du mal à se
Ecole..
.
quitter. Si j'avais dtd seule avec Pupa, on aurait continu6 & parler des heures, d u moins l'ai-je pensd.
Takor dtait devant chez lui, il ramassait des pommes sous les arbres, deux grosses oies le suivaient en se dandinant. Takor nous a fait entrer dans sa cabane en ron- dins de bois, c'étai l'automne, il avait fait du feu. En voyant la cafetièr en émai bleu sur le coin d u poêle j'ai improvisd une nouvelle excuse : j'avais déj bu beau- coup de cafd. Takor m'a alors offert une pomme, il l'a épluchd pour moi. J'dtais soulagde, aprè tout, l'important c'est de partager quelque chose.
Quand on m'a présent Trubelli, nous sommes restds longtemps à parler sous un arbre. Il y avait aussi son cousin Mima. J'dtais la seule femme, alors on ne m'a pas proposd de m'asseoir. J'ai ainsi dchappd au cafd. Mais pas aux tentatives de conver- sion de Trubelli, qui est pasteur : " Vous avez l'air gentille, vous avez l'air d'une bonne personne, mais êtes-vou sûr d'êtr sauvde ?
".
Je lui ai rdpondu que je ne croyais pas avoir besoin de l'être O n a ri. Il m'a tout de mêm offert le Nouveau testament. Quand j'ai à nouveau rencontrd Trubelli (jdtais venue seule, cette fois) sa femme Canette étai là O n m'a offert un sikge sous l'auvent de la caravane, et on m'a proposd.. . Un verre d'eau. Je me suis dit que, chez les pentecôtistes il fal- lait s'attendre & des assauts prosélytes mais, côt cafd, il y avait moins de risques...
Tout allait bien, mon enquêt avançait j'dtais aimablement reçue je pouvais bavarder avec des Manouches et mêm nouer des relations chaleureuses, par- fois..
.
Sans toucher & leur sacro-saint cafd. Et puis, l'idde de me passer d'accompa- gnateur s'est imposde à moi. Ce serait sans doute plus difficile d'êtr accueillie, mais si je réussissais la relation y gagnerait certainement et j'aurais peut-êtr ainsi des chances de pénétr plus avant l'intimità manouche. Allais-je devoir me sou- mettre à leur fichu rituel ? Je ne me sentais pas prêt à payer un tel prix. Un beau jour, je me suis tout de mêm mise en route, seule, confiante dans mes talents d'improvisation pour échappe au poison.Je n'ai pas trouvà grand monde en bas, sur le terrain officiel, situà juste derrièr la station d'épuratio et vouà à la puanteur dè les premiers soleils. Alors je suis mon- té aux Balins, à tout hasard. O n m'avait dit qu'il y avait là une mission pentecôtis te. Peut-êtr ceux d'en bas en avaient-ils profità pour prendre en ce lieu agréabl leurs quartiers de printemps. Il faisait beau. Un ciel de calendrier des Postes. Il fai- sait chaud, avec une brise légèr Tournant le dos aux barres de HLM, j'ai marchà sur une petite route bordé d'arbres. Soudain, au détou d'une haie, je découvr plusieurs dizaines de caravanes, répartie à la périphér d'un grand pré des édre dons prennent le soleil, du linge sèche une poule naine se promène Rien de sordi- de ici, une impression de calme, d'harmonie. La ville toute proche s'est absentée Je suis émue j'ai trè envie d'entrer dans le cercle, mais je n'ose pas. Je ne vois person- ne, mais je me sens observée Je reste l&, à la lisière espdrant une occasion.
Une femme est apparue, sortant de je ne sais où Je me suis approché et voilà on s'est rencontrées Par les yeux, d'abord. Et puis elle a pris mes mains dans les siennes et elle a dit " Je savais que j'allais faire une bonne rencontre aujourd'hui
".
SOPHIE G
Ces gens-là prononcent les mots qu'on a envie d'entendre, pour faire plaisir, c'est ce qu'on dit. Ç m'a fait plaisir. Elle a ajoutà " Moi, c'est La Nine
".
Tout s'est faittrè vite, trè simplement. Me voilà chez Nine. C'est à dire au bord de la route, dans l'angle formà par deux caravanes, assise sur une chaise de camping. S'asseoir c'est entrer, chez les Manouches.
On a parlà un bon moment et puis d'autres femmes sont venues, avec des
petits enfants. O n n'est jamais seul longtemps, chez les Manouches. Un jeune h o m m e arrive sur sa mob. Je l'ai déj rencontrà -je connais mêm son nom manouche et je sais qu'il signifie " hérisso
"-
il me tourne autour depuis quelquesjours. En fait, c'est le plus jeune fils de Nine. Je le salue " Bonjour, Niglo
".
C e quiEcole..
.
ment, l'ambiance devient l&gkre, propice h la plaisanterie. Ravie de m'amuser en aussi bonne compagnie, je n'ai pas pris garde h la disparition de Nine. La voilh qui sort de sa caravane avec une casserole qu'elle pose sur un rdchaud. J'ai tout de sui- te compris ce qui allait se passer. Nine a disparu une seconde fois. La menace s'est précisé Sur la table, une ribambelle de tasses.
C o m m e n t v a i s - j e m ' e n s o r t i r , c e t t e f o i s ?
Le rituel commence, j'observe. Nine met beaucoup de sucre dans la cafetière et elle verse gdndreusement l'eau sur le cafd. Ici, le breuvage ne monte pas dans le ventre obscur de la cafetikre dont il ressort aussi noir que l'encre des poulpes, comme chez les Italiens. Chez les Manouches, le cafd descend. Il coule. Et sa cou- leur s'dclaircit de plus en plus..
.
Pour distraire mon esprit de l'issue héla prdvisible de cette cérdmonie je fais mentalement l'inventaire de mes connaissances en matikre de caf6 tsigane. Chez les Roms de l'Est, h ce qu'on dit, le cafà doit êtr noir comme la nuit, brûlan comme le feu et fort comme l'amour. Tout un programme. Grhce A Dieu, je ne suis pas chez les Roms. Ceux de Turquie le prdparent..
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& la turque. Ils pourraient aussi bien se servir d u marc pour lire l'avenir. Et les autres, le font-ils ? Prosper Mdrimde, qui a observd des Gitanes tireuses de cartes en Espagne, rdvkle que' Partout, les Bohdmiennes se servent de la chiromancie. Elles lisent encore l'ave- nir dans du marc de cafd ou du plomb jet6 dans l'eau
".
Chez les Manouches d'Auvergne, un mêm mot ddsigne la cafetihe et le marc (kapzac). Ceux-lh feraient-ils parler le marc ? Allez savoir. En revanche, cela laisse supposer que cer- tains font le cafà à l'orientale. Les Tsiganes vont par le monde depuis mille ans, s'ils n'ont pas accumulà de richesses, ils ont glan6 de bonnes habitudes, un peud'eau, voilà sa recette. Ç ne doit pas faire grand mal, mais ç doit êtr imbuvable.
La cafetikre est pleine, le caf6, presque transparent, et le danger, imminent.
Nine arrive, sa longue jupe frissonne sous la brise et ses pieds chaussé de mules Ã
talons touchent à peine le sol, c'est une reine qui traverse l'espace plus ou moins caillouteux séparan le réchau de la petite table de camping, une immense cafe- tièr dans la main droite, un litre de lait dans la gauche..
.
Il est grand temps de m'arracher d l'imagerie et de reprendre mes esprits : je détest le lait autant que le café Un cafà au lait, en plein après-midi un jour de chaleur ! Y penser me soulèv le cœur Nine pose une tasse devant moi. Premièr servie...
De nouveaux arri- vants viennent me saluer, souriants, je suis entouré de visages bienveillants et - curieux, la visiteuse imprévu devient une invité de marque. J'ai pourtant le trè net sentiment d'êtr tombé dans un piège Vite, dire quelque chose. La cafetièr est au-dessus de la tasse, qui se remplit. Trop tard. Refuser maintenant ? Impos- sible, le moment en serait gâchà Des yeux, trè doux, rencontrent les miens. Nine me propose du lait. Pour adoucir ! Je m'entends dire " Oui, merci Nine".
Je venais d'entrer dans le deuxikme cercle, je ne pouvais plus me dérober Dans l'espoir de limiter les dégât je me suis appliqué à boire lentement. Il ne se passe rien, d'abord. Bientôt un lége écœureme qui se transforme en malaise. Et si j'allais vomir ? Respirer lentement, continuer à écoute en souriant et, pendant ce temps-là mettre de l'ordre dans mes pensées Mon intuition étai juste, partager le cafà soude le cercle et, en surmontant mon dégoû j'étai bien passée l'espace d'un instant, de l'autre côt de la frontikre invisible. Je savoure ma réussite mais je pense déjà avec horreur, à tous les café que je vais devoir ingurgiter à l'avenir pour entrer à nouveau dans l'espace intime..
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Quand le cercle s'est défai -chacun s'en retournant à ses occupations- Niglo m'a proposà de me faire un bout de chemin. Avait-il perç mon malaise ? L'air de rien, il m'a appris que le café on n'est pas obligà de le boire, on peut se contenter de tremper les lkvres, et on repose la tasse !
Le caf6 que je partage avec les Manouches, je ne le partage pas avec d'autres.
Jamais, en dehors des moments passé en leur compagnie, je ne bois de café Avec les autres, je ne peux décidéme pas. D'ailleurs, cela n'aurait aucun sens.
E n
g u i s e d ' 6 p i l o g u eJ'ai en mdmoire quelques images représentan des Tsiganes fumant la cigarette ou la pipe, des femmes notamment. Et dans la littérature cette habitude a laissà des traces.
A
l'inverse, il n'existe pour ainsi dire aucune évocatio de ce qui semble être avec le tabac, une des grandes volupté des Tsiganes : boire d u café Les Manouches, ceux que j'ai rencontré du moins, m'ont l'air d'avoir fait de ce breu-Ecole..
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vage une véritabl institution.
D&s mes premikres enquête en Lorraine, j'ai remarquà l'omniprésenc du café
Qu'ils aient leurs habitudes d u côt " françai " (à Nancy, à Toul, h Pont-à -Mous
son) ou qu'ils fréquenten plutô la partie mosellane (Metz, Forbach, Nilvange), les Manouches boivent du cafà h tout bout de champ. Dans ces régions-là c'est vrai, il
s'en boit beaucoup. Aussi ai-je d'abord pensà que, pour les Manouches comme pour les autres, la cdrémoni d u cafd étai une manikre agréabl de passer le temps.
A
y regarder de plus prks...
Chez les Manouches, on ne passe pas des heures à boire le café on ne bavarde pas autour d'un café La plupart du temps l'affaire est mêm assez vite expédié Mais il est vrai que la journé est ponctude de cafds. Quelqu'un arrive, un parent, un ami...
Café O n se rend chez un parent, un ami...
Café " Lecafé c'est les visites " dit Grenada. Le cafd transparent rythme les jours des
Manouches. Au gr6 des passages des uns chez les autres, h toute heure, il apparaît
à supposer que boire du cafà soit un plaisir, il n'est certes pas à mettre au nombre des plaisirs solitaires. Chez les Manouches, le cafà rassemble, ou plutô il suppose un rassemblement. Il faut êtr au moins deux pour boire du café Et, que l'on soit deux, trois, ou dix, on est ensemble, alors le cafà surgit. J'ai eu plus d'une fois le sentiment y ' u n café ç ne se refuse pas. Du moins pas sans une bonne raison..
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à l'automne 2003, j'ai ét invité au pompaier de Preignac, par l'association
AOC VITI VOYAGEURS. Mes " filleuls " manouches (j'ai eu l'honneur d'êtr
marraine de la cuvé 2003), ont fêt la fin des vendanges autour d'une table bien garnie, comme il est d'usage en Gironde chez les viticulteurs. C'est ça le pom- paier. Tout le monde a mangà de bon cœur certains ont bu du bordeaux (excel- lent), d'autres de l'eau, sans que cela déclench le moindre commentaire. Mais au moment du café ceux qui ont refusà cette boisson se sont, en quelque sorte, excu- sés Ceux-là (des jeunes gens) se méfiaien du café " Seulement le matin " a dit
Samuel. " Le cœu tape " a-t'il ajouté Nono dit que s'il n'y a pas de lait, il ne peut
pas. Faisant tout de mêm preuve de bonne volonté il s'aventure A goûter Hor- reur, le cafà n'est pas sucrà !
façon on ne demande l'avis de personne, chacun se retrouve avec une tasse rem- plie devant lui), mais ils n'en boivent qu'une gorgée Pour faire comme tout le monde ? Certainement pas, puisqu'avec d'autres boissons, chacun fait comme il veut. Pour communier ? Ce serait beaucoup dire. Pour ne pas s'exclure de l'assem- blée peut-être O u , plus exactement, pour ne pas s'absenter du moment.
D u café il y a, dirait-on, un bon usage. Manifesterait-il, chez les Manouches, la
juste relation des individus à la communautà ?
Je me souviens des propos de Jacques Neu, le rachaà qui m'a reçu à Blainville-sur- l'eau. " Quand il y a une fête un baptêm par exemple, on dresse une grande table
et les femmes servent les hommes, c'est l'usage. Il ne faut pas tenir la table à soi seul, c'est aussi l'usage. Alors, quand l'un a fini, pour laisser la place aux autres hommes, il dit " Bon, allez, je vais aller boire un cafà !
".
L e c a f à © u n r i t u e l d e p a r t a g e .
L e p a r t a g e d u c a f 6 , u n r i t u e l d ' a p p a r t e n a n c e .
Un rituel ancien. Une cafetièr fait partie de l'équipemen d'une famille bohé mienne en Bretagne, au milieu du XViIIkme sikcle. En ce temps-là dans les pro- vinces reculée et chez le commun des mortels, on ignorait l'existence de cette boisson exotique. En
1644,
à Marseille, alors centre méditerrané du commerce avec le Levant, on avait apportà " du cafà et des tasses pour le boire " et dans lesfamilles de négociants déjà on prisait fort cette boisson excitante et tonique. Quatre ans plus tard, Soliman Aga, ambassadeur du " Grand Turc " auprè de
Louis XIV, offre du cafà à ses visiteurs. Paris et la mode s'en mêlen : l'usage d u cafà se répand Pas partout. Dans la capitale, et dans les milieux ais& Pas ailleurs. Ainsi, au moment oà le cafà étai encore inconnu de la plupart des Français les Tsiganes, eux, connaissaient ce breuvage. Peut-êtr avait-il dtà importà par des groupes venus d'Europe centrale ou orientale ?
Chez les Manouches, un autre cafà fait ressurgir l'orient. Et celui-là je ne le
E c o l e . .
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un mort. Quand pendant un jour, deux jours ou davantage, une nuit, deux nuits ou davantage, on reste lh, prks d u défunt mangeant peu, se privant de sommeil. Ce café-là on le boit pour se maintenir éveillà bien sûr Si on envisage les choses de manièr moins terre à terre, on peut dire que ce café-l participe A l'accompa- gnement des défunts Il aurait une autre dimension, en quelque sorte spirituelle. En cela, il serait semblable au cafà des origines, celui que les religieux musulmans utilisaient, en Arabie, au XIVèm sikcle, pour prolonger dans la nuit leurs pieux exercices. Ce café-lh on le boit pour maintenir le cercle de la vie autour de ceux qui s'en éloignent Ce cafd-là c'est celui de la cohésion O n le boit pour se main- tenir ensemble, vivants et mort réunis Ensuite, les vivants iront répandr sur la tombe la boisson préfér d u défunt du whisky, de la bièr fraîch ou chaude, de l'alcool blanc. O n ne fait pas cela avec le café Le café c'est la vie, la vie ensemble, chez les Manouches.
Depuis ma visite chez La Nine, j'en ai partagà des café de hasard. Derrikre cha-
cun, il y a des visages.
Chez Rena et ses filles (Rena a les yeux si bleus et le regard si fort), je suis resté longtemps debout, sous l'auvent. Rena m'a suggérà à plusieurs reprises, de reve- nir un autre jour. J'allais partir, quand tout à coup " Asseyez-vous, je vais faire le
cafÃ
".
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Chez Raymonde, j'ai ét invité à m'asseoir trè vite, comme si j'avais ét attendue. Raymonde vit pauvrement. Son luxe ? Porter un parfum raffiné dormir dans un grand lit (il occupe le tiers de sa caravane disparaissant sous des vagues de nylon bleu ciel) et offrir du café..
Quand je suis arrivde chez Dalila, elle faisait le ménag de sa petite campine, de l'or aux oreilles. Le canari s'étai échappÃil
vol- tigeait autour de nous. Dans une vitrine, des tasses à cafà en porcelaine à l'effigie de sainte Thérè de Lisieux (on n'a pas bu dans ces tasses là elles sont restée dans leur écri de verre).. .
Chez La Fille et Mamour, on ne manque pas d'humour. Dans leur petite maison, on boit le cafà sous un lustre fait d'un joug (attribut du paysan, du Gadjo, comme ils disent) sur lequel trônen deux hérisson (animal fétich des Manouches)..
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Chez Goulu et sa compagne Margot, le cafà étai une pomme de discorde. Goulu a dit " Alors, ma gale, tu nous fais le cafà ? " Et Mar-got a &pondu en rouspétan qu'il y avait longtemps ! Aujourd'hui, ces deux-là ne vivent plus ensemble..
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Chez ma Grenada, j'en ai bu, des cafés Chez elle, une table et des chaises en plastique, voilà tout le mobilier. La cafetièr est toujours là sur la table. Elle suffit à remplir la pièceA
l'odeur du cafà se mêl le parfum des cigarettes aux herbes que Grenada fume " parce que c'est bon pour ses pou-mons
".
Cela fait une sorte de douceur, et on oublie qu'ici on n'a rien, ou presque. - -O n se sent riche d'autre chose, au calme dans ce brouhaha de voix fortes, habi- tuée au plein air.
Chez les Manouches, mêm quand ils occupent un appartement ou une maison, il y a peu d'objets. Mais il y a des gens, tout le temps. Des gens qui discutent, à l'infi- ni. Qui passent leur temps à se parler, à débattre.