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L'identité dévoilée par les pratiques alimentaires des Antoniennes de Marie : le cas d'une communauté québécoise au service du clergé de 1904 à 2013

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(1)

L’identité dévoilée par les pratiques alimentaires des

Antoniennes de Marie : Le cas d’une communauté

québécoise au service du clergé de 1904 à 2013

Mémoire

Roseline Bouchard

Maîtrise en ethnologie et patrimoine - avec mémoire

Maître ès arts (M.A.)

(2)

L’IDENTITÉ DÉVOILÉE PAR LES PRATIQUES ALIMENTAIRES

DES ANTONIENNES DE MARIE :

Le cas d’une communauté québécoise au service du clergé de 1904 à 2013

Mémoire

Roseline Bouchard

Sous la direction de :

(3)

Résumé

Dans le cadre de ce mémoire de maîtrise, nous avons voulu savoir comment les pratiques alimentaires des Antoniennes de Marie du Saguenay-Lac-Saint-Jean exprimaient une part importante de l’identité de ces religieuses qui avaient comme vocation de faire la cuisine pour les prêtres et les élèves des séminaires. À partir d'un travail de terrain ethnologique et de recherches en archives, nous avons reconstitué les pratiques culinaires de ces religieuses depuis leur fondation en 1904 et soutenons qu’elles ont développé des pratiques alimentaires liées à leur identité religieuse et culturelle. Ainsi, certains usages sont liés à leurs appartenances religieuses, judéo-chrétienne, chrétienne, catholique, ascétique et communautaire, c’est-à-dire, antonienne. D’autres sont associés à leurs cultures nationale québécoise et régionale, saguenéenne et jeannoise. La dynamique et la hiérarchie de ces appartenances varient dans le temps et selon le type de pratique. Dans certaines circonstances, les Antoniennes de Marie ont mis de l’avant le rôle de l’alimentation dans l’affirmation de leur identité religieuse, à d’autres moments, son rôle dans le sentiment d’appartenance au groupe ethnique ou à la région. Ces pratiques se sont aussi modifiées au rythme des événements historiques, dont le Concile Vatican II, la Révolution Tranquille, l’Expo 67 et les différentes vagues migratoires en terre québécoise.

(4)

Table des matières

Résumé ... iii

Table des matières ... iv

Liste des tableaux ... vii

Liste des schémas ...viii

Liste des figures ... ix

Liste des abréviations et des sigles pour les citations des sources primaires ... xii

Remerciements ... xiv

Introduction ... 1

Chapitre I. ÉTAT DE LA QUESTION ET MÉTHODOLOGIE ... 8

HISTORIOGRAPHIE ... 8

Le patrimoine religieux du Québec : du matériel à l’immatériel ... 8

Les pratiques alimentaires, concepts généraux et identité ... 9

Le modèle alimentaire chrétien et catholique ... 12

L’alimentation des communautés religieuses catholiques ... 14

PROBLÉMATIQUE ... 16

MÉTHODOLOGIE ... 18

Des choix méthodologiques ... 19

La sélection des Antoniennes de Marie ... 21

Élaboration d’un corpus de données ... 22

Le terrain ethnologique ... 22

Les sources historiques ... 25

Critique scientifique du corpus ... 28

Analyse des données ... 29

Conclusion ... 31

CHAPITRE II. CONTEXTE SOCIOHISTORIQUE ... 33

Éléments pour une sociologie des communautés religieuses ... 33

Les communautés religieuses féminines québécoises ... 36

Les communautés au service du clergé ... 40

Saguenay-Lac-Saint-Jean ... 44

Le peuplement ... 44

L’organisation et la pratique religieuse ... 45

Les communautés religieuses ... 47

Portrait des Antoniennes de Marie ... 51

Historique ... 51

(5)

Origines ... 56

Géographie et typologie des maisons antoniennes ... 59

Conclusion ... 65

Le garde-manger des Antoniennes : les aliments et leur provenance ... 67

Viandes et substituts ... 69

Produits laitiers ... 77

Fruits et légumes: du terroir à la révolution des vitamines ... 77

Fruits ... 78

Légumes ... 80

Sucre et produits sucrés ... 86

Matières grasses... 88

Boissons ... 89

Épices, herbes et aromates ... 90

Autres aliments ... 92

Les dons ... 93

Bilan du garde-manger ... 94

Les corvées ou les «bis» ... 98

L’assiette antonienne ... 100

Conclusion ... 110

CHAPITRE IV. L’ASCÈSE ALIMENTAIRE DES ANTONIENNES DE MARIE ... 111

L’ascétisme alimentaire comme règle de la vie consacrée ... 112

Pauvreté alimentaire: entre normes et réalités de pratiques ... 114

Chasteté alimentaire! ... 118

Pénitences et mortifications alimentaires ... 120

Les manières de table comme écho à l’ascétisme évangélique ... 124

Commensalité contrôlée ... 124

Conformité comportementale : prières, silence et lectures ... 129

L’exception pour les sœurs malades ... 135

Ascèse catholique de base ... 136

Le carême ... 136

Le maigre hebdomadaire ... 139

Conclusion ... 141

CHAPITRE V. UNE COMMUNAUTÉ DE« FÊTEUSES » ... 144

Les temps forts de l’année catholique ... 145

Le repas dominical... 146

Le temps des fêtes... 147

Pâques ... 153

Encore des fêtes liturgiques ... 155

Les temps forts de l’identité catholico québécoise... 157

Les fêtes de la vie d’une religieuse ... 158

Les temps forts du calendrier antonien ... 162

Anniversaire de l’institution ... 163

(6)

Fête de saint Antoine ... 169

D’anniversaires des mères à ceux des sœurs ... 171

Conclusion : Définitivement des fêteuses... 174

CHAPITRE VI. UN SAVOIR-FAIRE AU SERVICE DU SACERDOCE ... 178

Importance et description des obédiences alimentaires ... 178

Un savoir-faire à l’œuvre dans diverses circonstances ... 184

Les multiples filiations identitaires d’un savoir-faire ... 185

Le savoir-faire de nos informatrices ... 185

Le savoir-faire des Antoniennes de Marie ... 190

L’enseignement ménager ... 193

Pilier d’un savoir-faire : La Cuisine raisonnée ... 195

À la Table des Antoniennes : un savoir-faire distinctif ... 197

La pratique du savoir-faire dans les maisons à l’étude ... 198

Le cas du Séminaire de Chicoutimi de 1904 à 1975 ... 199

Le témoignage de sœur Paradis, 1955-1966 ... 200

L’œuvre culinaire au Séminaire de Chicoutimi de 1904 à 1975 ... 201

La Maison mère et son œuvre culinaire ... 211

Sœur Boily, première cuisinière de la Maison mère de 1981 à 1993 ... 213

L’École Apostolique de 1932 à 2009 ... 215

Surprise à la Maison mère! ... 216

La Résidence Mgr Paré de 1985 à 2010 ... 219

Les repas extraquotidiens ... 219

Le cas de l’École d’Agriculture de Sainte-Martine de 1933 à 1945 ... 222

Le cas du Presbytère Saint-Cœur de Marie, de 1982 à 2007 ... 227

Le témoignage de sœur Pelletier, 1984 à 2007 ... 228

Les Antoniennes au Presbytère Saint-Cœur de Marie de 1982 à 2007 ... 229

Une pratique sacerdotale: le banquet du Jeudi saint et son gâteau en forme d’agneau ... 232

La fête du sacerdoce ... 232

Pratique à la Maison mère et la Résidence Mgr Paré ... 233

Le gâteau en forme d’agneau ... 235

Histoire et pratique du savoir-faire selon sœurs Émond et Harvey ... 235

Le rôle de la pâtisserie et la symbolique de l’agneau ... 238

Conclusion ... 242

Conclusion... 246

BIBLIOGRAPHIE ... 255

(7)

Liste des tableaux

Tableau 1 Hypothèse décomposée en variables, indices et indicateurs ... 17

Tableau 2 Comtés d’origine des Antoniennes de Marie ... 58

Tableau 3 Répartition géographique des maisons de 1904 à 2013 ... 62

Tableau 4 Répartition des maisons des Antoniennes de Marie selon différentes catégories de 1904 à 2011 ... 63

Tableau 5 Inventaire de la ferme de la Maison mère de 1943 à 1957 ... 70

Tableau 6 Viandes et substitut en 2004 ... 74

Tableau 7 Aliment de base du menu principal de 2012-2013 ... 75

Tableau 8 Lait et produits laitiers en 2004 ... 77

Tableau 9 Fruits en 2004 ... 79

Tableau 10 Légumes en 2004 ... 82

Tableau 11 Accompagnements de la Maison mère de juin 2012 à janvier 2013 (29 semaines) ... 83

Tableau 12 Céréales et dérivés en 2004 ... 85

Tableau 13 Sucre et produits sucrés en 2004 ... 87

Tableau 14 Matières grasses en 2004 ... 88

Tableau 15 Boissons en 2004 ... 89

Tableau 16 Épices, herbes et aromates en 2004 ... 91

Tableau 17 Autres aliments en 2004 ... 92

Tableau 18 Menus principaux de la Maison mère de juin 2012 à janvier 2013 (29 semaines) ... 101

Tableau 19 Les recettes du livre À la table des Antoniennes subdivisées en différentes sections ... 103

Tableau 20 Menu du vendredi du 26 juillet au 12 décembre 2010 réalisé par le nouveau chef Denis Villeneuve . 140 Tableau 21 Menu du dimanche à la Maison mère du 26 juillet au 12 décembre 2010 réalisé par le nouveau chef Denis Villeneuve ... 147

Tableau 22 Pratiques alimentaires de Noël ... 149

Tableau 23 Fêtes liturgiques et leurs pratiques alimentaires ... 156

Tableau 24 Pratiques alimentaires des jubilés... 159

Tableau 25 :Autres fêtes liturgiques et leurs pratiques alimentaires ... 170

Tableau 26 Anniversaires célébrés et leurs pratiques alimentaires ... 172

Tableau 27 Les fêtes célébrées en fonction des diverses identités de la communauté ... 175

Tableau 28 : Rôle de la cuisinière et de la réfectorière d’après les Constitutions de 1907 ... 179

Tableau 29 : Répartition des activités culinaires des Antoniennes ... 182

Tableau 30 : Profil des soeurs ayant des obédiences alimentaires ... 183

Tableau 31 : Maisons où les Antoniennes ont des obédiences alimentaires ... 183

Tableau 32 Formations des Antoniennes-cuisinières ... 191

Tableau 33 Évolution de la formation en cuisine chez les Antoniennes de Marie en fonction de leur décennie d’entrée en communauté ... 192

Tableau 34 : Statistiques démographiques du Séminaire de Chicoutimi de 1920 à 1965 ... 202

Tableau 35 : Menus des banquets au Séminaire de Chicoutimi ... 210

Tableau 36 : Profil démographique à l’École Apostolique ... 215

Tableau 37 : Statistiques démographiques de l’École d’Agriculture de Sainte-Martine de 1920 à 1945 ... 224

ANNEXE Tableau I : Synthèse des sources ethnologiques ... 292

Tableau II : Synthèse des sources historiques ... 293

Tableau III : Prières effectuées au réfectoire traduites du latin (RP, 1944 :32-39) ... 303

Tableau IV : Pratiques alimentaires estivales ... 305

Tableau V : Autres pratiques alimentaires en rupture avec le quotidien ... 306

Tableau VI : Repas extraordinaires préparés par les Antonniennes de Marie au Séminaire de Chicoutimi de 1910 à 1975 ... 309

Tableau VII : Repas extraordinaires préparés par les Antonniennes de Marie à la Maison mère, 1935 à 2000 ... 314

Tableau VIII : Repas extraordinaires préparés par les Antonniennes de Marie à la Résidence Mgr Paré de 1985 à 2000 ... 315

Tableau IX: Repas extraordinaires préparés par les Antonniennes de Marie à l’École d’Agriculture de Sainte-Martine ... 316

(8)

Liste des schémas

Schéma 1: Pourcentage d'affectation à des obédiences alimentaires chez les Antoniennes ... 181

Schéma 2: Nombre de maisons où les Antoniennes ont travaillé à la cuisine et au réfectoire ... 182

Schéma 3: Repas extraordinaires au Séminaire de Chicoutimi de 1910 à 1975 ... 206

Schéma 4: Types de repas extraordinaires au Séminaire de Chicoutimi ... 209

Schéma 5: Repas extraordinaires à la Maison mère de 1935 à 1990... 216

Schéma 6: Types de repas extraordinaires de la Maison mère ... 217

Schéma 7: Repas extraordinaires à la Résidence Mgr Paré de 1985 à 2000 ... 220

Schéma 8: Types de repas extraordinaires à la Résidence Mgr Paré ... 220

Schéma 9: Repas extraordinaires à l'École d'Agriculture de Sainte-Martine de 1933 à 1945... 225

Schéma 10: Types de repas extraordinaires à l'École d'Agriculture de Sainte-Martine ... 225

Schéma 11: Repas extraordinaires au Presbytère Saint-Coeur de Marie de 1982 à 2007 ... 230

Schéma 12: Types de repas extraordinaires au Presbytère Saint-Cœur-de Marie ... 231

Schéma 13 : L’identité des Antoniennes de Marie et ses différentes composantes ... 247

Schéma 14 : Chronologie des conjectures historiques ayant un impact direct sur les pratiques alimentaires des Antoniennes de Marie ... 248

(9)

Liste des figures

Figure 1 Fondations et implantation (1840-1969) - Communautés de femmes (Denault, 1975 : 78) ... 37

Figure 2 Ligne du temps de l’apparition des communautés religieuses féminines au service du clergé ... 41

Figure 3 Marche du peuplement au Saguenay, 1841-1960 (Bouchard, 1996 : 25) ... 44

Figure 4 Implantation et fondation de communautés religieuses au Saguenay-Lac-St-Jean de 1840 à 1935 ... … ... 48

Figure 5 Évolution démographique des Antoniennes de Marie de 1904 à 2008 (Statistiques générales du personnel actif de la Congrégation et Guissard, 1959 :239.) ... 55

Figure 6 La région du Saguenay et ses regroupements municipaux (Bouchard et al, 1988 :99) ... 57

Figure 7 Lieu de naissance des Antoniennes de Marie par regroupements municipaux (1882-1947) ... 57

Figure 8 Les Antoniennes en Amérique du Nord (Liste des différentes maisons des Antoniennes de Marie) ... 60

Figure 9 Les Antoniennes au Saguenay-Lac-Saint-Jean (Liste des différentes maisons des Antoniennes de Marie) ... 60

Figure 10 Les poules de la providence, MM, Chicoutimi, 1941, L007_1b-19. ... 71

Figure 11 Notre brave « Arshire », MM, Chicoutimi, 1941, L007_1b-12. ... 71

Figure 12 La bonne bête qui nous fournit les porcelets… et son logement, MM, Chicoutimi, 1941, L007_1b-23. 71 Figure 13 Baie Ste-Catherine, 1964, L001_079. ... 71

Figure 14 Baie Ste-Catherine, août 1959, L001_043. ... 78

Figure 15 Cour extérieure du Couvent, CPS, Chicoutimi, 9 juin 1932, L001-1_089. ... 80

Figure 16 Pont-Viau, Séminaire des Missions Étrangère, Pontviau, 1988, L004_098. ... 87

Figure 17 Exemplaire d’À la Table des Antoniennes de sœur Lucienne Boivin, terrain, 2009-02-10. ... 102

Figure 18 Le réfectoire de la Maison mère, MM, Chicoutimi, L007_29. ... 126

Figure 19 Réfectoire des religieuses au couvent côté sud (grand corridor du 2e couvent), CPS, 1953, L001_B029 ... 126

Figure 20 Réfectoire de la Maison mère, MM, Chicoutimi, L007_028. ... 126

Figure 21 Service à table au réfectoire, MM, Chicoutimi, G03-AS6_24 ... 126

Figure 22 Table où les Antoniennes reçoivent leur famille en visite, terrain décembre 2010. ... 127

Figure 23 Repas fraternel de nos soeurs de Saint-Jean-de-Brébeuf au Presbytère de Saint-Cœur de Marie, PSCM, 2003, L117_028. ... 127

Figure 24 Nouvelle section du réfectoire réservée aux prêtres de la Résidence Mgr Paré, terrain décembre 2010 ... 127

Figure 25 Fête de Noël à la Maison mère : costume spécial pour les religieuses, MM, Chicoutimi, 1958, L007_062. ... 148

Figure 26 Décoration de Noël au réfectoire, terrain décembre 2010. ... 148

Figure 27 Repas festif préparé par sœur Rolande Pelletier, PSCM, Saint-Cœur-de-Marie, 1995, L117_021. ... 148

Figure 28 Repas de Noël, PSCM, Saint-Cœur-de-Marie, Collection Rollande Pelletier. ... 148

Figure 29 Banquet du jour de l’an, PSCM, Saint-Cœur-de-Marie, Collection Rollande Pelletier. ... 148

Figure 30 À la fête des Rois de 1990, les sœurs Amabilis et Pelletier élues roi et reine se félicitent en échangeant un signe d’amitié, PSCM, Saint-Cœur-de-Marie, 1990, L117_011. ... 148

Figure 31 Décoration Pâques 1998 : gâteau en forme d’œuf, Presbytère Saint-François-Xavier, Chicoutimi, 1998, L038_8. ... 154

Figure 32 Pâques 1997. Lapin fait par sœur Édith Bouchard, Presbytère Saint-François-Xavier, Chicoutimi, 1997, L037_106. ... 154

Figures 33 et 34 Fête de la Ste-Catherine, Presbytère Saint-François-Xavier, Chicoutimi, 1989, L037_35-36. ... 157

Figure 35 Groupe de sœurs présentes lors du jubilé d’argent, Séminaire de Chicoutimi, Chicoutimi, 1929, L001-1_84. ... 160

Figure 36 Jubilaires à la Maison mère, MM, Chicoutimi, 1975, L007-1c-01. ... 160

Figure 37 Jubilaires antoniennes invitées au Généralat, Généralat, Chicoutimi, 1978, L007_117. ... 160

Figure 38 Table montée à l’occasion du jubilé de sœur Paradis, Séminaire de Métabetchouan, Métabetchuan, 2002, Collection CécileParadis ... 160

Figure 39 Couvent près Séminaire, Chicoutimi, 1904-1932, Collection centenaire 020 ... 164

(10)

Figure 41 Réplique du gâteau réalisé par sr Boivin lors du 50e anniversaire de la communauté, terrain avril 2009.

... 165

Figure 42 Gâteau lors du 25e anniversaire de Pontviau, L004-045 ... 165

Figure 43 Décoration du réfectoire pour la fête de l’Autorité, terrain 2009-03-21. ... 167

Figure 44 Accueil des Antoniennes par les sœurs en autorité, terrain 2009-03-21. ... 167

Figure 45 Les sœurs en autorité servent le vin aux Antoniennes, terrain 2009-03-21. ... 167

Figure 46 Des bougies allumées pour les circonstances, terrain 2009-03-21. ... 167

Figure 47 Du spécial au menu : poire farcie comme entrée, terrain 2009-03-21. ... 167

Figure 48 Brochette de poulet comme plat principale, terrain 2009-03-21. ... 167

Figure 49 Du vin pour arroser le tout, terrain 2009-03-21. ... 167

Figure 50 Gâteau de fête d’une supérieure, Collection centenaire, L0016_003. ... 173

Figure 51 Fête de naissance de sœur Bernadette Rochefort, Presbytère Saint-François-Xavier, Chicoutimi, 1995, L037_87. ... 173

Figure 52 Pique-nique à Baie-Ste-Catherine, Chalet du Séminaire de Chicoutimi, Baie-Ste-Catherine, 1964, L001_066. ... 174

Figure 53 Repas en plein air, Chalet du Séminaire de Chicoutimi, Baie-Ste-Catherine, juillet 1963, L001_059. .... 174

Figure 54 Tableau de la soigneuse ménagère de Nazareth, produite par S. Marie de la Sagesse (Marie-Cécile Bouchard), L007-1_140 ... 180

Figure 55 Coup de pouce ou extrait d’un recueil de recettes de sœur Paradis, terrain 2010-12-14 ... 186

Figure 56 Good Recipes for Good Eating ou page couverture d’un livre de recettes américaines de sœur Boivin, terrain 2010-12-14 ... 186

Figure 57 Extrait d’un livre de recettes américaines de sœur Boivin, terrain 2010-12-14 ... 186

Figure 58 Aspic au fromage cottage et au thon ou Extrait d’un recueil de recettes de sœur Paradis, terrain 2010-12-14 ... 186

Figure 59 Recueil de recettes des Antoniennes de la Maison mère, terrain 2010-12-14 ... 186

Figure 60 Pamphlet de la formation à l’Institut National des Viandes, terrain, 2009-04-7. ... 192

Figure 61 Postulantes à la cuisine, MM, Chicoutimi, L007-1_37. ... 192

Figure 62 Exemplaire de la Cuisine Raisonnée de sœur Lucienne Boivin, terrain, 2010-12-14. ... 195

Figure 63 Deuxième séminaire, 1875 è 1912, carte postale, L001-1_032 ... 199

Figure 64 Réfectoire des élèves – (Couvent près Séminaire – École Apostolique), années 1920’ (circa), L001_078b ... 204

Figure 65 Gâteau fait par S. Marie-de-St-Bernard (Gisèle Simard) à l’occasion du retour de Mgr Ovide-Dollor Simard et aussi en l’honneur de Mgr Oscar McNicoll nommé prélat domestique de Sa Sainteté, Couvent, novembre 1950, L001-23-29 ... 206

Figure 66 Menu d’un Jubilé d’Argent sacerdotal, Séminaire de Chicoutimi, 22 mai 1966, D03-D02, 01, 013 ... 207

Figure 67 Souvenir de l’érection du Grand Séminaire, 40 ans, 14 mars 1990, L034-11 ... 208

Figure 68 Maison mère des sœurs Antoniennes de Marie, boulevard St-Michel, Chicoutimi, L007-001 ... 212

Figure 69 La cuisine de 1938, Maison mère, L007_030 ... 212

Figure 70 Cuisine de la Maison mère, terrain 2009 ... 213

Figure 71 Aile de 1965 de la Maison mère, L007_075 ... 215

Figure 72 Réfectoire Les postulantes et novices préparent la table pour le repas des élèves au réfectoire de l’É.A., L007-1-39 ... 216

Figure 73 Au réfectoire des prêtres, É.A., L007-31 ... 218

Figure 74 La Résidence Mgr Paré, Maison mère, L035-2_008 ... 218

Figure 75 Les religieuses en tenue de service prêtes pour le banquet du 3 janvier 1991 à la Résidence Mgr Paré, Maison mère, L035-2_139 ... 221

Figure 76 Le gâteau pour le 81e anniversaire d’un abbé, le 28 janvier 2000, L038_18 ... 221

Figure 77 École d’Agriculture de Sainte-Martine, Sainte-Martine, carte postale, L006_015 ... 222

Figure 78 Antoniennes de l’École d’Agriculture de Sainte-Martine, SM, Sainte-Martine, L006_017 ... 223

Figure 79 Presbytère Saint-Cœur de Marie, Collection privée de sœur Rolande Pelletier ... 228

Figure 80 Presbytère Saint-Cœur de Marie, 1990, L117-9 ... 230

Figure 81 Les deux vaillantes cuisinières équeutant de belles fraises. SS. Amabilis Claveau et Rollande Pelletier, L117-45 ... 230

Figure 82 Le gâteau en forme d’agneau à la table du réfectoire des prêtres de la Résidence Mgr Paré, Maison mère, terrain 2009-4-9 ... 234

Figure 83 Visuel commémorant la Cène du Christ dressé au réfectoire des sœurs de la Maison mère, terrain 2009-4-9 ... 234

(11)

Figure 84 Le pain et la grappe de raisins sur les tables montés des sœurs, Maison mère, terrain 2009-4-9 ... 234

Figure 85 Table montée au réfectoire des sœurs, Maison mère, terrain 2009-4-9 ... 234

Figure 86 Repas du Jeudi-Saint 2006 au presbytère Saint-Cœur-de-Marie préparé par sœur Rolande Pelletier cuisinière, L117_040 ... 235

Figure 87 Table préparée par sœur Denise Émond pour faire le gâteau en forme d’agneau, terrain 2009 ... 236

Figure 88 Gâteau de fête à Pont-Viau, S. Denise Michaud, L004_097 ... 238

ANNEXE Figure I Services tenus à Charlevoix et sur la Côte-Nord ... 280

Figure II Services tenus dans la région de Québec ... 280

Figure III Services tenus dans la région de Montréal ... 280

Figure IV Services tenus en Abitibi-Témiscaminque et dans l’Outaouais ... 280

Figure V Les fêtes catholiques selon le calendrier liturgique (Coireaut, 1994 :79). ... 280

Figure VI Sœur Ginette Laurendeau, personne ressource pour le projet d’inventaire du patrimoine immatériel et Roseline Bouchard, Terrain juin 2009 ... 281

Figure VII Sœur Lucienne Boivin, terrain février 2009 ... 282

Figure VIII Sœur Gertrude Boily, MM, Photo de la communauté ... 283

Figure IX Sœur Denise Émond, Terrain avril 2009 ... 284

Figure X Sœur Rollande Pelletier, terrain 2009... 285

Figure XI Sœur Cécile Paradis, Terrain avril 2009 ... 286

Figure XII Sœur Rosanne Harvey, terrain avril 2009 ... 287

Figure XIII Réfectoire des Hospitalières de saint Joseph avant les années 1950 ... 302

Figure XIV Chaire de lecture du réfectoire exposée dans le musée... 302

Figure XV Menu du souper de Noël avec les employés de la Maison mère, terrain 17-12-2010 ... 304

Figure XVI Prière de la cuisinière des Antoniennes de Marie 1959, S274, D11, 01 ... 307

Figure XVII Diplôme d’enseignement ménager d’une Antonienne ... 308

(12)

Liste des abréviations et des sigles pour les

citations des sources primaires

Maisons à l’étude :

Couvent près Séminaire : CPS Maison mère : MM École Apostolique : É.A.

École d’Agriculture de Sainte-Martine : SM Presbytère Saint-Cœur de Marie : PSCM

Sources historiques :

Annales : A

Documents normatifs, principalement des Constitutions : C Album-photos : AP

Sources ethnographiques

Journal de bord : JB

Entrevues avec les informatrices :

Lucienne Boivin : LB Gertrude Boily : GB Rolande Pelletier : RP Denise Émond : DE Rosanne Harvey : RH Cécile Paradis : CP

(13)

Je dédie ce mémoire à ma très chère marraine Monique Brunelle (1928-2009) et à ma grand-mère Noëlla St-Hilaire (1924-2016)

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Remerciements

Je remercie d’abord et avant tout mon directeur, M. Laurier Turgeon. Vous m’avez soutenue tout au long de ce projet de recherche par vos nombreux commentaires, vos précieux conseils, vos encouragements et les diverses opportunités que vous m’avez offerts pour approfondir mes compétences. Je veux également remercier mes collègues de la chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique et Yvon Desloges, historien à Parcs Canada. Tout au long de ce parcours, vos échanges ont alimenté mes réflexions et notre collaboration m’a permis d’apprendre auprès de vous le métier de chercheure en patrimoine. Un merci particulier à Maude Redmond Morissette, à Catherine Ferland et à Francesca Allard Désilets. Merci également à Patrice Groulx, chargé de cours au département des sciences historiques de l’Université Laval, qui tout au long de mon parcours universitaire de premier cycle, a cru en mon potentiel. Un remerciement aussi à Annie Cantin et Marie-Jeanne Carrière qui ont eu l’amabilité de lire ce mémoire et de le commenter.

Ce mémoire n’aurait été possible sans la collaboration de la communauté religieuse des Antoniennes de Marie. Merci de l’aide précieuse de sœur Ginette Laurendeau, alors secrétaire générale et responsable du patrimoine, qui fut ma personne-ressource au sein de cet institut. C’est elle qui a fait approuver ma démarche ethnohistorique auprès du conseil général, que sœur France Croussette, supérieure, a acceptée. Un grand merci pour la participation des informatrices que sont les sœurs feue Lucienne Boivin et Rollande Pelletier, ainsi que les sœurs Gertrude Boily, Denise Émond, Cécile Paradis et Rosanne Harvey. Je suis très reconnaissante à l’ensemble des sœurs de la Maison mère, qui m’ont permis de m'introduire dans leur vie. Merci finalement à Dominique Dubé, technicienne en archivistique, qui m’a accompagnée et guidée tout au long de ma recherche en archives.

Ce mémoire n’aurait pas été possible sans divers soutiens matériels pour lesquels je tiens à exprimer toute ma reconnaissance. La communauté religieuse m’a offert l’hébergement. J’ai réalisé les premières entrevues dans le cadre du projet d’Inventaire du patrimoine immatériel religieux du Québec. J’ai reçu différentes bourses de l’Association des Diplômés de l’Université Laval et du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC).

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Je termine ces remerciements en m’adressant à mon entourage le plus proche. Merci à mon mari, Ahmed Sdiri, et notre désormais grand bonhomme, Ismaël. Vous m’avez soutenue tout au long de ce projet, de toutes les façons possibles et à travers les aventures et mésaventures de la vie. Merci finalement à ma marraine, Monique Brunelle, décédée au début de ces études de 2e cycle. Tout au long de mon enfance, tu m’as fait découvrir l’univers de la

lecture et l’art de communiquer. Toi, la journaliste, l’humble intellectuelle, tu avais un divin don d’être avec les gens, de les mettre à l’aise et de les accueillir comme ils sont. Ce qui, selon moi, est essentiel pour être une bonne ethnologue. Toi qui voyais en moi une auteure dès la naissance, je te présente, du haut de ton paradis, mon premier manuscrit. Merci, finalement à ma grand-mère paternelle qui a vu en moi le potentiel de chercheure dès le début mon âge adulte. Parce que les enfants ont toujours besoin d’un regard protecteur bienveillant qui croit en nous et qui rêve pour nous. Mille et une fois mercis à toutes les personnes auxquelles je fais allusion dans ces remerciements.

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Introduction

Méo voyait Béatrice au parloir des sœurs Antoniennes. Elle priait constamment pour obtenir la grâce de partir en mission. Il ne quittait jamais le couvent sans saluer Rosida, la fille de Tancrède. C’était une manuelle, Rosida. La direction de la communauté la destinait à la cuisine et elle travaillait déjà très dur aux fourneaux. Elle se distinguait grâce à ses galettes au sirop dont elle avait emprunté la recette à sa mère Eliosa. La mère supérieure en envoyait chaque année une provision à l’évêque pour son anniversaire.

(Bouchard, 2009 : 448.)

Gérard Bouchard, dans son roman Mistouk, immortalise l’archétype de l’Antonienne par ce court extrait : une cuisinière dont les recettes inspirées de sa mère réconfortent les membres du clergé pour qui elle travaille. C’est de l’humble tâche de cuisiner dont il sera question dans ce présent mémoire, et plus exactement des pratiques alimentaires en général, incluant les pratiques d’acquisition, de conservation et les manières de table. Nous mangeons chaque jour, sans trop nous poser de questions sur la signification que cela implique. Pourtant, il nous fournit une foule de renseignements précieux. Si on examine attentivement nos pratiques alimentaires dans la durée, nous comprenons qu’elles témoignent de notre histoire et de notre identité, deux phénomènes interreliés.

L’étude des pratiques alimentaires est un lieu de prédilection pour examiner l’identité d’une communauté. Trop souvent, nous appréhendons une identité de façon rectiligne et monolithique comme si elle résultait d’une filiation unique, pure et authentique. En fait, elle est le fruit de racines identitaires complexes où se conjuguent et s’additionnent les apports culturels et cultuels pour donner naissance à une identité des plus singulières, tel un arbre qui a besoin de multiples racines pour bien se tenir, des racines qui parfois même s’entrecroisent. L’identité alimentaire est donc le fruit d’un bricolage complexe. Le présent mémoire fait état des résultats de notre recherche de maîtrise à travers laquelle nous avons étudié les pratiques alimentaires d’une communauté religieuse québécoise au service du clergé, les Antoniennes de Marie. Il sera question, en fait, de comprendre ces pratiques non seulement sous l’unique angle de leur appartenance religieuse, mais également en fonction de leur appartenance ethnique, deux aspects identitaires rarement abordés systématiquement au sein d’une congrégation religieuse.

Les communautés religieuses catholiques, par définition, mettent de l’avant un mode de vie ascétique qui tranche avec celui des laïcs. Cette distinction entre religieux et laïcs repose sur

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cette « morale d’élite qui devint l’ascétisme où des chrétiens décidaient de vivre à fond l’idéal évangélique en se retirant du monde » (Denault, 1975:111-112). Un idéal fondé sur des vœux particuliers. Les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance que prononcent les religieux ont une considérable incidence sur leur quotidien. Toutefois, au Québec, ces instituts procèdent aussi d’une adéquation avec la société, « elles sont attestataires d’une Église qui les a finalement suscités » (Ibid. :30). En d’autres mots, les communautés religieuses en terre québécoise vivent en harmonie avec la société laïque et non en stricte opposition et/ou en marge de celle-ci comme on peut le voir souvent dans les ordres monastiques européens. De ce fait, leur identité intègre volontiers des éléments de la culture québécoise.

S’il est un événement qui chambarde la vie de nos religieuses québécoises au XXe siècle, c’est bien le Concile Vatican II. « Au Québec, le Concile aura des effets d’autant plus percutants qu’il sera reçu en même temps que la Révolution tranquille qui avait déjà bousculé la société québécoise». (D’allaire, 1983 :247). Concrètement, pour nommer quelques exemples, les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance sont redéfinis, les règles sont profondément changées, l’habit religieux disparaît et les effectifs subissent diminution et vieillissement. Le quotidien n’est plus le même dans les communautés religieuses québécoises.

Au Québec, on compte dix communautés dont l’œuvre1 est le service du clergé. Leurs

principales tâches ont consisté à faire le ménage, la cuisine et la couture pour les prêtres dans différentes institutions. Considérant que la cuisine constitue une manière de réaliser leur œuvre, cela justifie la sélection de ce type de communautés. Étant moins prestigieuses que les communautés d’hospitalières et d’enseignantes, elles ont rarement été étudiées, d’où la pertinence de notre investigation. Outre les livres d’histoire de ces communautés commandés de l’interne, il n’existe aucun ouvrage ou article scientifique traitant exclusivement de ces communautés. Nous avons donc voulu les faire sortir de l’ombre.

Notre choix s’est arrêté sur les Antoniennes de Marie, une fondation québécoise du Saguenay-Lac-Saint-Jean. 76% des sœurs y ont été cuisinières. Cette obédience est la façon la

1 Les communautés religieuses se définissent beaucoup par la mission qui leur est attribuée respectivement. Dans leur langage, on appelle cette mission leur œuvre. Ainsi, l’œuvre des Antoniennes de Marie est le service au clergé, il s’agit donc de leur finalité.

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plus récurrente de répondre à leur mission. Fondée en 1904 au Séminaire de Chicoutimi, cette communauté aura vu entrer, depuis, 342 professes perpétuelles; elle progresse démographiquement de 1904 à 1964, passant de 13 à 333 membres. En 2010, on en dénombre 90. La communauté a œuvré dans 152 maisons2, dont les séminaires, les maisons de prêtres, les

missions et les presbytères. Durant les années 1970, elle atteint le maximum historique de 89 maisons. Géographiquement, 82% des maisons se trouvent en sol québécois. Sur le plan régional, leurs maisons sont très présentes d’abord au Saguenay-Lac-Saint-Jean, puis dans la région montréalaise. Les cuisinières de la communauté sont appelées à œuvrer dans ces diverses maisons. Une sœur travaillant dans un Séminaire de Montréal peut être permutée dans un presbytère du Lac-Saint-Jean. Ainsi, il nous est permis d’anticiper que leurs pratiques alimentaires conjuguent potentiellement nationalisme, régionalisme et cosmopolitisme. C’est sous l’angle historique -dans une perspective diachronique- et identitaire que nous envisagions notre investigation.

Les pratiques alimentaires des Antoniennes témoignent très certainement de leur appartenance à la Belle Province. L’alimentation québécoise est caractérisée par le métissage (Turgeon, 2011:28) et les différents apports ethniques successifs. Ici , manger « reflète donc une certaine altérité, qui se situe également au carrefour de quatre cultures – l’amérindienne, la française, la britannique et l’américaine – avant de s’internationaliser » (Desloges, 2011: en ligne). Il faut considérer également les bouleversements alimentaires du XXe siècle : « Les menus ont été remodelés avec l’électrification, l’essor des chaînes de fast-food, la découverte de mets internationaux à Expo 67 et le travail de la mère à l’extérieur de la maison » (Douville, 2011 :34).

Plusieurs scientifiques avancent que l’identité se définit notamment par le biais de l’alimentation. Bruegel et Laurioux parlent également d’identité alimentaire. Ils posent la question de la dimension historique des préférences et des différences alimentaires et proposent d’observer l’alimentation par rapport à l’identité qu’elle évoque. « [I]l est […] des identités collectives, en matière d’alimentation, qui définissent un groupe social, les habitants

2 Dans le jargon des communautés religieuses québécoises, les maisons sont les différents lieux physiques où elles ont œuvré, où elles ont accompli leur mission. La communauté n’a pas besoin d’être propriétaire des lieux pour les considérer ainsi. Par exemple, les Antoniennes de Marie considèrent le Séminaire de Chicoutimi comme une de leur maison, bien que ce soit le diocèse qui en est le propriétaire.

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d’un pays ou une communauté religieuse » (Bruegel et Laurioux, 2002 :9). Montanari propose d’aborder les phénomènes alimentaires par l’histoire. Pour lui, la nourriture est indissociable de la culture et s’avère un langage lié à l’identité.

Food becomes culture when it is prepared because, once the basic products of his diet have been acquired, man transforms them by means of fire and a carefully wrought technology that is expressed in the practices of the kitchen. […] Through such pathways food takes shape as a decisive element of human identity and as one of the most effective means of expressing and communicating that identity. (Montanari, 2006: xii)

Quelle identité évoque donc les pratiques alimentaires des Antoniennes de Marie?

Cette communauté religieuse a développé des pratiques alimentaires liées à leur identité à la fois religieuse et culturelle. Ainsi, certains usages sont liés à leurs appartenances religieuse, judéo-chrétienne, chrétienne, catholique, ascétique et communautaire, c’est-à-dire, antonienne. D’autres sont associés à leur culture nationale québécoise et régionale, saguenéenne et jeannoise. La dynamique et la hiérarchie de ces appartenances varient dans les temps et selon le type de pratique. Dans certaines circonstances, les Antoniennes de Marie ont mis de l’avant le rôle de l’alimentation dans l’affirmation de leur identité religieuse, à d’autres moments son rôle dans le sentiment d’appartenance au groupe ethnique ou à la région. Ces pratiques se sont aussi modifiées au rythme des événements historiques, dont le Concile Vatican II, la Révolution Tranquille, l’Expo 67 et les différentes vagues migratoires en terre québécoise.

Mais comment décrypter à travers les pratiques alimentaires ce langage qui témoigne de leur identité? L’approche méthodologique retenue est l’étude systématique de l’ensemble des pratiques alimentaires, telle que définie par Duberger dans La Grille des pratiques culturelles (Du Berger. 1997 : 100-116 et 147-157). .

Concrètement, nous adoptons une démarche ethnohistorique pour répondre à notre questionnement temporel et culturel : le terrain de l’ethnologie et l’analyse critique des sources historiques. Notre approche, essentiellement qualitative, s’intéresse également aux données quantitatives disponibles afin de considérer l’ampleur des phénomènes observés. Notre corpus s’est constitué autour de la documentation de quatre maisons de la communauté, à savoir : le

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Séminaire de Chicoutimi (1904-1975), l’École d’Agriculture de Sainte-Martine (1933-1968), la Maison mère (1934-2013) et le Presbytère Saint-Cœur de Marie (1982-2007). Nous nous appuyons, d’une part, sur les sources ethnologiques relatives aux années allant de 1938 à 2013 : entrevues, observations participatives, entretiens complémentaires, journal de bord et autres documents acquis sur le terrain. D’autre part, nous nous basons sur les sources historiques qui couvrent la période 1904-2011, dont les annales, les constitutions et autres documents normatifs constituent le noyau central.

Ce mémoire est composé de six chapitres. Le premier chapitre porte sur l’état de la question et la méthodologie retenue. Nous considérerons brièvement le champ de recherche du patrimoine religieux québécois pour souligner le fait que notre démarche fait écho à sa dimension immatérielle. Le principal champ d’études est constitué par les pratiques alimentaires. Nous en présenterons les concepts généraux, dont l’identité alimentaire, les alimentations chrétienne, catholique, celles des communautés religieuses et du Québec au XXe siècle. Nous établirons ensuite notre questionnement, hypothèse et cadre opératoire. Pour répondre à cette problématique, nous fixerons la démarche à suivre ainsi que notre méthodologie. Il faut d’abord prendre en considération l’étude systémique de toutes les pratiques alimentaires possibles en fonction d’une explication identitaire. Notre corpus de données résulte d’un terrain ethnologique et d’une recherche en archives. Nous en présenterons les limites scientifiques et la manière dont nous avons traité les données.

Le deuxième chapitre traite du contexte sociologique et historique. Il sera question des éléments sociologiques à considérer auprès d’une communauté religieuse. Nous brosserons par la suite l’histoire des communautés religieuses de femmes au Québec. Ensuite, nous verrons comment le Concile Vatican II et la Révolution tranquille ont bouleversé leur vie quotidienne. Nous prendrons le temps de présenter la catégorie des communautés au service du clergé pour en arriver aux motifs qui nous ont poussée à la sélection des Antoniennes de Marie : une communauté fondée au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Nous établirons les grandes lignes de l’histoire de cette région, de son organisation, de sa pratique religieuse et de ses communautés religieuses. Nous terminerons cette section par la présentation des Antoniennes de Marie.

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Le chapitre III traite des aliments, de leur provenance et de leur transformation. Il est le seul à faire état des pratiques alimentaires communes à la communauté et aux prêtres pour lesquels les sœurs travaillent. Nous établirons dans un premier temps, l’évolution de leur garde-manger selon les catégories usuellement admises : viandes et substituts, produits laitiers, légumes, fruits, etc. Nous parlerons des aliments issus des dons et des corvées communautaires qui constituent une première étape dans leur transformation. Nous analyserons finalement le contenu de leurs assiettes.

Les deux chapitres qui suivent traitent exclusivement des pratiques alimentaires des Antoniennes de Marie. Les unes quotidiennes, les autres, festives. Le chapitre IV aborde ensuite l’alimentation quotidienne qui est teintée d’ascétisme catholique, évangélique et antonien. Cet ascétisme bien catholique, propre à la vie consacrée des institutions religieuses, est adapté à la réalité antonienne. Nous aborderons successivement les pratiques liées à l’ascèse de la vie consacrée marquée par une alimentation pauvre, chaste, avec des pénitences, des mortifications et des manières de table tournées vers le spirituel et d’autres liées à l’ascèse catholique de base avec les jeûnes du vendredi et du carême. Nous aborderons également la question de l’alimentation des sœurs malades.

Le chapitre V traite de l’alimentation festive, laquelle correspond à un ensemble de fêtes qui sont généralement en lien avec le calendrier liturgique chrétien et catholique. Pour ces jours, on adapte le menu et on change de manières de table. On souligne à grands traits, les temps forts du calendrier catholique, comme les dimanches, le temps des fêtes, Pâques, etc. Il y a aussi les moments qui procèdent d’une adéquation entre l’identité catholique et québécoise, comme la tire de Sainte-Catherine. On retrouve également les évènements marquants de la vie consacrée, lors des professions, des jubilés et des funérailles. La communauté antonienne a ses fêtes chéries, en lien avec leur dévotion mariale, antonienne et à leur mission qu’est le service du clergé. Ainsi sont célébrés l’anniversaire de la communauté, les fêtes de l’Autorité, de saint Antoine et du Sacerdoce. Il y a en outre les anniversaires des sœurs, les vacances et les autres situations qui permettent une rupture avec l’alimentation quotidienne.

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Le dernier chapitre, le sixième, traite du rôle de cuisinière que la communauté a joué auprès du corps ecclésiastique. Nous présenterons le portrait spatio-temporel des services de cuisine tenus par les Antoniennes, de l’importance de cette obédience, notamment de sa symbolique, des rôles des cuisinières et des réfectorières. Nous aborderons ensuite, le savoir-faire culinaire des Antoniennes qui se situe au carrefour de leur identité québécoise, saguenéenne, jeannoise et…antonienne. Viendront après les différentes formations suivies par les Antoniennes, leurs livres de recettes phares. Puis, nous présenterons le savoir-faire antonien à l’œuvre, au quotidien comme en période festive, au Séminaire de Chicoutimi (1904-1975), à l’École d’Agriculture de Sainte-Martine (1933-1945), à l’École Apostolique (1938-2005), à la Résidence Mgr Paré (1965-2010) et au Presbytère St-Cœur de Marie (1982-2007). Nous conclurons par une étude de cas sur les pratiques alimentaires lors de la fête du Sacerdoce où les Antoniennes ont comme tradition de donner un banquet et de faire un gâteau en forme d’agneau.

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Chapitre I. ÉTAT DE LA QUESTION ET

MÉTHODOLOGIE

La présente étude s’inscrit essentiellement dans le domaine des pratiques alimentaires pour lequel les concepts d’identité, de métissage et de chronologie sont systématiquement au cœur de notre démarche. Du fait qu’il s’agit de communautés religieuses, nous allons voir comment les prescriptions catholiques mettent de l’avant un certain modèle alimentaire auquel il faut ajouter l’idéal de la vie évangélique marquée au quotidien par l’ascétisme. Ensuite, un portrait des recherches similaires, c.-à-d. de l’alimentation dans les communautés religieuses, ici et ailleurs, sera dressé. Le point sera fait sur l’alimentation québécoise au XXe siècle, ses origines, ses influences et son évolution. Le rôle des pratiques alimentaires dans l’affirmation de l’identité des communautés religieuses demeure une question peu et mal connue dans l’histoire socio-religieuse du Québec. Nous souhaitons éclairer cette question inédite et, par la même occasion, contribuer aux connaissances à la fois du patrimoine religieux et du patrimoine alimentaire du Québec.

HISTORIOGRAPHIE

Le patrimoine religieux du Québec : du matériel à l’immatériel

« Il n’y a plus à démontrer que le personnel des communautés religieuses vieillit et que la relève fait défaut. Il y a urgence à consigner cette mémoire, car il ne sert à rien de protéger les objets si demain personne n’en connaît plus les significations » (Simard,

2004 :120)

Le patrimoine religieux québécois, tant matériel qu’immatériel, est menacé d’être jeté dans les oubliettes de la mémoire, vue, notamment, « le vieillissement prononcé des communautés religieuses » (Turgeon et Saint-Pierre, 2009 :47)3. Scientifiquement, Marius

Barbeau a été un pionnier, suivi de Jean Simard4, de Luc Noppen et de Laurier Turgeon. Un

tournant dans la mise en sauvegarde de ce patrimoine a lieu en 2004 à l’occasion d’un colloque sur l’avenir du patrimoine religieux de la province. Pendant longtemps, on a exclusivement octroyé des fonds pour le patrimoine architectural et mobilier. Ce qui

3 Sans compter que moins de 5% des Québécois pratiquent aujourd’hui la religion catholique (Turgeon, 2005 :17). 4 Au cours de l’hiver 1997, Jean Simard a entrepris des enquêtes orales chez les Augustines de Québec portant sur l’appel, la formation, la vie commune, la spiritualité et la profession d’infirmière (Simard, 2004 : 119-137). Cette démarche a inspiré celle de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux du Québec. Amorcé en janvier 2009, ce projet d’envergure s’intéresse aux pratiques culturelles et cultuelles, aux objets et aux lieux les plus significatifs pour les communautés religieuses participantes.

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est regrettable, car le patrimoine immatériel religieux est celui qui est le plus menacé dans la mesure où il est porté par des personnes. La mémoire orale, les savoir-faire, les fêtes, les rites, les coutumes sont des traditions vivantes, conservées par la simple pratique, répétées à des moments précis de la journée ou de l’année, plutôt que consignées par écrit. Lorsque les personnes disparaissent, les traditions disparaissent avec elles de manière irrévocable (Ibid. :49).

Ce mémoire, fondé sur certaines entrevues réalisées dans le cadre de l’Inventaire du patrimoine immatériel religieux du Québec, propose de rendre compte des pratiques alimentaires des Antoniennes de Marie : un pan important de leur patrimoine immatériel. Comment définir le patrimoine religieux? Laurier Turgeon, responsable du projet, a tenu à ce que l’on ne restreigne pas le patrimoine religieux à la seule sphère du sacré, mais de l’ouvrir dans sa pleine dimension culturelle. « La spécificité du patrimoine religieux québécois réside dans son adaptation au territoire, dans son histoire, dans la vocation particulière de chaque communauté et dans la culture institutionnelle qui se développe dans les communautés » (Ibid.:52). Il sera question ici, afin de couvrir un terrain circonscrit et pour éviter un argumentaire patrimonial trop lourd, de pratiques culturelles liées à l’alimentation que l’on nomme communément pratiques alimentaires.

Les pratiques alimentaires, concepts généraux et identité

Ce que nous entendons par « pratique alimentaire » est fortement inspiré de La Grille

des pratiques culturelles (Du Berger, 1997 :100-116 et 147-157). Cet auteur englobe, dans les

pratiques alimentaires, les pratiques culinaires, les menus et coutumes alimentaires, les pratiques de table ainsi que la boisson. Nous avons cru juste d’intégrer également, les pratiques techniques d’acquisition et de production. Cette grille nous permet d’avoir une vision empirique, systémique et englobante sur ce champ de recherche.

Il est nécessaire de considérer des facteurs précis dans l’explication de l’alimentaire. Bergeron affirme que les pratiques alimentaires « comptent parmi les traits culturels les plus persistants » (Bergeron, 1990 :10). On peut donc les considérer comme un véritable patrimoine vivant puisqu’elles sont parties prenantes et parties prises de notre quotidien, marquant les cultures tout en se transformant. Les traditions alimentaires résultent d’une « imprégnation [qui] est souvent le résultat d’une longue et complexe histoire » (Bruegel et Laurioux, 2002:9) où se croisent le biologique, le social, le culturel et l’économique. Fishler, un sociologue qui a travaillé sur l’évolution des mœurs alimentaires dans les sociétés développées, propose, dans

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L’homnivore, d’observer que les pratiques alimentaires sont constamment en changement. En

continuité avec cette idée, dans Pour une histoire de l‘alimentation : Recueil de travaux. Braudel propose d’analyser les pratiques alimentaires, « comme une histoire quelconque, en tranches chronologiques de plus ou moins grande épaisseur » (Braudel, 1961:16).

Lorsqu’alimentaire rime avec identitaire

L’identité se définit notamment par le biais de l’alimentation, une affirmation que l’on rencontre chez de nombreux scientifiques. On fait partie d’un groupe de par nos pratiques alimentaires5. Le collectif Histoire et identités alimentaires en Europe, dirigé par Bruegel et Laurioux,

met de l’avant le concept d’identité alimentaire. Il pose la question de la dimension historique des préférences et des différences alimentaires et propose d’observer cet objet par rapport à l’identité qu’il évoque. Il «est […] des identités collectives, en matière d’alimentation, qui définissent un groupe social, les habitants d’un pays ou une communauté religieuse » (Bruegel, Laurioux, 2002 : 9). Bergeron affirme qu’ « [i]l y a des liens étroits entre les choix alimentaires et les identités culturelles » (Bergeron, 1990:5). Lafrance et Desloges vont jusqu’à dire qu’on «en vient même à reconnaître l’identité des nations par leur cuisine » (Lafrance, Desloges, 1990 :15). Selon Du Berger, « une culture ne se laisse découvrir que dans les comportements, les conduites et les actions des acteurs sociaux » (Du Berger, 1997 :23). Les pratiques alimentaires en font partie. Montanari et Pitte (2009) mettent même de l’avant le concept de frontière alimentaire comme, étant une ligne de civilisation et une manière de marquer la différence de nations, de régions et de terroirs.

Montanari, dans Food is culture, nous propose d’aborder les phénomènes alimentaires par l’histoire. Pour lui, la nourriture est indissociable de la culture. L’auteur aborde la façon dont on invente sa cuisine. Il nous montre aussi comment les choix alimentaires sont le résultat d’un devoir et d’une certaine notion de plaisir puis, finalement, comment la nourriture s’avère un langage lié à l’identité.

Food becomes culture when it is prepared because, once the basic products of his diet have been acquired, man transforms them by means of fire and a carefully wrought technology that is expressed in the practices of the kitchen. […] Through such pathways food takes shape as a decisive element of human

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identity and as one of the most effective means of expressing and communicating that identity (Montanari, 2006: xii).

Mais comment décoder ce jargon? D’autres auteurs soulignent le fait identitaire de l’alimentaire6 tout en y incluant la notion de métissage, ou, du moins, d’emprunts à d’autres

cultures. « Entre civilisations bien assises, ou à demi assises, un échange continu de biens culturels est la règle » (Braudel, 1970 :15). Ainsi, James « considère […] les pratiques de consommations comme des marqueurs du soi et de l’identité qui sont flexibles et précaires plutôt que fixes et constants » (James, 1994 : 40). Selon elle, « une certaine inconstance caractérise le lien entre les pratiques de consommation de nourriture et les conceptions de l’identité culturelle » (Ibid. : 41). L’auteure nous propose de tenir compte des mélanges temporels et spatiaux. Dans la même ligne de pensée, Corbeau s’est penché « sur les recompositions identitaires , [l]es découvertes, [l]es refus, [l]es « bricolages » de l’altérité par l’échange de nourritures, la modification des actes culinaires, des manières et des propos de table et des imaginaires qui les enveloppent. Bref, par la cuisine et l’alimentation, de saisir des métissages » (Corbeau, 2000 :7).

Les pratiques alimentaires adoptées par les sociétés constituent des révélateurs d'identité ou encore un langage qui l’exprime. La présente recherche vise à décoder le rôle des pratiques alimentaires dans la construction identitaire des Antoniennes de Marie. Elle nous pousse à remettre en question l’idée selon laquelle l’identité alimentaire relève d’une catégorie d’ordre typique, traditionnel, dans le sens d’immuable et d’hermétique. En conséquence, les pratiques alimentaires varient selon le temps, le lieu, mais encore selon les contacts avec d’autres cultures. Ainsi, le passé et l’ailleurs peuvent être présents dans nos assiettes. Dans quelle mesure la communauté religieuse étudiée favorise de tels contacts? Ce champ d’investigation a sa part de métissage ou d’emprunts, de changements, bref d’endotique et d’exotique qu’il convient d’établir.

6 Les anthropologues précurseurs de la thèse selon laquelle les pratiques alimentaires constituent des marqueurs de différences culturelles sont Douglas, Bulmer et Lévi-Strauss.

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Le modèle alimentaire chrétien et catholique

Flandrin, dans « Alimentation et christianisme », met en évidence les caractéristiques saillantes de l’alimentation chrétienne, sans suffisamment préciser son évolution temporelle. Si le christianisme s’affiche sans interdictions alimentaires, quelques prescriptions font la règle. On « encourage [l]es fidèles à se méfier des voluptés charnelles, celles de la table comme celles du sexe, et à se tourner tout entier vers les joies spirituelles » (Flandrin, 2003 :1). Bref, il faut « se priver autant que possible des plaisirs gastronomiques » (Ibid.). Cette austérité est-elle à ce point constante historiquement? N’y a-t-il pas eu des changements notables, notamment depuis le Concile Vatican II? Bref, nous pensons que cet aspect synchronique est quelque peu excessif…

Sur un autre plan, nous sera-t-il possible de constater ce que Flandrin présente comme l’orientation ascétique de l’alimentation chrétienne basée sur le respect des temps de jeûne (Carême) et des jours de simple abstinence (vendredi)? Une caractéristique qui remonte à la basse Antiquité et au haut Moyen-Âge. Par ailleurs, il souligne que « le christianisme a élaboré des prescriptions alimentaires souvent assez voisines de celles du judaïsme : il a [notamment] condamné la commensalité entre prêtres et laïcs » (Ibid.), plus exactement, entre religieux et laïcs. Ces spécificités sont devenues des caractéristiques catholiques, jusqu’à tout récemment.

La réaction protestante contre la réglementation catholique a plutôt durci celle-ci. Bien que, dès le XVIIIe siècle, on constate chez beaucoup de fidèles une interrogation sur la nécessité des périodes de jeûne et d’abstinence, ce n’est qu’après le milieu du XXe siècle que la doctrine romaine est devenue beaucoup plus souple en ce domaine (Ibid. :2).

Cet assouplissement a-t-il profondément marqué notre communauté religieuse?

Dans « Pourquoi s’abstenir de la viande? », Flandrin explique le sens que prend la consommation ou non de la viande dans le registre alimentaire chrétien. « [I]l faut chercher les explications des attitudes chrétiennes envers la viande […] au niveau des mentalités et des traditions culturelles, dans l’image qu’on se faisait de la viande et du sang au début de l’ère chrétienne » (Flandrin, 2003 :1). À cette période, sa consommation appartient au profane : le seul sacrifice étant de manger le corps et de boire le sang du Christ, sous forme de pain et de vin. L’Église a longtemps eu « une attitude envers la viande suspecte de manichéisme7 »

7 L’origine de ce préjugé négatif envers la viande s’explique par un élément de physique antique selon lequel « [o]n se représentait en effet la chair des quadrupèdes comme grossière, lourde, et pour cela peu recommandable à ceux

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(Ibid. :2). C’est encore une fois une généralisation hâtive. Les chrétiens, catholiques et Antoniennes adhèrent-ils à cette attitude vis-à-vis la viande? Ne serait-ce pas plutôt le cas de certains ascètes davantage zélés.

Claudian et Serville, dans « Les aliments du dimanche et du vendredi», nous suggèrent de considérer les fluctuations hebdomadaires du régime alimentaire chrétien selon le jour maigre qu’est le vendredi et le jour faste qu’est le dimanche dans les familles françaises des années 1960. Les auteurs avancent que le « maigre du vendredi, comme le repas familial du dimanche sont en France et dans les autres pays à majorité catholique ou orthodoxe, le souvenir encore vivant des règles que l’Église a instaurées, il y a seize siècles, et que l’évolution ultérieure n’a pas foncièrement modifiées » (Claudian et Serville, 1960 :300). Retrouverons-nous ces fluctuations chez nos sœurs?

D’autres auteurs avancent la particularité de l’alimentation des religieux au sein de l’Église. Assouly dans Les nourritures divines traite des règles alimentaires (interdits, prescriptions et lois) liées aux grandes religions. À propos du christianisme, l’auteur aborde l’abrogation des interdits alimentaires du judaïsme tout en mettant de l’avant un certain modèle où subsistent certaines pratiques juives ainsi que la condamnation des voluptés charnelles. « Si les Évangiles mettent un terme aux usages rituels de l’Ancien Testament, au fil des décennies, l’Église impose la pratique de jeûnes, le carême, et multiplie les occasions de recourir aux abstinences, notamment à l’intérieur des monastères où les astreintes liées aux nourritures sont omniprésentes » (Assouly, 2002 :14). Deffous dans Les interdits alimentaires dans le Judaïsme, le

Christianisme et l’Islam, avance que, hormis « dans les monastères, la religion chrétienne est la

moins contraignante des trois religions monothéistes dans tous les domaines de la vie » (Deffous, 2004 :81). À quelle réglementation contraint-on les Antoniennes? Duhaime, dans

Nourriture et sacré, avance que la nourriture « entretient des liens complexes avec le sacré »

(Duhaime, 1998 :5) où les « [a]scètes, pénitents et mystiques recourent au jeûne pour exprimer leur repentir ou se mettre en état de contemplation » (ibidem).

qui entreprenaient d’élever leur esprit vers le ciel » (Flandrin, 2003 :1). Cette idée a pour conséquence de considérer que le poisson favorise l’activité spirituelle. L’auteur avance aussi que, « dans la société romaine, les nourritures végétales étaient associées à l’ascétisme» (Ibid.).

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L’alimentation des communautés religieuses catholiques

Dans la province, hormis le travail de Rousseau sur les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, aucune étude spécifique n’a été consacrée exclusivement aux pratiques alimentaires dans les communautés religieuses d’ici. Mais cette investigation concerne une période historique de loin antérieure et ne s’intéresse qu’aux malades. Il va sans dire que notre recherche vise à combler ce vide scientifique. Ainsi devons-nous de ce fait nous référer, à titre de comparables, aux recherches françaises sur le sujet et à celles au Québec qui l’abordent, ne serait-ce qu’en surface.

L’œuvre de chère en Nouvelles-France (1983) est le premier travail académique, dans

l’historiographie québécoise, à s’intéresser à la dimension sociale de l’alimentation. Les réflexions et conclusions de l’auteur s’avèrent fort utiles. Il accorde beaucoup d’importance à l’économie alimentaire, élément interprétatif à considérer. Son évaluation systémique de la cuisine hospitalière met en relief les plusieurs facteurs qui influencent les pratiques alimentaires des religieuses et des malades. Rousseau prend soin de démontrer comment ces pratiques du XVIIIe siècle constituent un vecteur de cohésion et d’identité culturelles. À travers l’exposition de ses résultats, il apparaît indéniable que la mission de l’institution influe sur leurs pratiques alimentaires, une piste d’interprétation intéressante.

Il est incontestable d’affirmer que les pratiques alimentaires fastes des communautés religieuses catholiques sont liées au calendrier liturgique8. Dès 1997, Simard le constate chez les

Augustines de Québec :

il est possible de reconstituer le cycle annuel qui bat au rythme du calendrier liturgique marqué par les fêtes. La fête rompt avec le quotidien, mais n’en est pas moins réglée. Pour telle fête, il y avait récréation, pour telle autre c’était du théâtre. Il y avait du spécial au menu, mais pas n’importe lequel : le jour de la prise d’habit on servait de la confiture avec des croquignoles, à la Pentecôte c’était de la charlotte russe, le dimanche des rameaux on mangeait de la crème brûlée, etc. (Simard, 2004 :129).

Nardin affirme en parlant de l’alimentation des religieuses hospitalières françaises que « la nourriture est un miroir fidèle dans lequel se reflètent les savoirs, les pouvoirs, les valeurs et les imaginaires d’une institution » (Nardin, 2005 :198). Elle constate une nette distinction entre le régime alimentaire des administrés, des patients et du personnel. Par ailleurs, il a été

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explicitement relevé que « la fonction de l’alimentation relève officiellement du projet thérapeutique » (Ibid.), soit de la mission même de la communauté. Ainsi, il va de soi que l’on nourrit l’intendance alors que l’on soigne les malades par les aliments. Bref, l’on doit identifier le statut du mangeur pour scruter des variances.

Tous les personnels ne sont pas logés à la même enseigne. Si le menu quotidien est le même pour tous, préparé dans un lieu unique avec les mêmes produits, il existe cependant des variations qui signent l’appartenance hiérarchique des bénéficiaires. Parallèlement des différences subsistent, parfois subtiles, qui maintiennent une séparation entre la population des malades et celle des bien-portants (Ibid. :201).

Les malades sont toujours prioritaires. L’alimentation hospitalière, elle, « n’a d’autre but que de fortifier le corps pour le rendre apte au service de Dieu » (Ibid. : 199). Conséquemment, « le choix d’une alimentation simple et austère correspond pour les religieuses à un choix de vie fondé sur un principe de souveraineté du spirituel sur le temporel » (Ibid.). Serait-il possible que cette réalité ait concerné des communautés de vocation distincte, comme la nôtre?

Toujours en France, Andlauer dans « Les Saintes tables», s’interroge sur la manière dont est appliquée à l’alimentation des contemplatives « cette conversion qui fait d’elle[s] un don de Dieu » (Andlauer, 1997 :39). Bref, elle a relevé une filiation directe entre l’identité communautaire et leurs pratiques alimentaires. Ainsi, « l’univers monastique semble conforme à l’image que l’on se fait de lui déroulant jour après jour, heure après heure un temps ordonné » (Ibid.). Leurs pratiques laisseraient peu de place aux ruptures, aux importants changements que peut vivre la société. Nous doutons fortement que cela concerne autant les communautés dites actives, davantage en contact avec la société comme les Antoniennes de Marie. Certes, la communauté religieuse constitue une société en soi, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’entretient pas d’autres filiations. Il s’agit d’un « lieu où la nourriture spirituelle et alimentation se font écho » (Ibid.). Dans sa démarche, elle considère que les règles fondatrices formelles de la communauté sont liées à l’alimentation. Encore faudrait-il les différencier de ce qui se passe dans les faits. Sur le contenu des repas de la communauté, l’auteure affirme que ce dernier varie en fonction de la volonté de vivre en état d’autarcie et d’apaiser l’appétit sous les contraintes budgétaires. Ces usages sont liés aux jours gras et maigres. Manger maigre est un héritage alimentaire typiquement chrétien où « [r]etrancher la graisse de la nourriture et des appellations […] participeraient à la frugalité idéale pour les êtres spirituels » (Ibid. :40). Au-delà de cette alternance quotidienne, se superpose une alimentation liée au jeûne, à l’ordinaire ou au festin,

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trois catégories à observer dans notre recherche et qui nous donnent un éclairage sur l’identité collective d’un groupe.

Roth-Haillote, dans « Les nourritures substantielles du corps et de l’esprit », traite des pratiques alimentaires dans un monastère de contemplatives françaises dans l’optique de la production du sacré. « Dans la vie monastique, la matérialisation et l’expression relationnelle avec le sacré s’expriment par le fait de vivre en marge de la société, où le monastère devient un lieu d’insularité » (Roth-Haillote, 2006 : en ligne). D’une part, elle y aborde les rôles liés à l’approvisionnement que sont l’économe, les fruitières et les sœurs converses qui travaillent dans le potager. D’autre part, elle analyse les manières de table, les pratiques de consommations usuelles avant et après le Concile Vatican II et celles liées aux repas festifs. Après le concile, « les règles sont moins rigides et se calquent sur l’économie ambiante » (Ibid.). Au sujet de pratiques de pénitences et de mortifications, l’auteure suggère qu’elles participent à un « ascétisme [qui] participait à établir la relation avec le divin et nier son corps, c’était essentiellement dénier toute envie alimentaire et autres » (Ibid.). Ce serait intéressant de vérifier si cela s’applique à la communauté étudiée, qui n’est pas contemplative.

Mais pouvons-nous directement transposer l’identité alimentaire d’une communauté à une autre, d’un territoire à un autre et d’un siècle à un autre? D’ailleurs, les communautés disposent de dénominations et de missions, c’est-à-dire de finalités, qui leur sont propres. Il y aurait donc des distinctions à établir. Fait à noter, dans ces études, on néglige systématiquement l’apport culturel dans l’alimentation. Comme si, en étant religieuses, elles perdaient cette dimension de leur identité. Une considération qui est au cœur de notre projet.

PROBLÉMATIQUE

À partir de toutes ces études, on est en droit de poser un certain nombre de questions: quelles identités, voire bricolages identitaires, sont mis(e)s en cause à travers les pratiques alimentaires des Antoniennes de Marie? Y existe-t-il des frontières alimentaires? Ou encore, y a-t-il une multitude d’identités en cause (chrétienne, catholique, communautaire, nationale,

Figure

Figure 2 Ligne du temps de l’apparition des communautés religieuses féminines au service du clergé
Figure 4 Implantation et fondation  de communautés religieuses au  Saguenay-Lac-St-Jean de 1840 à 1935
Figure 7 Lieu de naissance des Antoniennes de Marie par regroupements municipaux (1882-1947)
Tableau 3 Répartition géographique des maisons de 1904 à 2013
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Références

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