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A
-L'Utilisation des Statistiques
d a ns le d o m a i n e I n d u s t r i e l et C o m m e r c i a l
N o s lecteu rs trouveront, ci-dessous, sous la sign atu re d'un sp écialiste h au tem ent qualifié, une vue d-’en sem ble de la m éthode sta tistiq u e e t de son utilité pratique dans le dom aine industriel et commerciaL C et ex p o sé n’e st que la p réface à une série d’études p articulières e t approfondies au cours desquelles l’auteur se propose d’in sister « sur le s précautions qu’il convient de, prendre afin que les résu lta ts obtenus a ie n t leur pleine s ig n i fication » su r « le s m esu res qui s’im posent pour que les rensei g n em en ts sta tistiq u es so ien t ra ssem b lés et présen tés dans les m eilleures conditions p ossibles », sur « la constitution, l’u tili sation e t la tenue des différentes sta tistiq u es ».
A. — La Méthode statistique et ses applications.
I. — LA METHODE STATISTIQUE. — La statistique a fort mauvaise réputation. Peut-être le discrédit dont elle jouit vient-il de ce que Disraéli l’a clouée au pilori par son mot célèbre ; « Il y a trois formes d’erreurs volontaires : le mensonge, le satané mensonge et... la statistique ». Pour effacer l ’impression défavorable que l ’on peut avoir devant cette opinion d’un homme célèbre, il nous sufBra, je le pense, de citer un Américain, M. Magnus W. Alexander, président du National Industrial Conference Board aux U.S.A., qui écrivait en 1928 :
« Un des facteurs les plus importants de la stabilité et du bon rendement des affaires aux « Etats-Unis depuis la guerre a été, sans contredit, l’établissement de statistiques plus complètes « e t leur plus large mise en œuvre. On peut dire sans exagérer que la note dominante du « développement industriel et commercial des Etats-Unis au cours des dernières années, a été une « meilleure organisation de la fabrication et de la distribution des marchandises. Cela n’a été « rendu possible que par des statistiques extrêmement complètes de la production, des échanges, « de l’acti%ité industrielle et commerciale, du chômage, des salaires, du coût de la vie, des trans- « ports par chemin de fer et des conditions financières. On est allé jusqu’à dire que le dévelop- « pement aussi rapide que remarquable du commerce et de l ’industrie aux Etats-Unis et « l’augmentation générale de leur prospérité sont dûs, en grande partie, à la statistique. »
Il y a là, n ’est-il pas vrai, une réhabilitation magistrale de la statistique. Et le fait qu’un grand pays, comme les Etats-Unis, en ait fait un si important usage, nous prouve que l’opinion défavorable trop souvent rencontrée en France n’est fondée d’aucune manière. Le mot de Disraéli, auquel je faisais allusion au début de cet exposé, n ’est peut-être qu’une boutade, mais ce qui est malheureusement certain c’est que ceux qui ont utilisé les statistiques sans précautions
ont pu tirer d’études qu’ils avaient faites, grâce à son emploi, des conclusions qui se sont trouvées en contradiction formelle avec l ’expérience. D ’autres les ont utilisées pour arriver à des conclusions préparées à l’avance et c’est ce qui a fait prétendre qu’on faisait dire aux statis tiques ce que l ’on voulait bien leur faire dire.
Mon but est donc de m ontrer que l’on ne p eu t se servir des statistiques sans savoir com m ent
il convient de s’en servir. Lorsque nous aurons démontré ensemble le mécanisme de la méthode
statistique, nous verrons en détail les nombreux services que son emploi peut rendre dans les entreprises industrielles et commerciales.
Mais, d’abord, qu’est-ce que la statistique ?
Il n ’y en a pas moins d’une centaine de définitions. '
Le mot lui-même vient du latin « status », signifiant état au double sens de collectivité nationale et de pièce comptable. Elle est, en effet, issue de la comptabilité appliquée aux grands domaines ou aux terres royales et, plus tard, aux Etats. Ce fût, dès l’origine, pour les Etats, l’instrument de base qui leur permettait d’utiliser à des fins fiscales et militaires la connais sance qu’ils avaient de la fortune et de l’âge de leur population. Ce fait n ’a certainement pas peu contribué à la discréditer.
Un des meilleurs auteurs, Aftalion, la définit simplement com me « l ’étude numérique des faits et de leurs rapports». C’est évidemment un peu sommaire. Nous trouvons une définition plus complète dans la communication faite à la Société de statistique de Paris, en 1937, par Ch. Penglaou : « La statistique est une discipline ou un faisceau de méthode pour la détermi- « nation, sur le plan de la connaissance approchée, de certains ensembles ou même de phéno- « mènes dans le but de fournir aux spécialistes, soit des hypothèses de travail, soit une notion « suffisante de la réalité, leur permettant une action en général sommaire (du point de vue « scientifique) sur ces ensembles. »
Encore que l ’on puisse discuter sur la seconde partie de cette définition, j ’estime cependant qu’elle situe bien la question. Nous en retiendrons que :
1° La statistique est une «discipline ou un faisceau de méthodes ». Ce n’est donc pas une
science comme d’aucuns l ’ont affirmé, la confondant trop souvent avec l’économie politique qui. grâce à l’utilisation de la méthode statistique, a formulé des lois sur l’évolution des phénomènes économiques ;
2 “ La statistique traite de « certains ensembles ou masses de phénomènes » dont elle perm et
« la détermination sur le plan de la connaissance a p p ro ch ée s. Je rapprocherai cette particu
larité de la statistique de la définition plus précise donnée par le C.E.G.O.S. : « Ensemble des méthodes applicables à l’étude des phénomènes de masse, des ensembles de faits nombreux, quel que soit la nature de ces faits » ;
3° La statistique fournit « aux spécialistes, soit des hypothèses d e travail, soit une notion
suffisante de la réalité ».
Mais il manque toutefois quelque chose à cette définition. Et cela nous conduit à examiner celle donnée par le fascicule édité par la Chambi-e de commerce de Paris et intitulé : « Défi nition de quelques termes usités dans l’organisation commerciale et industrielle ; La statistique consiste dans l’étude numérique, comparée ou continue, de tous les phénomènes, particulièrement d ’ordre physique, social ou économique, relatifs à des ensembles nombreux. » Nous y voyons en effet apparaître la notion d’étude numérique, ce qui laisse entendre que les « ensembles nombreux » dont il s’agit sont susceptibles d’être dénombrés ou évalués. Nous verrons que cette caractéristique est essentielle et nous serons amenés à nous pencher sur la difficulté que présente le choix des « unités » en statistique.
Nous venons de nous livrer à un petit jeu littéraire qui peut, à priori, paraître oiseux. Il n ’en est rien cependant car, avant d’aborder un sujet particulièrement délicat, il est essentiel, à mon avis, de le bien définir, afin de connaître de façon précise ce sur quoi on va être amené à parler.
Pour nous résumer, je vous propose de préciser comme suit la nature et les moyens et les buts de la méthode statistique.
La statistique est une méthode qui perm et d ’arriver à la connaissance des ensembles de phénomènes de masse, à la condition que chaque phénomène ou groupe de phénomènes puisse faire l’objet d ’un dénom brem ent ou d ’une évaluation. Elle tire les caractéristiques essentielles des ensembles qu ’elle étudie en partant de docum ents chiffrés en fonction du nombre ou de la valeur des éléments de ces ensembles. Elle permet, à partir de ces caractéristiques, de faire des hypothèses sur les lois qui régissent éventuellement chacun de ces ensembles, ou sur les rapports qui pourraient exister entre certains d ’entre eux.
II. — UTILITE ET APPLICATION DE LA STATISTIQUE DANS LE DOMAINE COMMER CIAL ET INDUSTRIEL. — Ainsi définie, la statistique a des applications dans de nombreux domaines. Elle peut paraître rebutante à ceux qui s’attachent à ne regarder que l ’appareil mathé matique dont elle s’entoure. Mais, comme le dit M. G. Darmois dans son ouvrage « Statistique mathématique », « les mathématiques en sont la très puissante auxiliaire dont il ne faut jamais devenir le prisonnier C’est ce à quoi nous nous attacherons, ne faisant appel aux mathéma tiques que dans la stricte mesure nécessaire, notre but n’étant que de montrer comment les entre prises industrielles et commerciales peuvent utiliser la méthode statistique et les ncynbreux avan tages qu’elles peuvent tirer de son emploi.
« L ’utilité d’une statistique, disait Detœuf, c’est l’utilité des décisions qu’elle fait prendre ». Ce doit être une règle de conduite absolue tant pour le chef d’entreprise que pour tous les cadres dans leurs services respectifs. J’y ajouterai seulement que l’emploi des statistiques doit être « payant », c’est-à-dire qu’il ne faut pas systématiquement que chaque entreprise soit dotée d’un puissant service statistique, mais que, quelle que soit son importance, elle sache se servir de la méthode pour utiliser aux moindres frais les documents dont elle peut aisément disposer. Nous aurons, du reste, l’occasion de revenir sur ce sujet.
« Le but essentiel des applications de la statistique aux affaires, dit Michel Huber, dans son cours de statistiques appliquées aux affaires », est de fournir au chef d’entreprise la documen tation chiffrée indispensable pour préciser et compléter ses informations, éclairer son jugement et déterminer les décisions qu’il doit prendre à tout instant pour régler l’activité de son éta blissement et en tirer le meilleur rendement.
A l’échelon du chef d’entreprise, nous trouverons donc les statistiques générales corporatives et nationales, voire même internationales, qui lui permettront de se faire une idée de la place des produits qu’il fabrique ou veut fabriquer et de l’évolution de la demande d’une part et, d’autre part, des possibilités d’approvisionnement en matières de base indispensables à son activité. Ceci constitue l’étude de ce que l’on a coutume de baptiser la «con joncture».
Au même échelon, et pour ce qui concerne chaque point particulier à l’échelon du chef de service correspondant, nous trouverons les statistiques internes dont le schéma peut s’établir comme suit :
1° Statistiques de fabrication (toutes statistiques qui se rapportent directement ou indirec tement à la production) :
a) Matières et produits semi-finis ou finis (en particulier, détermination du stock m inimum ); b) Outillage : approvisionnement et cadence de remplacement des outils et des machines ; c) Main-d’œuvi*e :
— Recrutement, résultats de l’orientation professionnelle ; — Salaires ;
— Utilisation de la main-d’œuvre, rendement ; — Accidents du travail.
d ) Prix de revient ;
e) Activité : choix et détermination d’un indice ;
f) Fabrication : contrôle continu et contrôle sur échantillon.
2° Statistiques commerciales :
a) Analyse du marché ; b) Analyse des ventes :
— Par produit vendu ; ’ — Par région ;
Par représentant, détermination des quota.
cj Analyse des effets de campagnes de publicité.
3 ” Statistiques financières, comptables et adm inistratives :
a) Centralisation des différentes statistiques à l ’échelon direction ; b) Prévision et contrôle ; contrôle budgétaire.
On imagine donc aisément l ’ampleur des applications de Ja méthode statistique pour l ’adm i nistration des entreprises industrielles et commerciales. J ’ai employé à dessein le terme adminis tration et je précise qu’il convient de le prendre dans le sens que lui a donné M. Fayol, rappelant que, d’après lui, «administrer, c’est prévoir, organiser, commander, coordonner et contrôler».
Les statistiques, en effet, permettent ; *
— De « prévoir » par l’exam en des résultats antérieurs à la lumière de la conjoncture pré sente et en fonction des désirs de la direction ;
— D’organiser et de « coordonner » en fonction des résultats acquis que la méthode statis tique permet de présenter de façon synthétique, facilitant ainsi une vue d’ensemble rapide ;
— De « contrôler » en rapprochant les réalisations des prévisions et de « com m ander » en tirant de cette comparaison les conclusions qui s’imposent.
Ainsi, la statistique donne au chef d’entreprise un moyen puissant et efficace dont il doit être en mesure de savoir se servir.
Jean GAUTIER