INTRODUCTION DES XXIIes J.I.E.S.
L’éducation aux risques
santé, sécurité, environnement
-André GIORDAN
L.D.E.S., Université de Genève
Président des J.I.E.S.
LE COLLIER DE TOUS LES RISQUES
OU UN « PENSE-BÊTE » POUR UNE LUCIDITÉ MODERNE
Daniel Raichvarg, secrétaire général des J.I.E.S. et son « pense-risques »
MOTSCLÉS : ÉDUCATION – RISQUE SANITAIRE SÉCURITÉ
Le risque est omniprésent. La preuve, je vais me risquer à ouvrir ces Journées de tous les risques sur l'Éducation aux risques en offrant à Daniel Raichvarg ce collier « pense-risques » (André Giordan passe autour du cou de Daniel Raichvarg un collier où pendent différents objets symbolisant autant de risques). Il lui servira de « pense-bête » durant ces Journées. Il comporte plusieurs signaux « indicateurs », gri-gri du XXIe siècle pour le protéger d'un certain nombre de risques modernes... Il lui faudra encore inventer un rituel laïc pour le sacraliser. Pour le moment, contentons nous d'en faire un objet culturel, ou du moins, un support didactique.
1. DU DIRE AU FAIRE
Que trouve-t-on sur ce collier ? En premier, on y observe un cigare, véritable « Havane » de la meilleure qualité si l'on en croit les experts. Le tabac est aujourd'hui un risque bien connu, et même reconnu, y compris par les tribunaux. Il est coupable d'un million de morts chaque année en Europe. Est-ce d’ailleurs encore un risque, tant il est devenu une certitude ? Toutes les études montrent une recrudescence des cancers dès qu’un seuil limite de tabagisme est atteint. Certes, il existe des personnes centenaires qui ont fumé toute leur vie ; statistiquement, elles sont fort peu nombreuses ! De toute façon, le tabac nous renvoie d’entrée à une des questions les plus essentielles à traiter cette année : le passage du « dire » au « faire »... En matière d'Éducation aux risques, le savoir seul ne suffit pas, il faut pouvoir le mobiliser. Ce qui n’a rien d’immédiat ou d’évident. Certains médecins ou hygiénistes croient toujours régler cette question par la publicité ou des campagnes de communication. On peut dire aujourd’hui le peu d'impact de ces actions de prévention, notamment envers les jeunes. Il ne s’agit pas non plus d’une simple question de transfert de connaissances. Les modes de raisonnement, les savoirs ne sont pas les seuls obstacles. Ceux-ci sont aussi bien affectifs, que cognitifs ou métacognitifs.
Une approche efficace de prévention ou de limite du risque ne peut être que multiple et systémique. Seule la combinaison d’éléments moteurs où l’individu se confronte sur la durée à des éléments issus de la bio - la désensibilisation à la nicotine -, de la psycho - la relation aux autres -, de la psycha - l’image de soi -, de la socio - ses repères - ou de l’anthropo - mon comportement avec les autres, ma convivialité, ma bande - a quelques chances de succès.
Sur ce collier, on trouve également une carte bancaire, évocation des risques économiques, réels ou fantasmés par Internet, ainsi qu'un déodorant contenant des C.F.C., dont les risques pour la couche d’ozone, et donc pour tout ce qui y a trait, ne sont plus à démontrer. Autant d’éléments que je ne ferai que signaler car fortement médiatisés et donc connus… même si la lutte contre ces effets
néfastes ne fait que commencer, et qu'elle ne sait pas toujours dans quelle direction se diriger. Cette fois, c'est notre logique habituelle qui est à interpeller. La recherche de solutions, par exemple, est une recherche vaine, l’idée d’optimums semble plus adéquate.
2. LA NOUVELLE ROULETTE RUSSE
À côté, un fromage au lait cru et de bonnes rillettes ! Autant de nourritures à recommander pour le goût, mais... risque mortel de listériose. Listeria, salmonelles, etc., autres types de risques pour la santé ; risques plus insidieux, on peut les comparer à une sorte de roulette russe moderne. Quotidiennement, on s’y confronte dans un exercice de base encore plus insupportable et inacceptable parce qu'il passe par un des actes essentiel de notre vie, le besoin de nourriture. Qu’en est-il alors de la confiture de myrtilles sauvages que vous fabriquez amoureusement (la maladie dite « du renard » guette sournoisement les amateurs de petits fruits des bois) ou encore pour le bœuf anglais (pour les francophones), en fait pour toute viande de bœuf quelle que soit la provenance ?..
Que faire face à un bon steak ? Est-ce que j'en mange ou je n'en mange pas ? Quel risque ai-je d’attraper la maladie de Creutzfeldt-Jakob ? Comment prendre une décision si l’on souhaite être un tant soit peu rationnel. Puis-je faire confiance aux professionnels, à mon boucher, aux services de contrôle ? Je mobilise mes propres savoirs : je tiens compte de la « traçabilité » du produit ; je me limite à certains types de viande... Et quand il reste une incertitude, que fait-on ? J’en mange par habitude. Le plaisir propre est-il trop fort ? Introduit-on des précautions? Par exemple, est-ce que j’évite les abats ? … ou je considère que de toute façon, c’est trop tard, je suis déjà contaminé ?
Plus insidieux, mais dans la même direction, le paquet de court-bouillon qui « pendouille » à ce collier soulève deux problèmes. D'une part, il remet en question la confiance souvent aveugle que nous avons face à tout ce qui est issu des traditions, ce produit étant fabriqué à l’identique depuis un siècle, et d'autre part de « l'invisibilité » des ingrédients. Non pas que la liste de ceux-ci, obligatoire selon les conventions européennes, soit incomplète, mais parce que, contrairement au steak de bœuf, on aurait tendance à « oublier » que ce type de produit contient, par exemple, de la graisse animale dont l’origine peut être une vache E.S.B. (c’est-à-dire atteinte par une encéphalite spongiforme bovine). Il en va de même pour de nombreux plats préparés ou pour nombre de bonbons et autres « schläckeries », comme on le dit du côté de la Suisse alémanique, qui contiennent de la gélatine.
Cette « invisibilité » touche également cette crème anglaise. Quand on regarde de près son étiquette, on lit, écrit en tout petit : « contient de l'amidon de maïs modifié ». Les manipulations génétiques sont-elles un risque ? Si oui, me concerne-t-il ? N’est-ce pas plutôt celui de l'environnement, les transferts de gènes étant reconnus comme dangereux, alors que celui lié à leur ingestion reste pour l'instant inconnu ? Dois-je me sentir concerné, en tant qu'individu, par les retombées, même lointaines, de tels choix de marché ?
En matière « d'invisibilité » dans les problèmes d'environnement, la société a enfin pris conscience des risques liés à l'énergie nucléaire. Elle envisage moins ceux liés à certaines de nos pratiques écocitoyennes. Peut-être parce que ces « petits » gestes écologiques donnent bonne conscience, tant au citoyen qu'aux autorités locales, à moins que ce ne soit une volonté de ces dernières de ne pas « déstabiliser » un début de responsabilisation face à l'environnement. Il reste que, dans la pratique, certains de ces « gestes écologiques » laissent songeurs. Par exemple, la récupération d’aluminium n’est pas sans inconvénient (voir schéma ci-après).
Portugal Norvège Tiers-monde exportation des déchets transport carrières lignes à haute tension usines électriques emploi
écocitoyenneté
ì pollution primaire boues rouges atteintes agricoles ì effets sur la santé ì dioxine métaux lourds ì pollution saline ì bruit épuisement matière dépenses énergétiques pollution esthétique fluor RÉCUPÉRATION ALUMINIUM centrales nucléaires décharges ìProblèmes liés à la récupération de l’aluminium, d'un point de vue écologique
Certes la récupération de l'aluminium diminue les dépenses énergétiques et supprime nombre de nuisances liées à l’exploitation des carrières ou aux déchets de fabrication (boues rouges). Par contre, on ne peut négliger la production de dioxine et de métaux lourds qu'elle engendre. De tels risques doivent nous interpeller fortement et nous conduire à repenser nos pratiques de récupération (ne pas récupérer systématiquement tous les emballages d’aluminium ?) ou de recyclage en la
matière. Mais ne vaudrait-il pas mieux commencer par nous interroger sur notre consommation (ne faudrait-il pas envisager des emballages aluminium sans peinture ou plutôt carrément d’autres types d’emballages ?).
3. LA CONSOMMATION ET LES RISQUES
Nos propres manières de consommer ne sont pas neutres. Prenons l'exemple d'un simple verre de jus d'orange. S'il est presque devenu un rituel classique en matière de convivialité, ce geste parfois quotidien n’est pas sans conséquence néfaste pour notre biosphère. L’étude suivante que nous avons réalisée avec nos étudiants montre que chaque litre de jus d’orange génère 22 litres d’eau polluée, 4 kilogrammes de déchets (dont un certain nombre sont toxiques: les insecticides et les herbicides) et stérilise un mètre carré d’espace.
Or, en moyenne, chaque Suisse, l'étude ayant été menée dans ce pays, en boit 21 litres par an. Que se passerait-il en matière d’environnement si tous les habitants de la planète prenaient la même habitude !.. Ne vaudrait-il pas mieux mettre en place d’autres pratiques.
Pour revenir à des risques plus directement liés à notre intégrité corporelle, nous en prenons souvent... en croyant nous en protéger. Sur ce collier, on trouve ainsi un anti-inflammatoire et un antibiotique. Le domaine des soins est devenu une large zone à risques. Par exemple, tous les médecins - ou presque car certains ont déjà réagi - donnent au moindre « bobo » un médicament contenant un ou plusieurs anti-inflammatoires. Il faudrait dénoncer vivement de telles pratiques et les refuser systématiquement ; des études récentes mettent en évidence que ces médicaments dégradent dangereusement le foie et favorisent l’émergence de cancers, sans forcément soulager la souffrance immédiate.
Au même titre, il faudrait bannir l’usage inconsidéré des antibiotiques. Les risques épidémiologiques qu’ils engendrent sont devenus considérables. Ce qui fut apprécié comme une avancée majeure pour l'humanité est en passe de devenir un immense désastre. À leurs contacts répétés, nombre de bactéries ont muté ou ont développé des résistances. On assiste donc à une recrudescence de maladies anciennes qui reviennent avec une virulence accrue sans qu’on puisse les traiter. Entrez à l’hôpital avec une jambe cassée, et vous risquez bien d’y récupérer un M.R.S.A., un staphylocoque particulièrement virulent qui résiste à tout… antibiotique !
La question de la formation et de la régulation des experts et des professionnels, ici les médecins et l’industrie pharmaceutique dans son ensemble, est directement posée. Ces professions se doivent de modifier son comportement en peu de temps. Les enjeux financiers, et donc les lobbies en place, sont des freins puissants à ces changements de pratiques. Une éducation à la santé de qualité peut
faciliter une prise de conscience du consommateur de soins et, poussé par la base, contraindre l'ensemble du système à envisager des directions nouvelles.
Jus d’orange
21 litres/personne /an
1,6 milliards de tonnes
30 milliards de T PétroleEspace
Transport Concentration-Dilution 5 millions de T 50 millions de T FabricationEau
Culture 10 millions de T 3 millions de T Engrais Pesticide EmballageMatières
5 millions de T1 m /l
222 l par
litre de jus
4 Kg/l
2cl/l Publicité Livraisons 8% - 18% Brésil-Allemagne 12 000 Km 150 000 ha Bagasse Pétrole 8,1 kg par tonne Raffinage 6 milliards de TPollutions générées par le jus d’orange
4. LES RISQUES DU PRINCIPE DE PRÉCAUTION
Risques pour ma santé, risques pour mon milieu de vie, risques pour mon argent, risques pour la société, risques pour l’humanité, risques pour le plaisir... en faisant du ski, de la montagne... Les risques sont partout. Pour chacun d’entre nous qui participons à ces Journées, je pourrais ajouter le risque de prendre la parole. Car notre ego y risque gros... Généralement, chaque orateur se protège derrière des personnalités en multipliant les citations. Malheureusement, la cyndinique, cette science du risque est encore balbutiante et peu de penseurs ont écrit sur ce thème... Tout au plus, peut-on paraphraser l'introduction d'un livre célèbre du temps du communisme triomphant et écrire : « Lénine n'a rien écrit sur le risque, mais le sujet l'aurait vivement intéressé... »
Faut-il alors se protéger, se cacher ? Le « principe de précaution », aujourd’hui mis à la mode par le mouvement écologiste, va dans ce sens. Peut-être vaut-il mieux ne pas aller trop loin... Avant de
reprendre la parole, il nous faudrait d'abord étudier ce qui est attendu et entendu, puisque les travaux de didactique, entre autres, ont montré qu'on n'entend en situation frontale que ce qui nous fait plaisir et conforte nos positions. Il nous faudrait ensuite tester l’impact de cette présentation en laboratoire, au minimum pendant 20 ans, devant de petits groupes de participants et de lecteurs potentiels et témoins … Rendez-vous donc en 2020, pour les 41es journées de Chamonix sur l'éducation aux risques. Entre temps, rien n’aurait changé...
Bien sûr, c’est une caricature du principe de précaution ! Ce qui est un risque supplémentaire, car l'approche des questions complexes ne supporte pas la caricature, mais elle illustre bien la situation vers laquelle on « risque » de tendre - autre acception du vocable risquer - si on n'interroge pas les fondements de ce domaine.
Notre société veut se diriger vers le 0 défaut et 0 risque. Peut-être est-ce là le plus grand danger ? Le débat public, chaque fois qu'il y a risque, se déroule au travers de l’impossible désir de l'élimination totale du risque... Ajoutons au tableau que les débats sur les questions où tout n’est pas maîtrisé ou maîtrisable provoquent des prises de positions tout à fait irrationnelles, y compris chez les scientifiques ou les ingénieurs. En tant que scientifique, nous ne sommes pas exempts d’incompétences en la matière. Est-ce là la marque d'une absence de culture ?... Il nous faut en tout cas dénoncer qu’une absence de rigueur sévit dans la communauté scientifique chaque fois qu’elle se trouve confrontée à la question d’un risque potentiel. La débâcle des réactions, des comportements ou des prises de parole par des scientifiques sur l'E.S.B., après ceux sur l'amiante et sur le sang contaminé, a détruit la crédibilité de toute déclaration scientifique concernant la sécurité. Les affirmations péremptoires, les démentis, l'absence de preuves irréfutables ont, au contraire, engendré la peur et la confusion dans une très grande partie de l’opinion publique.
Ce dilemme est encore aggravé par la réticence de nombreux scientifiques à affronter le débat public sur les conséquences de leurs travaux, exprimant par là un mélange d'arrogance et de gêne authentique liée - il faut bien le dire - très souvent à leur grande ignorance... ce type de problème ne faisant pas partie de leurs questions de recherche. Pourtant, ce sont ces peurs irrationnelles, tant chez les scientifiques que dans le grand public, qui constituent le vrai danger en matière de risques. Ceci d’autant plus qu’elles se confortent les unes les autres.
Par exemple, en pensant régler la question à travers des spots publicitaires ou des campagnes de communication, les professionnels des industries biotechnologiques ont dramatisé les problèmes tout en véhiculant une image négative de leurs propres recherches et des biotechnologies en général. Pour nous, didacticiens, c'est un véritable exemple d'école, un cas typique d'inaptitude à la communication aux publics dont on n’a pas tiré encore tous les enseignements.
Un autre vrai danger est celui de la démagogie utilisée par les hommes politiques, quand ce n'est pas leur démission. Suite à quelques procès, ces derniers ne veulent plus prendre position. Ils s’en
remettent à des Commissions ou à des Comités qui n’ont pas toujours ni les compétences, ni la légitimité, et qui, plus grave, n’ont ni la représentativité, ni la responsabilité…
Au cours de ces journées, bien que ce ne soit pas notre axe central, nous aurons donc à discuter ce principe de précaution. Du moins, nous aurons à le situer, le relativiser. Vaudrait-il mieux avancer l’idée de « risque mesuré », « risque calculé », comme on disait avant, ou encore de « risque raisonné », « risque maîtrisé »… tout en sachant que cela n'est jamais vraiment possible ! En institutionnalisant strictement la seule prudence, comme le propose nombre de partis politiques, on s'offre les apparences d'une fausse sécurité, tout en s'interdisant l'expérimentation et un changement potentiel. Certaines de nos pratiques agricoles actuelles, en matière d'herbicides, de pesticides ne sont-elles pas plus risquées que certains O.G.M. (organismes génétiquement modifiés) ?
Ne me faites pas dire toutefois que les sciences et les technologies doivent échapper à tout contrôle. Bien au contraire, il nous faut inventer et mettre en place des systèmes sociaux de régulation efficients, et pas à un seul niveau… Plusieurs scénarios peuvent être discutés... Nous en avons déjà proposé deux, lors de Journées préalables ; le premier correspond au contexte d’une démocratie délégative. Le second a ce que pourrait être celui d’une démocratie participative qu’il nous faut penser au plus vite dans ce contexte de mutations sociales.
scientifique(s)
cellule publique d'étude d’impacts expertise contrôle décision alerte éducation médiation Scénario 1 politiquescitoyens
votations assise de citoyens Scénario 2 agences de sûreté technologique agences de sécurité sanitaire comité éthique école médias comité éthique agences de sûreté technologique agences de sécurité sanitairepolitiques
citoyens école médiasscientifique(s)
débats public d'experts cellule publique d'étude d’impactsOrganigramme d’une gestion démocratique des risques : à gauche, dans le cadre d’une démocratie délégative, à droite, dans le contexte d’une démocratie participative.
5. UN DANGER POTENTIEL : L’IGNORANCE
Toutefois, le principal danger en matière de risques est à situer ailleurs. C'est... l'ignorance, ou encore l’évidence. Face aux risques, on se réfugie trop souvent dans « l’ancien » ou dans le « naturel ». Avant (le passé) n'est pas toujours synonyme de mieux ! Bien au contraire... Le naturel, quant à lui, ne nous a jamais épargné, à commencer par les amanites phalloïdes, les baies de belladone ou le chlorure de potassium ! Qu’injecte-t-on aux condamnés à mort au Texas ? Une simple solution saline à base de sel de chlorure de potassium... merci la nature !
Faire confiance systématiquement à elle, c'est se raconter des histoires. Le monde naturel ne nous a jamais accordé un statut unique, notre espèce n’a jamais été privilégiée. De tout temps, nous avons dû mettre en place des stratégies pour nous protéger. Elles furent à la base de notre indépendance, du développement de notre cerveau.
Pourquoi limiter notre pouvoir d’invention ? Bien sûr il ne doit pas être sans contrôle. Le pouvoir de vigilance du consommateur prend ainsi une place considérable. Mais parallèlement pourquoi ne pas renforcer le pouvoir d'influence du citoyen ? Plus que jamais cela implique esprit critique et confiance en soi...
Pour cela, il nous faut surtout apprendre et faire apprendre... des sciences. Plus pour elles-mêmes cependant, mais pour le regard différent qu’elles introduisent… ce qui n’est pas sans conséquence sur les programmes à venir.
Par exemple, il nous faut apprendre à évaluer à la fois les risques et les avantages liés à toutes les technologies que nous utilisons, nouvelles mais aussi anciennes. Certains détergents habituellement utilisés, certains édulcorants alimentaires ne sont pas neutres. D’autant plus que c’est la synergie entre divers produits qui peut être toxique.
En matière de consommation, d’environnement ou de soins, l’individu, le citoyen doit exiger des critères de preuves solides, à commencer par l’objet emblématique de notre époque, le téléphone portable. Les micro-ondes ne sont pas non plus insignifiantes pour notre cerveau. Et quand il y a des doutes potentiels, des incertitudes, il nous faut exiger des expérimentations intelligentes et envisager des usages réfléchis et non plus seulement spontanés.
Dans le même temps, de nouvelles stratégies de médiation et d’éducation sont à mettre au point. Les campagnes de communication ont toujours eu des impacts très limités dans le temps. Quant aux méthodes actives, aujourd’hui redécouvertes, elles sont souvent très réductrices. L’individu ne perçoit que ce qu’il veut bien voir au travers de ses habitudes de pensée ! Ce qui est largement insuffisant pour modifier un comportement, développer un esprit critique ou encore mettre en place des investigations avec des modalités complexes.
Et ce n’est pas tout. Dès l’école enfantine, les enfants doivent apprendre à s'exprimer sans peur, sans l'angoisse de la “bonne” question et du ridicule qui lui est associé. Argumenter, débattre, oser donner son opinion et la défendre, voilà quelques bases de cet esprit critique à mettre en place.
Les enjeux de ces Journées -on le voit- ne sont, en fait, rien de moins que de définir les bases de « quelle éducation scientifique pour un débat démocratique ? » Si apprendre à lire, écrire et compter était l'objectif réclamé par la société industrielle, face aux mutations en cours, on ne peut faire l’impasse d’une culture scientifique. À nous de débattre, durant ces Journées, de ce qu’elle recouvre.