• Aucun résultat trouvé

ARTheque - STEF - ENS Cachan | Étude des référents lexico-sémantiques auxquels se réfèrent des biologistes en défendant la théorie de l'évolution

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "ARTheque - STEF - ENS Cachan | Étude des référents lexico-sémantiques auxquels se réfèrent des biologistes en défendant la théorie de l'évolution"

Copied!
7
0
0

Texte intégral

(1)

ÉTUDE DES RÉFÉRENTS LEXICO-SÉMANTIQUES

AUXQUELS SE RÉFÈRENT DES BIOLOGISTES

EN DÉFENDANT LA THÉORIE DE L’ÉVOLUTION

Zineddine DAWSER

Institut Supérieur de l’Éducation et de la Formation Continue, Tunis (Tunisie)

MOTS-CLÉS : RÉFÉRENTS LEXICO-SÉMANTIQES – THÉORIE DE L’ÉVOLUTION ANALYSE DU DISCOURS

RÉSUMÉ : L’analyse lexico-sémantique des discours des professeurs de biologie montre qu’ils se réfèrent, quand ils parlent de la théorie de l’évolution, à des domaines différents, allant de l’éthique à la science. La prédominance d’un domaine par rapport à un autre peut témoigner de l’influence du système des valeurs mais aussi de la formation initiale ainsi que du domaine de recherche de ces personnes sur leurs discours.

ABSTRACT : The lexico-semantic speech analysis of the biology professors shows that they refer, as they speak about the evolution theory, to different fields ranging from ethics to science. The predominance of a field over another can prove the influence of the value system, the initial formation as well as the field of these professors' research on their speeches.

(2)

1. INTRODUCTION

La biologie a, par l’avènement de la théorie de l’évolution, contribué, plus que toute autre science, à la formation de la pensée moderne qui a bouleversé et marqué les domaines philosophiques, religieux et politiques.

La révolution darwinienne, par analogie avec la révolution copernicienne, a remis en cause les représentations que l’Homme avait sur lui-même et sur le monde. Si, depuis Galilée, la terre n’est plus le centre de l’univers, depuis Darwin, l’Homme est à son tour déposé de sa suprématie sur tous les vivants. Cela n’étant pas arrivé sans susciter des débats parfois houleux, qui ont abouti à un clivage à l’intérieur même de la communauté scientifique. Au départ, la principale objection faite à la théorie, de la part des créationnistes et des fixistes, portait surtout sur l’origine de l’Homme et l’âge de la terre.

Le débat entre scientifiques existe toujours, mais aujourd’hui il porte plus sur les modalités et les mécanismes évolutifs que sur l’idée d’évolution elle-même.

Sur le plan scientifique, la théorie, ou plutôt les théories de l’évolution ne cessent d’évoluer et parfois même de se contredire sur des détails mais parfois sur le fond. Sur un plan social, la théorie suscite l’intérêt des scientifiques des religieux des idéologues, des politiciens et même des économistes, qui parfois, mais malheureusement pas toujours, faisaient bon usage de certains de ses préceptes. Tous ces facteurs font que la théorie de l’évolution est loin d’être un simple objet d’enseignement. L’enseignement d’une telle théorie ne peut certainement pas être aisé

2. PROBLÉMATIQUE

C’est pour son intérêt scientifique et son rôle fédérateur de toute la biologie moderne que la théorie de l’évolution a suscité l’intérêt des spécialistes en sciences de l’enseignement.

Parmi ces travaux, nous pouvons citer Lacombe (1987) et Mathy (1997), qui se sont attaqués à l’analyse épistémologique et historique des programmes et manuels scolaires traitant de la théorie de l’évolution.

Fortin (1991, 1993) a étudié les conceptions des apprenants et leur manière de percevoir la théorie de l’évolution. Son constat met en évidence l’existence d’une résistance psycho-cognitive à l’idée d’évolution chez certains apprenants, qui les empêchent de concevoir le vivant dans une visée évolutionniste.

(3)

D’autres études de ce genre ont été menées en Tunisie par le groupe de recherche « Rapports aux Savoirs ». Leurs résultats montrent que certains élèves interprètent et jugent la théorie de l’évolution à partir d’un registre explicatif religieux, ce qui conduit à une non-adhésion à la théorie. D’une manière générale, ces recherches ont montré l’existence d’une influence certaine des systèmes de valeurs et de croyances sur le mode d’appropriation du savoir relatif à l’évolution biologique chez des apprenants et des enseignants de l’enseignement secondaire. Dans notre recherche, nous avons décidé d’aller voir si la situation est similaire au niveau de l’enseignement supérieur.

Les Universitaires biologistes sont appelés assez souvent pour participer à la conception des programmes et l’élaboration des manuels pour les élèves de l’enseignement secondaire. Ils participent donc, à ce qu’on appelle la « transposition externe » du savoir. Or, cette étape est fortement influencée par le contexte social (Clément, 2000). Nous tentions dans cette recherche de repérer l’influence du contexte social mais aussi du système de valeurs sur les conceptions des Professeurs de Biologie. Nous ne prétendons pas vouloir chercher et analyser les facteurs intervenants dans la génération des conceptions des enseignants de notre échantillon, mais de voir si leurs discours reflètent leurs conceptions.

3. POPULATION ÉTUDIÉE

3.1. Les Professeurs chercheurs tunisiens

Notre échantillon tunisien est composé de trois Professeurs d’Université ayant des activités de recherche et d’enseignement. Deux d’entre eux sont croyants (Cr) et un est non croyant (Nc).

PROFESSEUR (DA) : généticien. Il est non-croyant (Nc).

PROFESSEUR (OM) : biochimiste. Il est croyant musulman (Cr)

PROFESSEUR (MO) : botaniste. Il est croyant musulman (Cr).

3.2. Les Professeurs chercheurs français

Nous avons choisi trois Professeurs d’Université dont le profil scientifique était proche des trois Tunisiens.

PROFESSEUR (BI) : généticien. Non croyant (Nc).

PROFESSEUR (BA) : paléobotaniste. Croyant (Cr)

(4)

4. MÉTHODE D’INVESTIGATION

Nous avons mené une série d’entretiens avec des Professeurs d’Université. Le discours des Professeurs a été analysé par quatre méthodes différentes et complémentaires : l’analyse par « termes pivots », l’analyse de l’argumentation, l’analyse par le logiciel Alceste et, enfin, l’analyse lexico-sémantique. C’est cette dernière analyse qui sera présentée dans ce qui suit.

Nous prévoyons d’analyser à l’aide de cette méthode et d’une manière quantitative l’ensemble des entretiens afin de déterminer le taux de présence de la religion et de la science dans les différents discours des Professeurs en nous basant sur les différents champs lexico-sémantiques utilisés par ces derniers. Nous avons réalisé une grille de lecture des entretiens qui s’est enrichie à la suite de l’analyse effective. Cette grille se compose des différents champs sémantiques susceptibles d’être utilisés par les interviewés au cours des entretiens. Chaque champ lexico-sémantique est repéré par les mots, les phrases ou les paragraphes qui font appel à un sens ou une idée relevant de ce champ. En d’autres termes, nous relevons l’ensemble des items d’un champ conceptuel.

Cette grille se présente comme suit :

• Champ lexico-sémantique religieux (symbolisé par « religion ») • Champ lexico-sémantique scientifique (symbolisé par « science »)

• Champ lexico-sémantique épistémologique (symbolisé par « épistémologie ») • Champ lexico-sémantique didactique (symbolisé par « enseignement »)

• Champs lexico-sémantique faisant appel à la notion d’éthique (symbolisé par « éthique ») • Champ lexico-sémantique social (symbolisé par « social »)

Le champ lexico-sémantique « scientifique », n’est pas suffisant pour décrire l’ensemble de leurs discours qui se réfère à la science. Ainsi, un enrichissement de la grille était nécessaire pour identifier les différentes disciplines scientifiques auxquelles se réfèrent les personnes interviewées. Ceci étant fait, nous comptons toutes les lignes de chaque champ et nous réalisons ensuite les pourcentages des lignes de chaque type de champs pour chaque entretien.

Cette méthode nous permettra de déterminer les proportions dans lesquelles les interviewés se réfèrent aux différents champs. Cela ne nous renseigne pas sur le contenu de ces références mais seulement sur leurs taux d’apparition dans les discours. D’autres analyses ont été menées dans le cadre de notre recherche, pour compléter cette analyse.

(5)

5. RÉSULTATS ET DISCUSSION

Nous relevons dans les résultats le fait que les Professeurs interviewés se réfèrent à des champs lexico-sémantiques variés. Nous allons les comparer, à l’aide du graphique (1) qui regroupe les champs lexico-sémantiques des 6 Professeurs.

Graphique 1 : Champs lexico-sémantiques des 6 Professeurs interviewés :

Nous remarquons, suite à l’étude de ce graphique, que la référence à la religion ainsi qu’à la science sont respectivement les plus importantes chez cette population de Professeurs. C’est (Jo) qui se réfère le plus à l’épistémologie et à l’enseignement. Il parle peu de la religion et de la science. Ceci est non sans rapport avec l’enseignement qu’il assure à ses étudiants de biologie. En effet (Jo) et (Ba) assurent un enseignement d’histoire et d’épistémologie de la biologie aux étudiants. C’est le Professeur tunisien et croyant (Om) qui se réfère le plus à la religion, suivi de (Bi) qui est un français qui se définit comme athée. Nous voyons dans ce cas que ce n’est pas toujours les croyants qui se réfèrent le plus à la religion. En ce qui concerne la science, c’est (Da) qui en parle le plus suivi de (Mo) et (Ba). Là aussi nous avons un non-croyant (Da) et deux croyants (Mo) et (Ba). De plus, (Ba) et français alors que (Da) et (Mo) sont tunisiens. Nous pouvons conclure que ces résultats ne permettent pas de dire s’il y a une relation entre, d’une part, les champs lexico-sémantiques

(6)

6. LES CHAMPS LEXICO-SÉMANTIQUES SCIENTIFIQUES

À la lecture des graphiques (2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 et 7) nous remarquons que mis à part le Professeur (Ba), tous les autres se réfèrent plus à la génétique qu’aux domaines de la biologie. Cela montre la grande place qu’occupe aujourd’hui cette discipline dans le fondement des versions les plus récentes de la théorie de l’évolution. Professeur Da 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 Biochimie Génétique Immunologie Physiologie Écologie Anatomie c. Physique Chimie % Professeur Bi 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50

Biochimie Génétique Écologie Paléontologie Physique Mathématiques % Professeur Om 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 Génétique Embryologie Écologie Paléontologie Anatomie c. Mathématiques % Professeur Ba 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 Génétique Écologie Paléontologie % Professeur Mo 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 Biotechnologie Génétique Immunologie Écologie Éthologie Paléontologie Systématique % Professeur Jo 0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50

Biochimie Génétique Écologie

%

Graphiques 2, 3, 4, 5, 6, 7 : Champs lexico-sémantiques scientifiques des 6 professeurs interviewés :

La paléontologie est aussi présente à un pourcentage important mais qui ne reflète pas réellement le rôle capital qu’a joué cette discipline surtout au tout début de la théorie. Il faut rappeler que les

(7)

correspond à l’ordre de complication anatomique et physiologique. L’étude comparée des fossiles mais aussi du développement embryonnaire a montré l’analogie entre l’ontogenèse et la phylogenèse.

Mais sans se risquer au réductionnisme génétique, nous devons admettre aujourd’hui que les apports de la génétique moderne à cette théorie sont cruciaux pour son fondement définitif. C’est grâce aux arguments et preuves apportés par la génétique que certains biologistes comme Mayr (1989), considèrent aujourd’hui l’évolution biologique comme un fait plutôt qu’une théorie. Pour ces raisons, mais aussi parce que 4 de nos Professeurs interviewés (Da, Bi, Om, et Mo), travaillent sur des sujets de recherches faisant appel à la biologie moléculaire, que la génétique est présente dans leurs discours plus que les autres disciplines. Derrière la génétique, les autres disciplines oscillent d’un discours à l’autre. Chacun des Professeurs use du champ disciplinaire auquel il appartient. C’est normal qu’on trouve plus d’écologie chez un écologiste et plus de paléobotanique chez un paléobotaniste.

BIBLIOGRAPHIE

AROUA S. (2000). L’évolution biologique en 4e année science expérimentale. Conceptions, référentiels et argumentations des élèves. Mémoire de DEA Université de Tunis.

BEN SAID B. (1994). Les conceptions de scientifiques sur l’existence de l’évolution. Mémoire de DEA université Claude Bernard-Lyon1.

CLEMENT P. (2000). La recherche en didactique de la biologie : (texte introductif) Didactique de la biologie « recherches, innovations, formations ». In Actes du colloque international de didactique

de la biologie, Alger.

FORTIN C. (1991). Les représentations des élèves sur l’évolution biologique. In Actes JIES (Journées internationales sur l'éducation scientifique, Chamonix, A. Giordan, J.-L. Martinand, et C. Souchon (Éds.).

FORTIN C. (1993). L’évolution : du mot aux concepts. Étude épistémologique sur la construction

et les difficultés d’une transposition didactique adéquate. Thèse de doctorat. Université Paris 7.

HRAIRI S. (2000) Les conceptions et les rapports des élèves tunisiens de la quatrième année

secondaire à la théorie de l’évolution. Mémoire de DEA Université de Tunis.

LACOMBE G. (1987). Adaptation et théorie de l’évolution. Aster, 4, 139-153.

Figure

Graphique 1 : Champs lexico-sémantiques des 6 Professeurs interviewés :

Références

Documents relatifs