Résumé:
"Matere" et "sen" dans le Perceval de Chrétien de Troyes: thèse soumise au département de langue et littéra-ture françaises de l'université McGill pour l'obtention de la Maîtrise.
L'Auteur a divisé le Conte deI Graal en cycles et en épisodes. Chaque épisode est caracté-risé et replacé dans l'ensemble du cycle. Il a
montré comment les liens entre les épisodes assurent l'unité de composition du roman. Il affirme le
caractère de Chrétien, artiste mondain et courtois. Selon l'A., Chrétien aurait transformé la matière cel tique pour .y adj oindre un sens plus moral et psychologique que spécifiquement chrétien.
"Matere" et "sen" dans le
Perceval de Chrétien de Troyes
Thèse soumise au département de langue et littérature françaises
de Mc Gill pour l'obtention de la Maîtrise es Arts par Raymond Bédard le trois août 1970 @ Laymond Bédarcl 1971
dans le
AVANT-PROPOS
Je tiens à remercier M. Guiseppe Di Stefano de la confiance qu'il a mise en moi et Mme Monique Niéger, des judicieux conseils qui m'ont dirigé vers l'étude d'un roman médiéval.
1
Parmi les romans courtois qui ont illustré le cycle arthurien au douzième siècle, il en est peu qui, comme le Conte deI Graal, ont connu un retentissement si prodigieux. Autant par les circonstances de son interruption, Chrétien de Troyes étant mort avant de l'avoir pu terminer, que par les éléments de sa narra-tion, qui font d'un vase précieux, le graal, le centre du roman et l'objet d'une quête à peine entamée, le Conte deI Graal a hanté les imaginations. Ce que le conte portait en germe, les continuateurs l'ont imité, développé, amplifié jusqu'à lui donner le sens d'une quête mystique.
Vouloir retrouver à partir de l'examen du texte de Chrétien de Troyes le sens premier, originel du roman présente dès l'abord de sérieuses difficultés. Le nombre des manuscrits multiplient les variantes et sont la source de plusieurs erreurs. Le texte du Conte deI Graal~ établi par William Roach, a l'avan-tage d'une lecture facile. Le texte est en dialecte francien-picard, et l'auteur a veillé à éliminer "les contradictions violentes avec les autres manus-crits ou avec la structure interne ou le sens du récit." Il a corrigé les erreurs du texte chaque fois que l'erreur et la cause de l'erreur étaient évidentes. Quand la nature de l'erreur n'était pas claire, il a conservé la leçon aberrante du manuscrit en soulignant la leçon des autres manuscrits. Le texte, ainsi présenté, évite des discussions philolo-giques qui auraient chargé ce travail d'un appareil
-2-critique important et auraient retardé considéra-blement l'étude du roman lui-même. Bref, l'impor-tant travail de M. Roach (1) offre un texte accessi-ble aux points de vue linguistique et logique dans son déroulement.
La question arthurienne et les romans de
Chrétien de Troyes en général ont donné lieu à de savantes exégèses et surtout à une abondante litté-rature distribuée dans les revues spécialisées dont il a fallu retenir pour les besoins de ce travail, les propositions concernant les sources de Chrétien, la manière dont le roman fut construit et l'interpréta-tion que le texte pouvait suggérer. Or, les grandes synthèses manquent dans ce domaine très particulier. Un point de langue, une observation d'ordre histori-que, un détail enfin pouvait éclairer d'un jour nouveau tout le roman du Graal. Je me suis efforcé dans la rédaction de ce travail d'éliminer les notes, contre-notes, opinions, contre-opinions qui auraient surchargé le texte. Car il faut bien le dire, les spécialistes divergent d'opinion sur une foule de questions. Eux-mêmes sont d'accord pourtant pour déplorer les flottements de la chronologie et l'épar-pillement des données. J'ai dû effectuer un choix et construire petit à petit une synthèse des faits.
J'ai tenté de présenter le roman du Graal d'une façon claire et simple. En quelques mots, la méthode se réduit à ceci: un dépouillement systématique du
1. William ROACH Le roman de Perceval, Droz, 1959 p. Xl prière de se rapporter à la Bibliographie à la fin.
texte suivi d'un essai pour rapprocher les éléments du texte ce qui permet l'identification des procédés de composition de Chrétien de Troyes; en somme, une recomposition qui en soulignerait les significations pertinentes. Dans la rédaction, j'ai évité le dis-persement auquel invitait un tel procédé. Je crois, en effet, que la forme même du roman justifie le sens et que c'est l'examen de la manière de Chrétien de Troyes qui peut, en dernier ressort, fonder toute interpré-tation du Conte deI Graal.
La "manière" de Chrétien de Troyes désigne le traitement qu'il a fait subir à la matière dont il a tiré son roman. Il est présomptueux de mesurer
l'écart entre une source qui ne nous est pas parvenue et le conte inachevé qui en a résulté. Cependant, l'oeuvre de Chrétien~ livre des lignes de force, or-donne des éléments, utilise des procédés qui peuvent décrire le travail de l'auteur. Mais qui dira si Chrétien a été, ou non, conscient de tel ou tel lien; si la "beauté" d'une expression, la justesse d'un trait, sont dues à liexercice lucide de son art ou s'ils ne viennent que d'automatismes et d'artifices de style. Je ne voudrais pas trancher là-dessus. Il est pourtant essentiel que l'originalité de Chrétien soit mise en lumière. Une étude approfondie du style et de la langue de Chrétien nous manquent, disait M. William Nitze au Colloque de Strasbourg, tenu en 1954, (voir le numéro 29 de la Bibliographie). Or on sait les possibilités
qu'offrent à un chercheur méticuleux les techniques structuralistes. Il serait dès lors intéressant de
-4-comparer les conclusions d'une telle étude avec la description que je fais dans ces pages, de la conjointure du roman liée à une vue globale de la matière, de la matere et à une ouverture sur le sens, le sen premier du Conte deI Graal.
1. Recensement et groupement des épisodes.
M. William Roach, dans la seconde édition qu'il a donnée de Perceval le Gallois de Chrétien de Troyes, place une grande initiale "en tête des subdivisions logiques du récit; elles correspondent, dit-il, aux paragraphes du résumé 'du poème que M. Jean Frappier a fait dans son
étu-de étu-de Perceval." Ces divisions coinciétu-dent avec six initiales qui apparaissent sur le manuscrit dont M. Roach s'est servi pour établir le texte (1). De son côté, Lucien Foulet (2) a traduit le texte de Chrétien en ménageant quinze chapitres qui divisent le texte à peu près aux mêmes endroits. La traduction groupe en un seul épisode les vers
635
à1698
lesquels en font deux selon les divisions de Frappier et de Roach; de plus elle coupe les épisodes consacrés au chevalier Gauvain en unités beaucoup plus petites. Le mode de division a une importance relative. Ainsi le roman de Chrétien de Troyes est apparemment unàiptyque dont un premier volet est consacré à Perceval et l'autre à Gauvain. Cette disposition du récit est assumée par M. Frappier qui considère que l'auteur
...
-courtois a voulu présenter ainsi deux facettes de la chevalerie (3). L'une est vouée à Perceval, elle est intérieure et mystique; l'autre, autour de la figure de Gauvain, est extérieure et mondaine. D'autre
part, M. Martin de Riquer observe que cette disposi-tion n'est pas due à Chrétien de Troyes. Pour lui, il s'agirait de deux romans inachevés et réunis après coup.
Pour ma part, je me propose de découper en unités les plus simples possibles le texte et de regrouper ces unités selon quelques grands cycles ayant comme principe de démarcation, le retour à la cour. En effet, je considère que toute aventure se termine là, en présence des chevaliers de la Table Ronde et du roi Arthur. La cour arthurienne est une plaque tournante; elle assure à la fois la pérennité des exploits et leur diffusion. A l'époque où Chrétien de Troyes écrit, la cour est le lieu où l'aventure commence et finit. La société tend à voir la cour comme le centre et le reflet d'elle-même: elle y puise ses idéaux, elle y savoure sa gloire. "Le pro-grès de la sensibilité morale est lié à la fois à la consolidation des grandes principautés ou monarchies et au retour d'une vie de relation plus intense (4)."
Le roman est coiffé d'une adresse à Philippe d'Alsace, comte de Flandre. Cette dédicace a son im-portance pour interpréter l'oeuvre de Chrétien de Troyes car, il s'y trouve réunies des indications sur le "sen", la "matière" et la "conjointure" du roman. Déjà, l'auteur champenois, dans les prologues d'autres
-6-romans, avait exprimé soit la source, soit le sens des aventures qu'il allait décrire. Ici, l'auteur oppose la figure d'Alexandre le Grand à celle de Philippe d'Alsace vues sous l'aspect de la charité chrétienne. Le premier, modèle de l'Antiquité, ne peut se hausser à la hauteur de celui qui, prince chrétien, pratique la charité selon l'Evangile. On peut y voir l'indice de l'esprit que l'auteur a voulu insuffler à son roman. Quant à la matière, elle
aurait été pUisée par Chrétien de Troyes dans un livre que possédait le comte de Flandre. Finale-ment, Chrétien de Troyes annonce qu'il mettra toute son habileté d'artiste,
A rimoier le meillor conte
Qui soit contez a cort roial (63-64). Voilà la part de la conjointure qu'il faut en-tendre "comme l'agencement de l'intrigue,
l'organi-sation de la matière, du sujet en fonction du sens (5)." L'ouvrage se divise en quatre cycles inégaux.
Le principe de division est la connaissance que peut avoir le roi Arthur et sa cour des exploits du che-valier Perceval ou du cheche-valier Gauvain.
1. Manuscrit T, Bibliothèque Nationale de Paris, 12576; aux vers suivants: 635, 1699, 4603, 6217, 6519 et 7371.
2. Lucien FOULET Perceval le Gallois, Stock, Cent romans français, 1947 220p
3. Jean FRAPPIER "Sur la composition du Conte deI
Graal" dans le Moyen-âge, LXIV (1958) 1-2 pp. 67-102
4. Marc BLOCH La société féodale, Albin Michel, 5e éd. 1968. Paris, 702p
5. Jean FRAPPIER Le roman breton, vol. 3 Centre de Documentation Universitaire, 2e éd. 1961
-8-Premier cycle
C'est le printemps; la nature en joie fait chanter les oiseaux et briller toute chose. Un
jeune gallois, le coeur léger, quitte le manoir qu'il habite avec sa mère, pour se promener dans la forêt. Il a l'habitude de ces sorties solitaires pendant lesquelles il s'exerce au maniement du javelot. D'abord effrayé par le bruit que mènent cinq cheva-liers venant parmi le bois, il s'enthousiasme à leur vue:
Et quant il les vit en apert Qui du bois furent descovert Et vit les haubers fremians Et les elmes cIers et luisans Et vil le blanc et le vermeil Reluire contre le soleil
Et l'or et l'azur et l'argent ... (128-134) il ne doute pas qu'ils soient des anges. L'un d'eux lui demande s'il a vu passer cinq chevaliers et trois pucelles. Dévoré de curiosité, le jeune sauvage ne répond pas mais questionne à son tour le chevalier sur chacune des pièces de l'équipement de celui-ci, lequel se prête de bonne grâce à renseigner le valet:
Je quidoie se Diex m'avant Que tu noveles me deisses Ainz que de moi les apreisses Et tu vels que je tes apraigne.
Je te dirai cornent qu'il praigne
Car a toi volentiers m'acort. (218-223) Conquis à l'état de chevalier, le jeune homme apprend qu'à la cour du roi Arthur on fait les chevaliers. Il n'a plus qu'un désir: aller à la cour du roi. Il
en fait part à sa mère qui reconnaît que bon sang ne peut mentir car,
Biax fix bien vos poëz vanter Que vos ne dechaëz de rien De son lignage ne deI mien Que je sui de chevaliers nee
Des meillors de ceste contree (420-424) Elle se résigne à le laisser partir après lui avoir préparé des vêtements pour le voyage et lui avoir tracé le portrait du chevalier idéal. Le jeune homme, impatient, s'en va, laissant sa mère éperdue de dou-leur
Et jut pasmee en tel mainiere
Corn s'ele fust cheue morte (624-625) Le lendemain matin, il est attiré par la beauté d'une tente dressée dans la prairie; dans son esprit, il s'agit de la maison de Dieu. Plein de bonne volon-té et voulant respecter les recommandations de sa mère il rend hommage à la jeune demoiselle qui s'y trouve en l'embrassant malgré elle et en lui volant son an-neau. Après avoir mangé et bu, il quitte la malheureu-se pucelle sans rien apercevoir de sa méprimalheureu-se.
Et cele pleure et dist: "Vallet N'en porte pas mon anelet
Que j'en seroie malbaillie
Et tu en perdroies la vie ... " (729-732) Celle-ci, en effet, sera cruellement punie par son ami jaloux qui lui interdira de soigner le cheval qui la mènera et elle-même ne pourra changer de vête-ment jusqu'à ce qu'il ait pu se venger. Entretemps, le jeune gallois se rend à la cour où il demande au
-10-roi de lui donner les armes du chevalier Vermeil qu'il a rencontr€ à la porte. Le s€n€chal Keu se moque du jeune homme et gifle la demoiselle qui pr€-dit au gallois qu'il n'y aura au monde meilleur che-valier que lui. Le valet s'€loigne et conquiert les armes du chevalier Vermeil en le tuant d'un coup de javelot adroitement lanc€ dans l'oeil. Yvonet l'aide à revêtir l'armure du vaincu. Le valet s'en va con-fiant à Yvonet le soin de rapporter la coupe que son adversaire avait prise au roi et d'annoncer à la pu-celle qui a ri qu'elle sera veng€e. Le roi regrette d'avoir laiss€ partir un jeune homme si d€pourvu d'exp€rience;
Bons chevaliers fust sanz doutance Mais il n'en set ne peu ne bien D'armes ne de nule autre rien Que neïs traire ne saroit S'espee se besoing avoit ... Tant est niches et bestiax
Tost ara fait ses enviax. (1288-1300)
Deuxième cycle
Le deuxième cycle comporte 1605 vers, soit du vers 1305 au vers 2909. Le jeune vallet, arm€ de pied en cap, chevauche jusqu'à une ville où un gentil-homme, Gornemans de Gohors, s'occupera de l'initier au maniement de la lance et de l'€p€e. Le jeune homme fait des progrès €tonnants.
e
Corn s'il eust toz jors veschu En tornoiemens et en guerres Et alé par toutes les terres Querant bataille et aventure
Car li venoit de nature ... (1476-1480) Le gentilhomme aurait voulu le garder près de lui pour parfaire son éducation mais le jeune gallois se souvient de sa mère et il lui tarde de rentrer au ma-noir. Il s'en va, non sans avoir écouté avec attention les enseignements de son parrain en chevalerie. Il parvient à une cité assiégée. Blanchefleur, la châte-laine du lieu, trouve en ce jeune homme un champion qui vaincra successivement Engygeron et Clamadeus des Illes,· les assiégeants de Beaurepaire. Le valet qui coule
des heures douces en compagnie de la jeune et habile châtelaine a envoyé les ch~valiers vaincus se faire prisonnier à la cour du roi Arthur. Ceux-ci arriveront ensemble à la cour, à la fête de la Pentecôte, où les chevaliers attendent de bonnes nouvelles pour commencer le banquet. Au récit des envoyés du jeune gallois, chacun se réjouit.
Troisième cycle
Le troisième cycle couvre 1905 vers, soit du vers 2910 au vers 4815. Le jeune chevalier quitte la belle châtelaine et les gens du château; il veut re-trouver sa mère. Il parvient à une rivière qu'il ne sait comment traverser. Un vieillard en barque lui indique le chemin d'une maison où il sera hébergé
e
-12-pour la nuit. Au moment on il croit avoir été trom-pé, surgit devant ses yeux, un château. C'est le vieillard qui l'accueille et l'invite à souper dans sa demeure. Tout y respire la richesse et la grandeur. Soudain, un étrange défilé passe devant eux. Un va-let tenant une lance dont la pointe laisse couler une goutte de sang est suivi d'une jeune fille qui porte un graal. A plusieurs reprises, accompagnés de gens portant chandeliers, le valet et la pucelle passent devant le jeune chevalier qui ne souffle mot, suivant en cela les enseignements de Gornemans de Gohors.
Et li vallés les vit passer Ne n'osa mie demander
Del graal cui l'en en servoit Que toz jors en son cuer avoit
La parole au preudome sage.
(3243-3247)
Le lendemain matin, le chevalier trouve les portes des chambres closes et plus personne; il est litté-ralement jeté hors du château quand se lève brusquement le pont-levis.
Chevauchant dans la forêt, il rencontre une Jeune fille qui pleure la mort de son ami. Elle lui fait reproche de n'avoir pas demandé à son hôte, le Roi-Pêcheur, à qui on servait le graal. Elle lui demande son nom:
Et cil qui son nom ne savoit Devine et dist que li avoit Perchevax li Galois a non,
Ne ne set s'il dist voir ou non.
(3573-3576)
Perceval apprendra de cette pucelle, qui est sa cou-sine, que l'épée mystériease qu'il a reçue du
Roi-e
Pêcheur volera en pièces au premier coup. Il apprend aussi que sa mère est morte. Perceval s'en va et rencontre une demoiselle en fort mauvaise condition. Il s'agit de la demoiselle à la tente qui accomplit la punition que lui a imposée son compagnon jaloux, Orgueilleux de la Lande. Celui-ci survient; Per-ceval veut rétablir les faits et disculper la jeune femme, mais l'autre tient à sa vengeance et attaque Perceval. Perceval le vainc et l'envoie à la cour du roi faire réparation du tort qu'il a causé à sa demoi-selle.
Le roi décide d'aller à la rencontre de Perceval, avec toute sa cour. Celui-ci, entretemps, est parve-nu dans une plaine où il a neigé; une oie blessée a laissé tomber sur la neige trois gouttes de sang que le soleil sèche lentement. Perceval contemple cet arrangement et se plaît à penser à Blanchefleur, sa douce amie. Sans le savoir, il est tout près de la cour du roi Arthur. En effet, des gens l'ont a-perçu et le roi envoie chercher ce mystérieux cheva-lier. Desreez et Keu ne réussissent pas à tirer Per-ceval de sa contemplation. Bien plus, voulant user de la force, ils reviennent mal en point et accomplis-sant la prophétie, Keu a l'épaule démise par le coup que lui donne Perceval. Il faudra l'absorption pres-que complète des gouttes de sang par la neige et la courtoise intervention de Gauvain pour que Perceval se rende à la Cour. On lui fait fête. A ce moment, survient une dame d'une laideur repoussante montée
-14-Parce qu'il n'a rien demandé dans la maison du Roi~ Pêcheur, de grands malheurs arriveront. Elle en tient, dès maintenant, Perceval responsable. Ensuite elle s'adresse aux chevaliers assemblés et leur propose
des aventures qu'ils s'empressent d'accepter de courir; Et bien ainsi jusqu'à cinquante
En sont levé et si creante
Li uns à l'autre et dist et jure Que merveille ne aventure
Ne savront qu'il ne l'aillent querre
Tant soit en felenesse terre.
(4741-4746)
Perceval, pour sa part, n'aura de cesse qu'il ne décou-vre le mystère du graal. Quant à Gauvain, déjà séduit à l'idée de délivrer la demoiselle de Montesclaire, est soudainement pris à partie par Guigambresil. Ce dernier l'accuse de félonie et demande justice. Dans quarante jours, devant le roi d'Escavalon, ils se ren-contreront en duel. La cour est en deuil; les che-valiers s'en vont à l'aventure.
Quatrième cycle
Le dernier cycle comporte les aventures de Gauvain dont un épisode est consacré à Perceval et dans lequel, celui-ci, fait pénitence et apprend de l'ermite qui le confesse la raison qui l~empêcha de parler dans la maison du Roi-Pêcheur. Le cycle va du vers
4816
au vers9234,
soit4418
vers. Le dernier cycle équivaut en longueur matérielle à la moitié du roman.Gauvain parvient à un château devant lequel Meliant de Lis doit jouter par amour de la fille aînée de Tiebaut de Tintagueil. Or, la soeur cadet-te doucadet-te de la force et de la valeur de Meliant; elle reçoit en retour une gifle retentissante de sa soeur aînée. Les spectateurs postés sur les murs du château se moquent de Gauvain inactif alors que tous les chevaliers participent au tournoi. Mais Gauvain ne veut pas prendre le risque d'une blessure qui le mettrait dans l'impossibilité de combattre Guigam-bresil dans quarante jours. Néammoins la petite fille se confie à Gauvain qui promet de la défendre. Gauvain portera donc les cculeurs de la fille cadette de Tiebaut laquelle a cependant des manches si petites et si étroites qu'elle doit en faire fabriquer une plus grande spécialement pour la remettre à son che-valier servant. Celui-ci s'illustre à ce tournoi et remet les chevaux qu'il a gagnés à la petite "dame" et à la famille du vavasseur Garin, son hôte. On lui demande de s'identifier:
Sire, Gavains sui apelez Onques mes nons ne fu celez En liu ou il me fust enquis N'onques encore ne le dis
.S'ançois demandez ne me fu. (5621-5625) On veut le retenir au château, mais Gauvain doit partir. A ce moment, la petite fille se jette aux pieds de Gau-vain lequel accepte de la prendre sous sa protection.
Gauvain quitte le château et s'en va chevauchant et chassant. Il est alors invité à demeurer dans un
-16-château dans lequel l'accueille une jeune fille fort aimable, la soeur de son hôte. Or, Gauvain est
re-connu par un vieux serviteur et désigné comme l'assassin du père de la demoiselle. Toute la commune alors se soulève et veut tuer Gauvain et la fille. Guigambre-sil, sur l'intervention du roi, peut épargner Gauvain. Ils conviennent de remettre leur rencontre dans un an pourvu que Gauvain fasse tout ce qui est en son pou-voir pour rapporter la lance gui saigne, ce qu'il jure.
Quant à Perceval, depuis déjà cinq ans qu'il erre, il a perdu la mémoire et oublié Dieu et les devoirs qu'il lui devait. Il rencontre des pèlerins qui l'in-vitent à faire pénitence. Perceval pleure ses péchés et il apprend de la bouche de l'ermite qui est son oncle, le frère de sa mère et du père du Roi-Pêcheur, que c'est le péché d'égofsme à l'égard de sa mère qui l'empêcha de parler quand il a vu le graal .
... "Frere molt t'a neU
Ur.s pechiez dont tu ne sez mot: Ce fu li doels que ta mere ot
De toi quand departis de li,"
(6392-6395)
Gauvain, à qui on revient maintenant, atteint la borne de Galvoie que nul chevalier ne franchit sans ren-contrer des difficultés très grandes: personne n'en revient. Le chevalier blessé qui vient de le renseigner à ce sujet a besoin d'être secouru. Gauvain connait une herbe qui pourrait soulager le malheureux. Il ren-contre alors une très belle jeune fille pour laquelle il obtient un palefroi; celle-ci cependant, ne lui accorde aucune faveur et exige de l'accompagner dans le but de voir sa honte:
"Jo iroie tant avec toi
Que male aventure et pesanche Et doels et honte et mescheance
T'avenist en ma compagnie."
(6716-6719)
Gauvain retourne soigner le chevalier blessé quand il voit venir à lui sur un mauvais cheval un écuyer, un rustaud à qui il prendra son cheval dans le but de
fournir une monture au chevalier mourant qui a manifes-té le désir d'aller se confesser. Mais Greoreas, le chevalier blessé, à recouvré quelque vigueur et recon-naît Gauvain. Il lui dérobe son cheval Gringalet. Gauvain doit se contenter du mauvais roncin qu'il a pris au rustaud.
Gauvain poursuit son chemin, accompagné de la mauvaise pucelle. Au moment où ils atteignent une ri-vière, le neveu de Greoreas requiert Gauvain au comgat. Quant à la pucelle, elle l'invite à monter dans un cha-land et à fuir avec elle.
Il répond: "Certes, ja n'i fuirai por lui
Damoiselle, ançois l'atendrai"
(7312-7313)
Gauvain, bien qu'il soit mal monté, désarçonne son ad-versaire. Un nautonnier qui venait du château de
l'autre rive, aussitôt lui réclame le cheval qui selon la coutume lui est dû. Gauvain fait le marché suivant qu'il lui laissera le chevalier au lieu du cheval. Il veut retrouver sa compagne et s'en informe au nautonnier. Celui-ci l'invite chez lui et lui enjoint d'oublier
cette méchante fille qui a fait couper la tête à plus d'un chevalier.
Sur la falaise, il est un château voué aux enchan-tements. Gauvain décide de s'y rendre malgré les
e
-18-objurgations du nautonnier. Il se couche dans le Lit de la Merveille,
On nus ne dort ne ne someille Ne n'i repose ne n'i siet
Que ja vis ne sainz s'en reliet.
(7806-7808)
Aussitôt, une pluie de flèches et de traits s'abat sur lui. Heureusement, il est resté armé, avec l'écu au cou. Il échappe à ce danger, mais un autre l'attend. La porte s'ouvre et un lion furieux bondit sur lui.
Gauvain le frappe de son épée et lui tranche d'un coup la tête et les pattes antérieures. A ce moment, des pucelles et des valets viennent soigner et servir le vainqueur qui devient le seigneur du château. La no-ble reine du château s'entretient avec Gauvain d'Arthur et des chevaliers de la Table Ronde.
Gauvain sort du château et revoit la mauvaise pu-celle à qui il offre encore ses services. Elle le pro-voque à un nouvel exploit, un nouveau danger. En effet, Gauvain réussit à sauter avec son cheval une rivière tumultueuse. Personne n'avait pu faire cela malgré ce qu'en disait la mauvaise pucelle. De l'autre côté, Gauvain rencontre le chevalier Guiromelant. Ce dernier
se confie à Gauvain. Il est amoureux de Clarissant, la soeur de Gauvain, laquelle habite le château de la Roche
Canguin. Il voue une haine mortelle à Gauvain; pourtant ce dernier n'hésite pas à lui révéler son nom à la fin de leur entretien. Ils décident de se combattre dans sept jours devant le roi Arthur en ce lieu même où ils sont.
Gauvain revient auprès de la pucelle après avoir appris que le château appartient à Ygerne, la mère du roi, qui y habite avec la mère même de Gauvain. Enfin, la mauvaise pucelle qui a nom Orgueilleuse de Nogres, touchée par la constance, la courtoisie et la vaillan-ce de Gauvain, se repent et explique son attitude passée à Gauvain.
Un messager se rend à la cour du roi Arthur.
Le roi n'ayant pas eu de nouvelles de son neveu depuis fort longtemps, en était très affecté ainsi que tous ses sujets,
Conclusion
"Monseignor Gavain regretoient
Les povres gens qui molt l'aimoient (9213-9214)
L'enchaînement narratif est assez complexe. Un nombre considérable de personnages rencontrent le héros, Perceval ou Gauvain, disparaissent pour surgir ensuite dans un autre temps. La seconde apparition élargit ou complète une histoire ou lui donne une nouvelle dimension.
... '.
Le troisième cycle semble être le cycle central, celui auquel les autres doivent se rapporter. Par sa position d'abord et ensuite par le fait que tous les personnages importants qui ont croisé la route de Perceval y sont ou présents ou évoqués de façon particulière. Notam-ment Perceval y apprend la mort de sa mère, il met
sur le compte de la recommandation de Gornemans de Gohors son silence dans le château du Roi-Pêcheur et il rêve intensément à Blanchefleur, à partir de trois gouttes
-20-de sang sur la neige. La présence de Gauvain,de Guigambresil et les défis de la demoiselle à la mule justifient les aventures qui suivent dans le quatriè-me cycle.
Le récit est rapide mais une foule d'éléments s'organisent en un sous-récit ou en une structure complémentaire qui donne alors au texte une espèce de profondeur. Ainsi, par exemple, le choix et la répé-tition du rouge et du blanc dans les descriptions des chevaliers qui viennent à Perceval, du chevalier Ver-meil, du visage de Blanchefleur et de la lance qui saigne, les associent dans une même rêverie. Donc il serait possible, à l'intérieur de chaque cycle, d'in-ventorier les éléments susceptibles de former une ou des structures complémentaires au récit. Il est
essentiel de voir cependant, la cohérence de la suite narrative et sa progression.
2. Caractérisation des cycles et de leurs épisodes
Les quatre cycles qui ont été établis précédem-ment comportent chacun un certain nombre d'épisodes. Un épisode constitue une aventure ayant
à
l'intérieur d'un cycle commun, une fonction d'unité. Le cycle est un ensemble autonome, formé de sous-ensembles ou épisodes, qui présente des caractères distinctifs.Qui estes dont? Chevaliers sui (175)
Le premier cycle se divise en trois épisodes. Le premier fait état de la décision de Perceva1 de de-venir chevalier; le second, raconte une lourde méprise que le jeune homme fait aux dépens d'une demoiselle et le dernier narre les événements par lesquels Perceva1 accèda à la chevalerie.
A- la décision (69-63~)
a) le jeune homme dans la forêt b) la rencontre du chevalier c) Perceva1 et sa mère
i. l'histoire de la famille ii. enseignements maternels B- la méprise (635-833)
a) rencontre de la jeune fille b) conséquences de son erreur C- un nouveau chevalier (834-1304)
a) en présence du roi Keu,
la pucelle qui rit
b) le combat contre le chevalier Vermeil l'aide d'Yvonet
c) départ de Perceva1
-22-Dans ce cycle, Perceval est au centre de l'action. C'est lui qui agit directement ou parle; c'est à lui qu'on s'adresse ou c'est de lui qu'on parle. Ainsi, par la réaction d'un des chevaliers, on voit l'aspect sauvage et niais de Perceval:
... Galois sont tot par nature Plus fol que bestes en pasture
Cist est ausi come une beste. (243-245) De même, par la réaction des herseurs de sa mère, on apprend qu'il a été tenu volontairement ignorant de la chevalerie (316-323). D'autre part, la demoiselle à la tente doit justifier sa conduite par rapport aux actes de Perceval; plus loin, Yvonet raconte le com-bat de Perceval et rapporte à la cour que celui-ci vengera la pucelle qui a ri.
D'autre part, Perceval apparaît comme un jeune homme plein de courage, entier, tenace, déterminé. Ce jeune garçon parvient à devenir chevalier par ses propres forces appuyées sur celles de l'hérédité. La question se pose certainement aux auditeurs du roman, à savoir si Perceval est un chevalier véritable. En effet, c'est par jeu que Keu lui a dit de prendre les armes du Chevalier Vermeil.
Perceval est doué d'une assurance à toute épreuve: il ne doute pas de lui, ses désirs sont clairement ex-primés et il ne s'embarasse pas de l'opinion des autres. Il fait montre de beaucoup d'incompréhension, soit par
na!veté, soit par égoïsme.
A cet égard, la scène chez le roi est probante: Li vallés ne prise une cive
Quanques li rois li dist et conte Ne de son dol ne de sa honte
Ne sa feme ne li chaut il
Faites-moi chevalier fait-il
(968-972)
Sa naïveté se manifeste dans la décision qu'il prend de partir; elle le conduit à une lourde. mépri-se à l'égard de la demoiselle à la tente, de plus, même s'il fait la preuve de son courage en combattant, l'occasion du combat lui est fournie par sa naïveté. Il irrite le Chevalier Vermeil par l'insistance avec laquelle il lui demande les armes qu'il porte. Cette attitude de Perceval s'oppose directement au comporte-ment courtois du chevalier du premier épisode, à
l'attitude débonnaire du roi et à celle plus polie
d'Yvonet. Pourtant ce trait n'est pas entièrement négatif, puisque, dans le premier épisode, sa curiosité naïve
plaît au chevalier:
"Car a toi volentiers m'acort (223)". L'arme dont Perceval se sert au combat est le ja-velot qui devient ici le symbole de la primitivité dans l'art de combattre. C'est une arme de trait dont la puissance est reliée directement à celle du bras sans l'intermédiaire d'une machine quelconque, arc ou ar-balète. Perceval, en fait, ne doit compter que sur lui-même en face d'un homme héritier d'un art savant d'attaque et de défense.
r
-24-Par ailleurs, Perceval fait montre d'une grande docilité et d'une immense bonne volonté. Il suit à la lettre, les recommandations de sa mère et prend également au pied de la lettre la moquerie du séné-chal Keu.
L'auteur pose en quelque sorte le problème de la responsabilité morale: Perceval est-il, ou non, coupable d'abandonner sa mère? Perceval est-il, ou non coupable envers la demoiselle à la tente? Doit-on imputer au héros le crime de lèse-majesté quand il décoiffe le roi Arthur?
A sa décharge, Perceval est généreux. Il se met en toute bonne foi, au service de la demoiselle à la tente; il se porte au secours de la pucelle qui a ri; il remet au roi, la coupe, après avoir vaincu le
Chevalier aux Armes Rouges.
Ce dernier geste est symbolique: la coupe royale, que personne ne pouvait reconquérir, est rendue par un jeune homme na!f et inexpérimenté. La restitution de la coupe n'engageait pas chez Perceval le désir de sauver l'honneur du roi.
Le moteur de l'action est lié à l'attirance que peut créer chez ce jeune homme, le beau spectacle des chevaliers dans la lumière d'une clairière, d'une tente au soleil et d'un chevalier portant des Armes Rouges. Le doux temps met la joie au coeur de Perce-val et le bruit des armes dans le bois, quand viennent les cinq chevaliers, lui fait peur. Ce sont des mo-tivations primaires comme il convient chez un jeune sauvageon. Son attitude religieuse est primitive elle aussi; il a peur, c'est le diable; il est ébloui;
c'est Dieu. Il croit voir l'église de Dieu en la tente tendue au soleil de la prairie.
(655)
Le passé tient une place importante dans ce premier cycle. En effet, la veve feme expose l'his-toire de la famille de Perceval, ensuite on a deux retours en arrière qui racontent soit des faits connus déjà du lecteur, (le récit de la demoiselle à son
ami; celui d'Yvonet au roi), soit des faits inconnus comme le genre d'éducation qu'a reçue Perceval (par les herseurs), ce qui est survenu au roi Arthur (par le charbonnier) et ce qui est survenu au roi (par le roi lui-même). Quant à l'avenir, il est déjà chargé de la promesse formelle de venger la pucelle qui a ri.
Le trait caractéristique du premier cycle est la volonté de Perceval. Ce trait psychologique assure l'unité d'action. Le conflit proposé est inhérent à la personnalité de Perceval. La réalisation du désir s'effectue sans que le héros tienne compte des règles de la courtoisie qu'il ignore. Symboliquement, Perceval échange ses armes, son cheval contre les
armes et le cheval du chevalier Vermeil.
Li vallés as armes vermeilles
(2768)
Le deuxième cycle tient compte de deux rencontres que fait Perceval et se divise d'après elles en deux épisodes. Dans le premier épisode apparaît la figure de Gornemans de GOhors, dans le second, celle de Blan-chefleur. Ces deux personnages font évoluer Perceval et favorisent le progrès du héros dans la chevalerie.
-26-D- Gornemans de Gohors (1305-1699) a) arrivée au château b) enseignement du prud'homme c) hébergement de Perceval d) dernières recommandations E- Blanchefleur (1699-2909)
a) arrivée à un château désolé b) en présence de Blanchefleur c) Blanchefleur et Perceval, à la nuit tombée d) la décision de Perceval e) Clamadeus Engygeron conseil du vieux
Perceval contre cent chevaliers le siège est poursuivi
arrivée du chaland combat singulier
f) Clamadeus et Engegyron à la cour
Perceval rencontre deux personnages qui le feront avancer dans l'état de chevalerie dont au départ i l ne connait rien si ce n'est l'aspect extérieur. Il est en principe chevalier mais de fait i l ignore le manie-ment des armes qu'il a conquises. Un prud'homme que le hasard place sur sa route va lui apprendre à porter la lance et à manier l'épée. Perceval possède de très
grandes aptitudes. Il est fort, il est habile et se conforme exactement à l'image du chevalier telle que l'illustre ~our lui Gornmans de Gohors. Perceval apparaît comme un prodige puisqu'il assimile en quel-ques heures l'essentiel de ce qui fait un chevalier.
" Car li venoit de nature " (1480) Gornemans de Gohors lui indique que la chevalerie a certains devoirs à remplir. Perceval ne cherche pas à s'y dérober. La prescription d'épargner le vaincu et celle de ne pas tuer de gaieté de coeur sont d'une haute moralité, c'est-à-dire, qu'il s'agit là de règles difficiles à observer. En effet, dans la chaleur d'un combat il faut posséder une maîtrise de soi peu com-mune pour ne pas achever l'adversaire, à cette époque autant qu'à la nôtre.
Enguigeron vaincu par Perceval crie pitié, " et li vallés dist qu'il n'i a De la mer chi ne tant ne quant
Se li so vient il ne çorquant Del preudome que li aprist Qu'a son escient n'oceist Chevalier ... " (2236-2241)
Le nouveau chevalier combat avec les armes du Chevalier Vermeil. Quand Clamedéus et Enguigeron arrivent à
la cour ils parlent de leur vainqueur comme de celui qui porte les armes vermeilles. L'épée et la lance sont des armes de civilisation qui veulent une dis-cipline et un apprentissage et non de l'improvisation. L'épée est donc le signe du progrès qu'a accompli
Perceval et signe également de ce qu'il est devenu: un chevalier respectueux des règles. Ainsi Gornemans
ft
-28-détermine un progrès dans l'évolution du héros. Blanchefleur à ce propos a un rôle non moins négligeable; c'est à cause de son habileté et de sa finesse que Perceval combattra pour elle et se cou-vrira de gloire en rendant à la belle châtelaine, Beaurepaire qU'assiégèrent Enguigeron et Clamadéus. Le nouveau chevalier n'a pourtant pas quitté sa nàive-té. Gornemans de Gohors s'en rend bien compte et enjoint à Perceval de cesser de se référer à sa mère.
" Or ne dites jamais biax frere Fait li preudom que vostre mere
Vos ait apris rien, se je non. "
(1675-1677)
et lui demande plutôt de se taire:
" Ne ne parlez trop volontiers"
(1648)
" Oui trop parole, il se mesfait "
(1654)
Pareillement lorsque Perceval rencontre Blanche-fleur, il se tait inexplicablement, laissant penser qu'il est muet, jusqu'à ce que Blanchefleur prenne sur elle d'interroger la première.
Les motivations de Perceval sont plus étoffées, plus adultes. Il est plus conscient de son engagement à l'égard de Blanchefleur. Son désir d'être chevalier s'est accru d'une discipline physique et morale. A la base il y a encore cette énergie prodigieuse, cette fois, moins égoiste et tournée vers l'action altruiste.
La relation Blanchefleur-Perceval en est une d'amitié et de courtoisie. Chrétien de Troyes prend soin d'indiquer que Perceval ne sait rien de l'amour et que Blanchefleur va le visiter avec des intentions qui sont dignes d'une courtoise jeune fille. L'intérêt
de cette scène vient de l'habileté avec laquelle Blanchefleur pousse Perceval à combattre et de la situation ambigüe dans laquelle se trouve les jeunes gens. La beauté et la jeunesse des personnages est soulignée. La désolation de la ville contraste avec la joie qui éclate quand le navire marchand arrive au port. La détermination de la jeune fille à se tuer, si elle tombe aux mains de Clamadeus, la perte de ses chevaliers, ou tués ou en prison, donne une note tragique à cette histoire. Malgré sa misère, l'accueil de Beaurepaire est excellent. Blanchefleur est belle comme jamais poète ne l'a pu décrire. Il n'est pas étonnant que les habitants du château entre-voient l'union de Blanchefleur et de Perceval, ce serait unir la vaillance à la beauté.
La psychologie du héros s'enrichit dans ce cycle en même temps que les descriptions de l'auteur ... Perceval montre sa valeur. Il n'oublie pas, ni sa promesse de venger la pucelle qui a ri, ni les en-seignements du prud'homme. Dans son esprit un remords se lève; qu'est-il advenu de sa mère?
" Sire ne sai si je suis pres
Del manoir ou ma mere maint" (1580-1581) Il quitte Blanchefleur qui veut le retenir
... Molt li est tart
Qu'il a sa mere venir puisse (1700-1701) Le deuxième cycle est sous le signe de l'accueil,d'abord de Gornemans de Gohors et ensuite de Blanchefleur; sous
-30-la courtoisie.
Perchevax li Galois a non
(3575)
Le troisième cycle se divise en trois épisodes. Dans le premier, Perceval rencontre le Roi-Pêcheur et assiste à la procession du Graal; dans le second, il apprend son échec dans le château du Graal et il répare sa faute à l'égard de la demoiselle à la tente; finalement, dans le troisième épisode, Perceval atteint la cour du roi Arthur, y accomplit sa vengeance sur Keu et s'entend reprocher son silence quand il vit passer le Graal.
F- le Roi-pêcheur
(2910-3421)
a) Perceval veut retourner chez-lui b) Rencontre du pêcheur c) Don de l'épée d) Procession du Graal e) Départ G- Deux rencontres
(3422-3997)
a) la cousine de Perceval b) la demoiselle à la tente c) réparation de Perceval H- A la cour du roi(3998-4815)
a) Orgueilleux de la Lande b) extase de Perceval - la vision- Desreez- Keu- Gauvain c) Perceval à la cour
d) la demoiselle hideuse
- reproches à Perceval - défis aux chevaliers
Perceval demeure l'acteur principal du troisième cycle. Dans les autres parties du récit, Perceval faisait preuve de vaillance, de courage, de force et de détermination. Ces qualités faisaient pendant à sa naiveté et à son ignorance de la courtoisie. Jusqu'ici Perceval était favorisé par des aptitudes naturelles assez exceptionnelles et par le hasard qui lLlÎ fait rencontrer, par exemple, un Gornemans
de Gohors. Maintenant il accède au merveilleux. Perceval veut retourner au manoir maternel, il lui tarde d'y arriver. Il parvient à une rivière qu'il ne peut traverser. Il doit s'en remettre à un pêcheur qui l'invite à son château. Il suit les ins-tructions de son hôte et ne voit pas le château; il doute un instant de la bonne foi du pêcheur.
" Il dist: " Chi que sui venus guerre? La musardie et la bricoigne
Diex li doinst lui male vergoigne Celui qui cha m'a envoié" (3040-3043) Au château qu'il aperçoit soudain en lieu et place indiqués, il se rend. Il est aussitôt accueilli dans la grande salle. Son hôte lui remet une épée:
Biax frere ceste espee Vos fu voee et destinee
Et je ert molt que vos l'aiez
Mais çainniez le si le traiez (3167-3170) Cette épée qu'on lui remet est ici le signe d'une voca-tion particulière. Après l'avoir admirée,il la remet au valet qui tenait ses armes. Le Roi-pêcheur recon-naît en Perceval quelqu'un de valeur puisque cette
-32-épée lui fut remise pour la donner à quelqu'un qui l'emploierait bien.
Alors, se produit un étrange défilé. Un valet vient d'une chambre avec une lance empoignée par le milieu dont le fer laisse couler jusqu'à sa main une goutte de sang. Perceval se souvenant de la recom-mandation du prud'homme ne demande pas comment cela se faisait. Ensuite viennent deux autres valets qui apportent des chandeliers; entre eux, une demoiselle s'avance tenant un graal.
Quant ele fu laiens entree Atot le graal qu'ele tint Une si grans clartez i vint
qu'ausi perdirent les chandoiles Lor clarté come les estoiles
Font quant solaus liève ou la lune. (3224-3229)
Une autre demoiselle suit avec un "tailleoir d'ar-gant". Le graal est d'une richesse extraordinaire. Perceval n'ose rien demander encore à cause de la pa-role du prud'homme. Le sire du château commande qu'on apporte la table. On met la nappe et le service com-mence. Un valet tranche la hanche de cerf au poivre et la place sur un "gastel".
Et li graals endementiers Par devant aIs retrespassa Ne lis vallés ne demanda
Del graal cui on en servoit (3290-3293) Le conte ajoute qu'il se tait "plus qu'il ne convient." A chaque mets qu'on sert, le graal "trèfl..,tot découvert" passe devant lui. Il se dit qu'il attendra le matin pour s'informer aux gens des merveilles qu'il a vues.
Mais au matin, il ne trouve plus personne. Son cheval l'attend, sellé. Perceval passe la porte; brusque-ment le pont se lève: il ne doit la vie qu'au saut que son cheval fait. L'épisode (F) finit un peu comme il a commencé: un château qui semble surgir du néant et qui retourne au silence dès que le jour se lève.
Perceval poursuit sa route et rencontre une cou-sine (G) qui pleure son ami qui a été tué. Elle lui apprend que s'il avait interrogé le Roi-Pêcheur à propos du Graal, il aurait guéri le roi et lui aurait rendu ses terres. Perceval apprend aussi la mort de sa mère. Il offre à sa cousine de faire route avec elle mais celle-ci refuse tant que le chevalier qu'elle aimait ne sera pas enterré.
Perceval donc continue son chemin seul. Il ren-contre alors la "demoiselle à la tente", mais dans
quel équipage. La belle jeune fille subit la vengeance de son ami. Elle est maigre, épuisée; ses vêtements sont usés, déchirés. Perceval défait le chevalier ja-loux, Orgueilleux de la Lande, et l'envoie faire répa-ration envers la demoiselle puis, se mettre en la prison du roi Arthur.
La cour aux nouvelles d'Orgueilleux de la Lande
décide de retrouver le chevalier. On se met en route (H). Durant ce temps, à son insu, Perceval s'est approché
de la cour du roi Arthur. Sur la neige trois gouttes de sang qu'une oie blessée a laissé couler lui rappelle le doux visage de son amie Blanchefleur. Il est si absorbé dans cette rêverie qu'il ne répond pas aux
-34-appels de Saigremor et de Keu venus l'amener au roi. L'un après l'autre, il les défait; à Keu, il disloque l'épaule et ainsi réalise la prédiction du sot.
Gauvain, envoyé à son tour, attendra courtoisement
que Percev~l sorte de sa rêverie pour le prier de
venir au roi. Quand l'un à l'autre, les deux chevaliers s'identifient ils fraternisent aussitôt, pleins de
respect et d'admiration mutuels. A la cour du roi, Perceval est accueilli comme il le mérite, en champion. Soudain la Demoiselle Hideuse surgit on ne sait d'où et s'en prend à Perceval, ensuite elle lance des défis aux chevaliers assemblés. Les chevaliers se préparent-ils au départ que soudain Guigambresil accuse Gauvain de trahison.
Dans l'ensemble des trois cycles, Perceval
s'éveille à une vie adulte, prend conscience plus com-plètement de lui-même. La volonté individuelle joue le premier rôle dans le progrès de Perceval. Dans un espace restreint de jours, une quarantaine, Perce-. val passe de l'ignorance à la connaissance de soiPerce-.
Il devient l'égal des plus brillants chevaliers. Déjà son hérédité le destinait à ne pas déchoir. Le chevalier qu'il rencontre près du manoir, le trouve sympathique. Arthur est lui aussi séduit par ce jeune homme et regrette de l'avoir laissé partir. Gornemans de Goors reconnaît en Perceval un naïf mais il accepte de lui apprendre à manier lance et épée. Perceval a donc une allure, un maintien, une attitude qui le
rend immédiatement sympathique. Sa destinée s'affirme encore plus lorsqu'il est accueilli par l'éclat de rire
de la pucelle et lorsqu'on lui remet l'épée dans le château du Roi-Pêcheur.
La naïveté de Perceval est l'occasion pour l'au~
teur d'écrire des scènes et des dialogues amusants. Dans le troisième cycle, Perceval est en face d'un échec. Il a été, ni plus, ni moins, projeté hors du château du Graal. Alors commence les reproches et les malédictions (cousine et demoiselle à la mule). Au même moment il est reconnu par Gauvain comme un chevalier vaillant et courtois. Il accomplit sa ven-geance à l'égard de Keu et il est reconnu par toute la cour comme un brillant chevalier. Alors Perceval de-vant son échec prend une décision: il n'aura de cesse qu'il ne trouve la réponse concernant le graal et la lance. Ce mouvement de volonté consciente caractérise le cycle. Perceval comprend qu'il a failli; il accep-te de relever le défi. L'aventure de Perceval contraste avec les aventures qu'ont choisies Kahendin, Saigremor ou Gauvain. Il s'engage à rechercher le salut de la Terre de Logres.
La plupart des événements racontés trouvent leur résolution dans le troisième cycle. Perceval répare sa faute à l'égard de la demoiselle à la tente et ac-complit sa vengeance à l'égard de Keu. L'épisode des gouttes de sang sur la neige affirme le caractère cour-tois de Perceval, comme l'indique Gauvain
"Cist pensers n'estoit pas vilains Ainz ~stoit molt cortois et dol."
(4458-4459)
-36-de la belle châtelaine.
Le désir d'être chevalier amène Perceval à
commettre des fautes mais aussi à réaliser des exploits. Perceval rend la coupe au roi Arthur (C) et répare le tort fait à Blanchefleur par les assiégeants (E). Il promet de venger la pucelle qui a r~ (C); cette pro-messe est renouvelée par les chevaliers vaincus par Perceval et qui sont envoyés en prison (E,G). Effec-tivement il accomplit sa vengeance et se met au ser-vice de la demoiselle qui a ri (H).
Perceval a le tort aussi de suivre, sans trop
comprendre, les recommandations de sa mère (A). Ainsi, il fait un tort à la demoiselle à la tente (B) qu'il réparera cependant (G). De la même façon, il suit
les recommandations de son parrain (D) trop à la lettre dans le château du Roi-Pêcheur. (F) Perceval commet la faute la plus grave en manquant de compassion à l'égard de sa mère (A). Progressivement il en a la révélation: indirectement par son inquiétude qui est bien près d'un remords (C,D,E) et directement par sa cousine (G) qui le lui dit. Dans une première expli-cation le silence de Perceval est lié aux recommanda-tions de Gornemans et dans une seconde à la faute com-mise à l'égard de la veuve dame. La demoiselle à la mule (H) et la cousine de Perceval (G) indiquent à Perceval les malheurs consécutifs à sa faute.
Je sui cil que vos tant haez (8832) Le quatrième cycle comporte six épisodes dont cinq sont consacrés à Gauvain et un (K) à Perceval. Globalement, les épisodes l et J forment presque des
histoires indépendantes semblables en cela aux épi-sodes B et E, tandis que l'ensemble L, M, N raconte les aventures de Gauvain accompagné de la Male Pucelle laquelle malgré son absence effective de l'épisode M est présente dans les préoccupations de Gauvain. 1- Gauvain et la pucelle aux manches petites
(4816-5655)
a) le château de Tiebaut de Tintagueil b) hébergement chez Garinc) la requête de la pucelle d) le Tournoi
e) -l'amitié de Gauvain et de la pucelle.
J- Gauvain et la commune
(5656-6216)
a) l'invitation au châteaub) attaque de la Tour
c) intervention de Guigambresil
K- La pénitence de Perceval
(6217-6518)
a) rencontre des pèlerinsb) rencontre le l'ermite
L- Gauvain et la male pucelle
(6519-7370)
a) la borne de Galvoieb) Gauvain perd son cheval c) le neveu de Greorreas
M- Le Lit de la Merveille
(7371-8371)
a) chez le nautonnierb) Château de la Roche Canguin c) le Lit de la Merveille
N-
-38-Gauvain et la pucelle
(8372-9234)
a) Orgueilleux du Passage à l'Etroite Voie
b) le gué périlleux c) Guiromelant
d) un messager à la cour.
Les aventures de Gauvain posent le problème de la structure du roman. Comment justifier une série de prouesses dont le héros n'est pas celui qui a vécu les premières? Certains commentateurs jugent cette partie, un hors d'oeuvre. Ils hésitent à attribuer à Chrétien la volonté d'unir les aventures de Gauvain à celles de Perceval. M. Stefan Hofer (1), par exem-ple pose qu'un "premier continuateur" a écrit la partie- Gauvain dans le but de terminer le roman ina-chevé par Chrétien. Or dans son argumentation, il avance que la structure générale des romans antérieurs est de s'en tenir à un seul héros qui concentre sur lui l'intérêt et d'illustrer une thèse unique. On peut se demander pour quelle raison un continuateur aurait osé s'éloigner de cette structure établie; s'il avait eu envie, ce continuateur, d'achever le roman du Graal, le mieux à faire aurait été de ne parler que de Perceval. En quelque sorte, M. Hofer croit que la par-tie-Gauvain n'est pas dans l'esprit de Chrétien mais admet qu'un "continuateur" qui plein de bonne volonté désire poursuivre l'oeuvre de Chrétien, se soit dérouté
N- Gauvain et la pucelle (8372-9234) a) Orgueilleux du Passage à l'Etroite
Voie b) le gué périlleux
c) Guiromelant
d) un messager à la cour.
Les aventures de Gauvain posent le problème de la structure du roman. Comment justifier une série de prouesses dont le héros n'est pas celui qui a vécu les premières? Certains commentateurs jugent cette partie, un hors d'oeuvre. Ils hésitent à attribuer à Chrétien la volonté d'unir les aventures de Gauvain à celles de Perceval. M. Stefan Hofer (1), par exem-ple pose qu'un "premier continuateur" a écrit la partie- Gauvain dans le but de terminer le roman ina-chevé par Chrétien. Or dans son argumentation, il avance que la structure générale des romans antérieurs est de s'en tenir à un seul héros qui concentre sur lui l'intérêt et d'illustrer une thèse unique. On peut se demander pour quelle raison un continuateur aurait osé s'éloigner de cette structure établie; s'il avait eu envie, ce continuateur, d'achever le roman du Graal, le mieux à faire aurait été de ne parler que de Perceval. En quelque sorte, M. Hofer"croit que la par-tie-Gauvain n'est pas dans l'esprit de Chrétien mais admet qu'un "continuateur" qui plein de bonne volonté désire poursuivre l'oeuvre de Chrétien, se soit dérouté
-39-à ce point et lui-même "incapable de trouver une fin satisfaite a laissé inachevé le Perceval (2).
D'après M. Delbouille "rien dans la langue ni dans le style du texte de Hilka n'oppose les aventures de Gauvain à celles de Perceval. Bien au contraire, on note de grandes analogies de langue et de style, entre les deux parties du roman et il y a jusqu'à des négligences communes (3)." Il est plus facile d'admettre une continuité de style et de langue dans un même roman et partant, d'accepter que Chrétien ait écrit les aventures de Gauvain que d'imaginer le poète esclave d'une supposée structure, commune à des romans antérieurs et en conclure que Chrétien n'a pu écrire les aventures de Gauvain.
Gauvain est le chevalier courtois par excellence. Neveu du roi Arthur, il peut se servir d'Escalibor (5902) l'épée qui tranche le fer comme bois. Dans un
pre-mier épisode (1) Gauvain'en route pour délivrer la pu-celle de Montesclaire et aussi selon sa promesse, ren-contrer dans quarante jours Guigambresil chez le roi d'Escavalor, approche d'un château où il y a tournoi. Il ne peut l'éviter ca~ il y n'y a pas d'autre chemin. Il se laisse gagner à combattre par un enfant, la pu-celle "as manus petites".
2. vol. 29 de la Bibliographie p. 22
Après E'être couvert de gloire, il poursuit sa route (J). Dans un bois, une biche blanche lui échappe alors que son cheval s'est déferré. Un jeune chasseur l'invite à son château où sa soeur le rece-vra. Gauvain s'y rend et se plaît dans l'agréable compagnie de la soeur de son hôte. Soudain un va-vasseur le reconnaît. Branle-bas dans la commune; Gauvain est en danger.
Gauvain est constamment soupçonné de félonnie
ou de trahison. Déjà c'est le sens de l'interpellation de Guigambresil dans l'épisode (H). Au pied du château
de Tiebaut de Tintagueil il est pris, soit pour un marchand soit pour un chevalier poltron. Dans l'é-pisode de la commune, Gauvain est surpris avec la fille de sa victime.
Gauvain s'est chargé de délivrer la pucelle de
Montesclaire mais depuis l'arrivée subite de Guigambresil à la cour du roi (H) sa mission a été modifiée. Une
deuxième rencontre change encore la mission de Gau-vain. Le courtois chevalier a promis successive-ment:
a) de délivrer la pucelle de Montesclaire b) de rencontrer en duel Guigambresil
dans quarante jours
c) de remettre à un an son duel et de
rechercher la "lance qui saigne"
(6198).
L'intérêt est piqué: Gauvain est maintenant associé à la quête de la lance qui saigne. La narration des aventures de Gauvain cesse brusquement. Gauvain ren-voie ses valets, ses chevaux et part seul sur son che-val Gringalet.
r
-41-Un court épisode (K) suit où on revient à Perceval. L'épisode est baigné d'atmosphère religieuse. Perceval rencontre des pèlerins le Vendredi Saint qui s'éton-nent de le voir ainsi chevaucher en armes, un tel jour. Depuis cinq ans qu'il erre Perceval a oublié tous ses devoirs de chrétien. Il se rend chez l'er-mite et fait pénitence.
L'épisode se rattache difficillement à celui
qui précède et à celui qui suit. Il est intercalé sans grande préparation. La mention de la "lance qui saigne" dans
l'épisode précédent est un signe matériel qui s'associe facilement
à
Perceval. De plus, l'auteur dit:" De monseignor Gavain se taist Ichi Li contes a estal
Si comencpe de Perceval (6214-621ê) et à la fin de l'épisode:
" De Perche val plus longuement Ne parole li contes chi
Ainz avez molt ançois oï De Monseignor Gavain parler
Que rien m'oiez de lui conter" (6514-6518) Pourtant dans cet épisode on apprend que Perceval n'a pu parler parce qu'il avait manqué de charité, de com-passion envers sa mère et aussi que la personne qui reçoit le graal est son oncle maternel. Ce qui semble mettre un point aux aventures de Perceval. Bien sûr, les ressorts de la création littéraire auraient pu faire que Perceval reparaisse, si le roman avait été achevé. Pour appuyer cette éventualité, il y a déjà dans le roman, la promesse de retour que Perceval a faite aux gens de Beaurepaire, "et le revenir lor pramet (2934)" dit le texte.
Blanchefleur et Perceval sont destinés l'un à l'autre, par leur jeunesse, leur beauté; leur valeur. Tout les rapproche ainsi que le lien avec Gornemans de Ooors, oncle de Blanchefleur et tuteur de Perceval. De plus, Perceval a promis de découvrir la vérité à propos du graal et de la lance gui saigne. Sin-gulièrement il connait le contenu sacré du plat et à qui on le sert mais il ignore tout de la lance gui saigne. Dans ce même épisode, l'ermite apprend à Perceval une mystérieuse oraison à dire dans "le plus grand péril". Ce grand péril pourrait bien être le centre d'une autre aventure. Ajoutons à cela sa pa-renté avec le Roi-Pêcheur qui le destine peut-être à régner dans le mystérieux château du Graal.
L'épisode qui suit nous ramène à Gauvain. Il s'approche d'une jeune fille qui pleure son ami blessé. Il éveille ce dernier fort courtoisement et apprend qu'il est rendu aux bornes de Galvoie:
" Que chevaliers ne peut passer
qui jamais puisse retorner"
(6603-6604)
Gauvain stimulé par ce nouveau défi se charge d'aller voir pourquoi nul chevalier ne revient de cette terre. Le chevalier est Greorreas qui revenu à lui vole le cheval de Gauvain. Il enverra son neveu poursuivre Gauvain. L~ neveu d'Arthur le vaincra et reprendra son cheval. Cette aventure est entrelacée avec la
ren-contre que Gauvain fait de la male pucelle. Elle com-mence comme une pastourelle: attiré par sa beauté,
-43-Gauvain s'approche, celle-ci lui demande de chercher son pâlefroi. Le cheval est gardé par un "grand chevalier" qui le laisse emporter par la façon cour-toise avec laquelle Gauvain a fait sa demande. Cette demoiselle cherche constamment à humilier Gauvain mais il demeure stoïque et accepte tout par courtoi-sie et charité. Tous les gens qui parlent à Gauvain de cette fille lui conseillent de la laisser car elle est méchante "pire que Sathanas
(7756)".
Elle ira jusqu'à mettre en danger la vie de Gauvain dans l'é-pisode du qué périlleux. Entretemps Gauvain est parvenu à une rivière. Un nautonier le fait traver-ser et lui parle du mystérieux château dont nul ne revient. Encore une fois Gauvain relève le défi: il ira.Il s'agit du château de la Roche Canguin où
habitent trois dames de haut lignage: Ygerne, la mère du roi Arthur, la femme du roi Loth, mère de Gauvain et Clarissans, soeur de Gauvain; avec elles, vivent quantité de serviteurs de tous les âges et des dames soit veuves, soit déshéritées et des orphelines. Les gens du château espèrent la venue d'un chevalier qui pourrait rendre aux dames leur honneur, donner
éies époux aux pucelles et "adouber" les valets et enfin ôter les enchantements du palais. Ce palais est le palais de la tristesse, une prison dorée. Il a cinq cent fenêtres par lesquelles les dames et les pucelles regardent les prés et les vergers fleuris. De là,
elles ont vu Gauvain et lui les a aperçues quand le neveu de Greorreas l'attaqua sur la rive.
La Roche Canguin a été conçu "par un cIers sages d'astrenomie
(7548)",
de mani~re à éloigner tout che-valier moralement mauvais. L'élu qui mettra fin aux sortilèges sera"Bel et sage sanz convoitise Preu et hardi, franc et loial Sanz vilennie et sanz tot mal."
(7594-7596)
Gauvain subit une pluie de fl~ches et l'assaut d'un lion furieux. L'épreuve ayant été surmontée, les enchantements sont rompus. Gauvain devient le sei-gneur du château. Cependant Gauvain apprend du nau-tonnier qu'il lui est défendu de sortir ne serait-ce que pour chasser:
"Que il jamais je ces mesons
N'istroit fust tors ou fust raisons."
(8019-8020)
Gauvain est fort attristé. Après avoir festoyé avec les gens du château, jusqu'à la nuit tombée, il dort dans le lit de la merveille. Au matin par une fenêtre, il revoit la "male pucelle". La reine permet qu'il sorte, Gauvain promet de revenir à la nuit.
Gauvain défait le gardien du port de Galvoie. La "male pucelle" provoque Gauvain à sauter le gué périlleux, que son ami sautait aisément, pour moi, dit-elle. C'est un mensonge, jamais chevalier n'a réussi à sauter ce gué. Aux fenêtres, les dames et