S TRATÉGIES ET INCITATIONS POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L ’ ÉPARGNE

In document Etude sur le rôle et l impact des services et produits d épargne du secteur informel et des institutions de microfinance en Afrique de l Ouest (Page 59-64)

6. LES FACTEURS EXPLICATIFS DU DÉVELOPPEMENT DE L’ÉPARGNE

6.4 S TRATÉGIES ET INCITATIONS POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L ’ ÉPARGNE

Dans le secteur autonome, la notion de stratégie d‘incitation et de développement de l’épargne est très peu présente au niveau du secteur autonome, en comparaison avec les systèmes financiers décentralisés. Les associations de tontines par exemple n’en éprouvent pas vraiment la nécessité. Elle existe cependant au niveau des banquiers ambulants. Au Togo, au Bénin et au Ghana, la concurrence des réseaux dans la collecte de la petite épargne a conduit les banquiers ambulants à imaginer de nouveaux produits et services pour continuer leur activité. Etant donné que la motivation première des épargnants semble être la possibilité de disposer de crédit (ce qui leur est offert par les systèmes intermédiaires), les banquiers ambulants ont à leur tour mis en place un système d’avances à très court terme, consenties à leurs meilleurs clients pour leur permettre de faire face à des besoins de fonds de roulement ou de dépenses personnelles ou familiales (soins médicaux, frais de scolarité).

Au contraire, dans la totalité des SFD étudiés, on commence à trouver des stratégies et des plans d’incitation et de développement de l’épargne, au moindre coût, qui utilisent une combinaison de plusieurs modes opératoires.

• Les campagnes de sensibilisation et d’information

Presque tous les systèmes étudiés utilisent cet outil car il permet d’atteindre un grand nombre de personnes même en milieu rural reculé. Les campagnes sont menées :

♦ par les élus des caisses ainsi que les agents qui sillonnent les villages et informent les populations sur la nécessité et les avantages de l’épargne par rapport à la thésaurisation (cas de la FECECAM par exemple) en insistant sur la souplesse des conditions d’adhésion et d’ouverture de compte ;

♦ par des animateurs et animatrices recrutés et formés à cet effet qui visitent les localités et y organisent des séances d’information et de sensibilisation en direction des groupes cibles ; les séances peuvent être de plusieurs types : représentations d’un sketch par une troupe théâtrale, exposés sur des exemples de membres ayant réussi grâce à l’épargne, etc. ;

♦ sous forme de messages par le relais de la presse : émissions dans les radios rurales et à la télévision à la FECECAM, affiches dans les langues locales ;

♦ par l’organisation de jeux permettant aux membres des caisses de gagner des lots (tirage de billets de tombolas à la FUCEC, jeux d’épargne dans les caisses de la FECECAM, etc.) ;

Malgré leur utilité, l’efficacité de ces campagnes est rarement mesurée et devrait être nuancée. Dans les monographies des caisses de la FECECAM au Bénin, les enquêteurs relèvent que l’information sur le fonctionnement de la caisse et sur ses avantages provient d’abord du “ bouche à oreilles ” entre parents, voisins et amis ou de la discussion avec le gérant beaucoup plus que des grandes réunions et des médias.

• Le développement de l’implantation de caisses

Tableau 11 : Le degré d’implantation des principaux systèmes visités

RESEAUX

NOMBRED E CAISSES

NOMBRE DE SOCIETAIRES

NOMBRE DE SOCIETAIRES PAR CAISSE

NIVEAU DE LA CAISSE

VILLAGE COMMUNE

PREFECT.

QUARTIER URBAIN

FUCEC (Togo) 142 91 501 644 X X

FECECAM (Bénin) 85 258 082 3 036 X X

RCPB (Burkina) 62 144 879 2 336 X X

CREDIT RURAL GUINEE 58 64 000 1 103 X X

FENACREP (Bénin) 52 11 853 228 X

NYESIGISO (Mali) 47 49 374 1 051 X X

CREDIT MUTUEL GUINEE 45 70 000 1 550 X X

KAFO JIGINEW 88 61 871 703 X X

CBDIBA (Bénin) 35 11 663 333 X

KONDO JIGIMA (Mali) 29 17 096 589 X

PASSEF (Bénin) 23 4 715 205 X

MISELI (Mali) 17 5 957 350 X

CANEF (Mali) 11 12 615 1 146 X X

WWBG (Ghana) 6 12 016 2 002 X

SYNORSEC (Togo) 5 1 828 323 X

CITI S & L (Ghana) 3 12 816 4 272 X

La plupart des réseaux ont accru leur présence par la multiplication du nombre de caisses ; c’est le cas notamment pour les grands réseaux mutualistes (la FUCEC, la FECECAM, le RCPB). Cette implantation s’est opérée dans deux sens : des centres urbains vers le monde rural et du milieu rural vers les villes. Le RCPB par exemple a ouvert sa première caisse en milieu rural (la Bougouriba) pour ensuite s’intéresser aux centres urbains avant de revenir à nouveau en milieu rural dans le cadre de sa politique d’expansion. La multiplication des caisses a permis aux réseaux d’accroître la collecte de l’épargne là où elle existe et d’en faire profiter l’ensemble des membres (ruraux comme urbains) sous la forme de crédits.

En plus des caisses, certains réseaux mettent en place des centres de collecte (WWBG au Ghana) ou de points de services (RCPB au Burkina) à proximité immédiate des marchés pour capter l’épargne des commerçantes qui ne peuvent s’éloigner très longtemps de leur lieu de travail.

Un des points qui font l’objet de débats est de savoir quels sont la taille et le niveau les plus adéquats pour favoriser l’épargne. Les caisses purement villageoises ont l’avantage de la proximité mais un volume d’activité souvent trop faible pour offrir les incitations suffisantes à un technicien paysan. Les caisses regroupant trop de monde sur une zone trop vaste perdent les avantages de la proximité et de la confiance. Les salariés se comportent comme des banquiers et les conseils d’administration ne connaissent plus réellement les emprunteurs. Une voie moyenne “ d’intervillageois maitrisé ” ou de quartier urbain bien identifié constitue souvent une bonne solution.

• Le développement du partenariat avec des systèmes autonomes

Les systèmes autonomes tels que les susu collectors au Ghana parviennent, grâce à une approche de proximité qu’eux seuls sont capables de mener à moindre coût, à collecter d’importantes sommes d’argent qu’ils reversent généralement dans les banques commerciales.

Certains systèmes intermédiaires ont tissé des relations de partenariat avec eux pour pouvoir ainsi amener dans leurs caisses une partie de cette épargne collectée. Ce partenariat a été possible grâce à la fourniture de services de caisse au-delà même des heures normales d’ouverture des guichets des banques. Ainsi, des systèmes comme CITI SAVINGS & LOANS (Ghana) proposent aux susu d’effectuer leurs opérations de versement tard dans la soirée et leur octroient même des avances en cas de besoin.

Ce type de partenariat avec des systèmes autonomes n’est cependant intéressant et possible qu’avec certains systèmes tels que les banquiers ambulants qui manipulent quotidiennement d’importantes sommes d’argent qu’ils ont tout intérêt à déposer en un lieu sûr et facilement accessible pour des raisons liées à la sécurité et à leurs besoins quotidiens de liquidité. Or, de tels systèmes n’existent pas dans tous les pays avec le même dynamisme si bien que cet outil ne peut être généralisé.

• Le développement de produits nouveaux et l’offre d’un taux d’intérêt attractif

On peut classer les réseaux en deux catégories en fonction de leur plus ou moins grande implication en matière de recherche de nouveaux produits d’épargne :

♦ d’une part, ceux qui bénéficient de lignes de crédit extérieures à des conditions très concessionnelles et qui, dès lors, ne font pas de la collecte de l’épargne une priorité car ils n’en tirent pas grand avantage compte tenu du coût de collecte rapporté au faible montant qu’ils peuvent collecter ; ces réseaux offrent généralement l’épargne de garantie et les dépôts à vue (souvent non rémunérés) ;

♦ d’autre part, les réseaux pour lesquels la capacité à octroyer du crédit est fonction du niveau de l’épargne collectée : ils recherchent l’épargne, mais la plupart ne proposent que les dépôts à vue (avec ou sans rémunération) ; on en distingue deux sous-catégories : les réseaux situés en zone UEMOA et ceux situés hors UEMOA.

⇒ Les systèmes situés dans les pays de l’UEMOA n’offrent pas de taux d’intérêt attractifs, probablement du fait de leur préoccupation d’atteindre rapidement l’équilibre financier du réseau, mais aussi du fait de la stabilité monétaire et de la libre convertibilité du FCFA dont jouissent ces pays.

⇒ A l’opposé, au Ghana qui connaît une forte dépréciation de sa monnaie et où la concurrence est forte entre les systèmes financiers non bancaires, les structures de microfinance proposent à leurs épargnants des taux d’intérêt élevés et essayent d’attirer l’épargne à terme en plus des dépôts à vue. Cette politique retarde évidemment l’atteinte de l’équilibre financier, mais permet d’accroître à terme leur portefeuille de prêts.

Il faut reconnaître que la stratégie de développement de produits nouveaux en matière d’épargne est encore à l’état embryonnaire dans la plupart des systèmes étudiés contrairement au crédit où de nombreux produits existent. Ceci est sans doute lié au fait que les réseaux parviennent aisément à atteindre de bons niveaux de collecte sans être obligés de rechercher des produits nouveaux.

En conséquence, tant que la situation actuelle perdurera, les réseaux ne verront pas la nécessité de développer de nouveaux produits, sauf s’ils mettent en place des produits de crédit à moyen terme nécessitant l’existence de ressources à plus long terme que les dépôts à vue.

La motivation essentielle de l’épargne reste, dans tous les réseaux, l’accès au crédit, même si d’autres motivations (sécurité, précaution,...) existent.

Les volumes d’épargne collectée tiennent beaucoup au type de clientèle des réseaux (urbaines ou rurales, absence ou présence de fonctionnaires et de gros commerçants, particularité du public féminin, zone d’implantation) mais aussi à la politique de crédit, au climat de confiance et à la possibilité d’accès à un refinancement. Le taux de rémunération de l’épargne semble, pour le moment, rester un facteur secondaire.

Des stratégies d’incitation et de développement de l’épargne commencent à se mettre en place mais reposent davantage sur une extension de nombre de caisses et de membres que sur des nouveaux produits ou des alliances avec le secteur autonome.

Exemples de stratégie d’épargne

Femmes membres de MISELI

Commerçante de l’antenne de Fadjiguila : Cette personne est membre de 2 tontines, la première journalière de 100 FCFA de 10 personne et l’autre de 5 000 FCFA par mois de 15 personnes. Elle épargne en plus 250 FCFA semaine à MISELI. Le tour des deux tontines et le crédit de MISELI servent à financer son activité. C’est avec les produits qu’elle prend en charge les dépenses de consommation, de santé et les autres dépenses sociales. Cette stratégie lui permet de décaler ses sources de revenus en fonction des dates de perception.

Pour cette personne, les tontines et MISELI sont complémentaires et pour l’instant ce dernier ne peut pas concurrencer les tontines car les crédits sont trop faibles.

Commerçante de l’antenne de Banconi : Cette personne est membre de 3 tontines, une hebdomadaire de 1 000 FCFA de 20 personnes, deux mensuelles de 2 500 FCFA de 16 personnes et de 7 500 FCFA de 32 personnes. Elle épargne en plus 500 FCFA par semaine à MISELI. Les tours de tontines sont pour la consommation et les problèmes sociaux et aussi pour construire petit à petit une maison. Le financement de l’activité est assuré par les produits financiers de MISELI.

En plus cette personne est présidente d’une tontine de 60 personnes spécialisée dans la préparation des fêtes et pour les problèmes familiaux des membres.

Cet exemple montre bien le décalage entre le montant d’épargne et les cotisations aux différentes tontines.

Femme sociétaire à la FECEACM

Cette femme de la caisse de Ménotin à Cotonou est titulaire d’un compte d’épargne dans une banque (BOA), de deux comptes à la poste et d’un compte à la FECECAM. L’épargne à la FECECAM est réalisée dans le but d’avoir un crédit. Les deux comptes à la poste sont pour ses deux enfants pour leur avenir. Le compte à la BOA sera utilisé en cas de difficulté car dans le cas où cette femme ne peut se rendre à la banque, elle peut envoyer un proche faire un retrait avec un chèque. Cela est impossible à la FECECAM car il faut prévoir à l’avance un mandataire.

Cas d’une femme cliente d’un banquier ambulant de Lomé

Cette personne, commerçante sur un marché, organise son épargne de manière à satisfaire quatre types de besoins. Elle a, auprès de son banquier ambulant, quatre cartes d’épargne :

la première de 5 000 FCFA par jour pour développer son activité ;

la deuxième de 1 000 FCFA par jour pour payer l’école privée de ses enfants ;

la troisième de 500 FCFA par jour pour payer son loyer ;

• la quatrième de 300 FCFA par jour pour ses dépenses personnelles.

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