III. RESULTATS 1 UPPS et BDI-II

IV.2 Rappel des résultats et interprétation

IV.2.1 Stop Signal

IV.2.1.1 Effet de la valence émotionnelle

Les résultats obtenus par l’analyse de variance à mesures répétées mettent en évidence un effet principal significatif de l’émotion sur les performances d’inhibition de réponses dominantes. Ce résultat est congruent avec les données de la littérature (Verbruggen & De Houwer, 2007) et va donc dans le sens de nos hypothèses. Plus précisément, les stimuli à valence émotionnelle ont un effet perturbateur sur les performances d’inhibition de réponses dominantes. Cela signifie que les stimuli à valence émotionnelle interrompent les processus cognitifs en cours, tels que l’inhibition de réponses dominantes, en capturant l’attention du participant. Cela implique donc que des SSRT ralentissent lors de la présence de stimuli émotionnels (visages de joie et de colère). Toutefois, les analyses statistiques n’ont pas révélé de différence entre le SSRT pour les stimuli émotionnels de colère et le SSRT pour les stimuli émotionnels de joie. On pourrait interpréter cela de la manière suivante. Les stimuli

émotionnels ont un même niveau d’activation (arousal) quelle que soit l’émotion perçue. Il serait alors intéressant de pouvoir évaluer le niveau d’activation (arousal) de ces stimuli afin de mieux comprendre le sens de l’influence des stimuli émotionnels, c’est-à-dire si l’effet est dû à la valence ou au niveau d’activation. Nous avons vu précédemment dans l’étude de Verbruggen et De Houwer (2007) que les stimuli émotionnels avec un haut niveau d’activation (arousal) ont une influence majeure sur le temps mis pour initier l’inhibition par rapport aux stimuli émotionnels de bas niveau d’activation (arousal). Ce résultat peut s’expliquer par la théorie de l’ « arousal » où les stimuli émotionnels avec un niveau d’activation (arousal) élevé sont cruciaux pour l’attention et provoquent plus d’interférence durant l’exécution de la tâche, tandis que la valence n’a pas d’effet (Schimmack, 2005 ; Verbruggen & De Houwer, 2007).

IV.2.1.2 Relations entre impulsivité et SSRT

Les analyses corrélationnelles ont révélé un lien significatif entre la variable SSRT-C (colère) et la dimension Manque de Préméditation. Ces résultats ne permettent pas de confirmer nos hypothèses, puisque nous attendions une corrélation significative entre la dimension Urgence et le SSRT_C (colère). Pour rappel, l’Urgence se caractérise par une difficulté à résister à des fortes réactions, surtout en présence d’affects négatifs. Quant au Manque de Préméditation, il s’agit d’une incapacité à prendre en compte les conséquences positives ou négatives d'une action. Les résultats obtenus signifient qu’il existe un lien entre les performances d’inhibition de réponses dominantes dans la condition émotionnelle de colère et la dimension Manque de Préméditation. Ce résultat inattendu pourrait s’expliquer par le fait que certains items du questionnaire UPPS évaluant l’Urgence sont saturés avec le Manque de Préméditation. Par exemple : (items 36) « J’aggrave souvent les choses parce que j’agis sans réfléchir quand je suis contrarié(e) », (item 24) « Quand je suis contrarié(e), j’agis souvent sans réfléchir », (item 45) « Parfois je fais des choses sur un coup de tête que je regrette par la suite ». Ces items évaluant la dimension Urgence sont en lien avec le processus de prise de décision sous tendant la dimension Manque de Préméditation. Une autre raison pourrait être que probablement, les participants n’étaient suffisamment pas d’humeur négative et donc ne manifestaient pas des fortes réactions.

L’analyse de régression multiple a permis d’identifier les dimensions de l’impulsivité prédisant le SSRT_C. Les résultats de cette analyse mettent en évidence une association significative positive entre le Manque de Préméditation et le SSRT_C. Cette association va également à l’encontre de nos hypothèses, car nous attendions à nouveau une relation avec la

dimension Urgence. Cela signifie que des difficultés accrues à inhiber des réponses dominantes dans la condition de visage exprimant la colère (SSRT_C élevé) sont dues à un score élevé de Manque de Préméditation. Ainsi, l’obtention d’un score élevé de Manque de Préméditation prédit des mauvaises performances d’inhibition de réponses dominantes lors de la présentation de stimuli émotionnels de colère. Ces résultats peuvent trouver une explication dans les données de la littérature. En effet, comme nous l’avons vu plus haut, selon Bechara et Van der Linden (2005), le Manque de Préméditation serait associé à des processus reliés à la capacité de prise de décision. Ces processus comprennent à la fois des processus contrôlés, comme les capacités d’inhibition, et des processus automatiques, non conscients, associés aux marqueurs somatiques (ou émotionnels). Une des études qui a montré ce lien entre manque de préméditation et les processus de prise de décision est celle de Zermatten et al. (2005). La tâche utilisée afin d’évaluer les processus de prise de décision était la Iowa Gambling Task, qui simule une situation réelle, dans laquelle le participant doit faire des choix. Les auteurs ont en effet trouvé que seul le Manque de Préméditation est relié à des décisions désavantageuses dans cette tâche. Dans cette étude, les processus de prise de décision sont influencés par les marqueurs somatiques, à savoir que les signaux émotionnels facilitent les processus cognitifs même non conscients (Bechara, Damasio, Tranel & Damasio, 2005). Il y a par contre d’autres tâches qui requièrent des capacités de prise de décision mais contrôlées.

Cela signifie que le participant est conscient de la situation et il va donc réfléchir sur les conséquences de ses actes. Dans le cas de la tâche du Stop Signal, le participant doit s’empêcher de répondre lorsqu’un signal sonore est présenté. En d’autres termes, le participant doit inhiber ses réponses dominantes lors du signal sonore. Afin d’obtenir des bonnes performances dans l’inhibition de réponses dominantes, il est nécessaire d’avoir des capacités de prise de décision. C’est-à-dire que pour pouvoir inhiber une réponse dominante devenue automatique, il est nécessaire avoir les capacités de pouvoir décider, à savoir prendre la décision au bon moment, lorsque le signal sonore est présenté. Compte tenu du lien étroit qui existe entre les processus de décision et le manque de préméditation, l’association retrouvée entre le SSRT_C et cette facette paraît cohérente.

Une seconde association significative, mais cette fois négative, a émergé de cette analyse. La Recherche de Sensations est également reliée au SSRT_C. Ces résultats ne vont pas dans le sens de nos hypothèses, puisque nous attendions une relation avec l’Urgence. Cela signifie que des bonnes performances dans l’inhibition de réponses dominantes dans la condition émotionnelle de colère (SSRT_C bas) sont dues à un score élevé de Recherche de Sensations.

Comme nous l’avons vu précédemment, la Recherche de Sensations est une dimension associée fortement à des renforcements positifs, dépendant des aspects motivationnels de l’impulsivité. Plus précisément, cette dimension correspondrait à une tendance vers la récompense, ainsi que vers un comportement d’approche traduit par une majoration de l’activation comportementale (BAS élevé) (Bilieux et al., 2008). La récompense et les renforcements positifs peuvent également être associés à des systèmes motivationnels d’évitement. Ainsi, ces systèmes motivationnels d’approche et d’évitement seraient en interaction avec les processus exécutifs liés à l’autorégulation (Van der Linden, Rochat &

Billieux, 2006).

Les participants ayant donc obtenu un score élevé dans la Recherche de Sensations dans le questionnaire UPPS de l’impulsivité associé à des bonnes performances d’inhibition de réponses dominantes correspondraient à un profil de personnes qui aiment prendre des risques

« contrôlés » (Van der Linden et al., 2006). Cela signifie que la personne est motivée et donc s’engage à prendre des risques tout en étant conscient de ses propres limites. Ce qui expliquerait le sens du dernier résultat concernant le lien entre la Recherche de Sensations et des meilleures performances d’inhibition de réponses dominantes dans la condition de colère.

Si les associations ont été observées précisément avec la colère, cela est sans doute dû au niveau d’activation (arousal) provoqué par la valence négative de cette émotion.

De plus, les résultats obtenus par les analyses de variance à mesures répétées pour les temps de réaction des essais « go », mettent en évidence un effet principal significatif de la valence émotionnelle colère des stimuli. Plus précisément, les temps de réaction des essais « go » sont plus élevés lorsque les stimuli représentent des visages exprimant la colère. Ceci renvoie à la théorie de Pratto et John (1991) où la valence émotionnelle négative a une influence plus marquée que la valence émotionnelle positive. Leur étude se base sur le fait qu’il y aurait un système cognitif automatique qui dirige l’attention sur les stimuli négatifs.

IV.2.2 Recent Negative Task

IV.2.2.1 Effet de la condition expérimentale (récente vs non-récente)

L’analyse de variance à mesures répétées a révélé un effet principal significatif de la condition récente indiquant que la condition récente engendre un nombre d’erreurs plus important que la condition non-récente. Cela signifie que l’absence de mot-cible sera mieux détectée (donc en réponse négative) lorsque ce mot fait partie de la condition non-récente. Au contraire, la condition récente engendre plus de doute par rapport à la reconnaissance des mots-cibles. Ceci s’expliquerait par la présence de l’interférence dans cette condition, où les

mots ont été présentés récemment ne permettant pas un bon encodage et ainsi une confusion entre eux. L’information reçue en condition récente, plus fraîche, n’aurait donc pas pu être encodée suffisamment en mémoire de travail.

IV.2.2.2 Interaction condition expérimentale*valence émotionnelle

Un second résultat obtenu de l’analyse de variance à mesures répétées est une interaction significative entre la condition expérimentale (récente et non-récente) et la valence émotionnelle. Afin de déterminer plus précisément l’influence des stimuli émotionnels sur les processus de résistance à l’interférence proactive en mémoire de travail, des analyses de contraste a posteriori ont été effectuées. Les résultats de ces analyses indiquent que la condition comprenant des mots positifs suscite significativement plus d’erreurs que les deux autres conditions émotionnelles, mais seulement dans la condition récente. Cela signifie que le participant a des mauvaises performances de résistance à l’interférence proactive lors de la présentation de mots positifs dans la condition récente. Plus spécifiquement, il présente une difficulté dans la reconnaissance des mots positifs, lorsqu’ils sont présentés de manière récente, à savoir l’information n’est pas retenue.

Ces résultats vont dans le sens inverse de nos hypothèses, puisque nous avons obtenu des résultats en contradiction avec les données de la littérature (Levens & Phelps, 2008). Nous nous attendions à trouver un meilleur encodage des stimuli à valence émotionnelle, donc une moindre présence d’interférence proactive dans les conditions émotionnelles. Il y aurait deux raisons méthodologiques qui expliqueraient cet effet perturbateur de la valence émotionnelle des stimuli sur le processus de résistance à l’interférence proactive en mémoire de travail.

Premièrement, notre tâche comporte un nombre moins élevé de stimuli que celle de Levens et Phelps (2008). Cela implique donc que les mots se répètent plus fréquemment entraînant ainsi une certaine familiarité ce qui rend la tâche plus facile. Deuxièmement, le temps de présentation des stimuli est plus rapide dans notre tâche que dans l’étude de ces mêmes auteurs. Ceci peut rendre la valence émotionnelle des stimuli moins saillante et donc plus difficile à percevoir.

IV.2.2.3 Relations entre impulsivité et interférence proactive

Les résultats des analyses corrélationnelles indiquent qu’il n’y a pas de lien significatif entre les quatre dimensions de l’impulsivité et le processus de résistance à l’interférence proactive alors qu’on aurait attendu le Manque de Persévérance. Cela signifie que les performances de résistance à l’interférence proactive ne dépendent d’aucune dimension de l’impulsivité. Nous

supposons que cela pourrait être dû à l’influence de l’ordre contre-balancé des conditions émotionnelles. Le fait d’avoir commencé par une certaine condition émotionnelle et suivi par une autre, pourrait avoir causé ce résultat.

Dans le document Quelle est l'influence de la valence émotionnelle des stimuli dans les processus d'inhibition sous-tendant l'impulsivité ? (Page 35-40)