Une prérogative francophone : l’accès au réservoir de coopérants français

In document LA FRANCOPHONIE EN ASIE Monographie de l espace social francophone de Huê ( ) (Page 193-200)

NOTICE

VII. RELATIONS CULTURELLES ET POLITIQUES FRANCOPHONES DANS LA PROVINCE DE THUA THIEN HUE

VII.2. DU PARTENARIAT AUX RESEAUX INTERPERSONNELS

VII.2.2. Une prérogative francophone : l’accès au réservoir de coopérants français

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administratifs qui ne se fondent pas sur des critères consignés. Cette difficulté de définition de la conformité locale a un caractère bloquant (p.231).

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Aupelf-Uref de l’Agence Universitaire Francophone. Ces deux partenaires essayent de coordonner localement les actions de coopération institutionnelle initiées par l’Ambassade de France à Hanoi et les Bureau d’Asie du Sud-Est de l’Agence Universitaire Francophone. Ainsi, le personnel du Centre à Huê travaille avec un conseiller pédagogique chargé des Filières Universitaires Francophones et avec un conseiller pédagogique chargé des classes bilingues du primaire et du collège. Cette liste ne peut être exhaustive car le Centre entre en relation plus ou moins régulièrement avec un grand nombre d’associations ou d’organismes. Par exemple, il collabore pour la formation francophone touristique avec l’association CODEV (Coopération et Développement). Cette Organisation non gouvernementale est active dans les domaines du tourisme, de l’aide au développement et de l’éducation. Le Centre s’associe également avec l’Association des Amis de Huê animée par des Vietnamiens installés en France. La CODEV, subventionnée par l’Ambassade et la région Nord/Pas-de-Calais, a installé la Biblio/ludothèque de l’école primaire Mam Non l, et prévoit d’en équiper deux autres, à Mam Non 2 et à Hoi An. De façon plus diffuse, le Centre de français est en relation avec la communauté française expatriée à Huê. Parmi la soixantaine d’expatriés résidant à Huê, (vingt Indiens, quinze Hollandais, trois Américains, deux Allemands, des Suisses et des Belges192), le nombre de coopérants français varie entre dix et vingt. L’absence de scolarisation en français est un handicap pour les couples avec enfants. La moitié d’entre eux restent pour une durée égale ou supérieure à un an, les autres viennent suivre un projet ou sont stagiaires pour quelques mois. Ils prêtent leur concours à l’organisation des examens et aux rencontres culturelles avec les « apprenant le français ».

VII.2.3. Enseignements et stratégies d’apprentissage VII.2.3.1. Les formules d’enseignements

VII.2.3.1.1. Le télé-enseignement

Le Ministère de l’Education a accepté la formule de formation et de formation continue à distance proposée par les universités françaises en signant le 22 juillet 1994 avec l’Ambassade de France une première convention et le 10 octobre 1996, une deuxième, en

192 RAVENEAU, Jean Pierre, op.cit., p.7.

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matière de coopération pour la formation à distance des enseignants vietnamiens de français du secondaire, au niveau linguistique et méthodologique. Pour la phase pilote de ce développement prévu à long terme, le Ministère a chargé l’Ecole Nationale de Langues Étrangères de l’Université Nationale de mettre en place le programme-pilote de formation continue des enseignants de français de quinze provinces du Nord du Vietnam. Depuis le début, plus de trois cents enseignants de français du secondaire ont déjà participé à ce programme qui a été élargi à l’ensemble du Vietnam. Au niveau de Huê et du Centre français de Huê, Il s’agit de cours envoyés et corrigés par l’Université de Rouen, de la licence au doctorat. C’est une formation continue sur l’année sous forme de cours du soir.

Les cours du téléenseignement sont des cours de linguistique (Sciences du langage mention français langue étrangère et Linguistique appliquée) ceci afin d’apporter un soutien pédagogique aux enseignements de français à Huê et dans la région centrale. Le Centre de français a collaboré avec l’Université de Rouen et joue le rôle d’intermédiaire depuis l’ouverture de la formation à distance en 1996. Cette formation se limitait à ses débuts aux professeurs de l’Université de Huê. Son public s’est diversifié. Il se compose actuellement des enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur ainsi que les employés du Centre de français et ceux d’autres organismes. Le public s’est également accru. En 1994-1995, dans le cadre de l’Ecole Normale Supérieure nous comptons six inscrits en Maîtrise ; en 1995-1996, il y en a onze et en 1996-1997 dix-sept pour ce même niveau. Pour l’année 1999-2000, il y a trente inscriptions, dont une en doctorat et six en DEA. Pour l’année 2000-2001, les effectifs sont composés de deux doctorants ès lettres, d’un doctorant en formation en France, de six apprenants en DEA et de trente pour le niveau licence et Maîtrise.

VII.2.3.1.2. Les formations de français général et spécialisé.

Il y a trois types de cours de français spécialisé : le français médical, le français de l’hôtellerie du tourisme et le français architectural. Les cours de français spécialisé se font en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris qui donne accès à ses examens, sous la tutelle et avec la logistique du Centre pour l’organisation des examens.

Le Centre de français de Huê prend en charge les frais d’inscription et de dépassement pour les huit meilleurs élèves des Classes de Français Spécialisé Hôtellerie/Tourisme. Les

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cours se font aussi en collaboration avec la Région Poitou-Charentes qui envoie en France pour l’année 2000 quinze personnes dans des écoles hôtelières, des hôtels, des restaurants et des organisations touristiques de Poitou-Charentes

VII.2.3.1.3. La formation continue pour adultes

La formation pour adultes (cours du soir) est supportée par les deux partenaires, l’Ecole Normale Supérieure, en termes de locaux et le Centre de français en terme de coût. Le Centre de français rémunère les professeurs, paie la location des salles et encaisse les inscriptions193. Les cours sont payants, sauf accord avec une administration pour un programme gratuit en échange d’une salle gratuite. La méthode utilisée est le manuel d’apprentissage « Nouvel Espace ». Le nombre de classes varie de six à douze suivant les années et le nombre d’apprenants par classe est de vingt à trente. Chaque centre a un coordinateur de programme, rémunéré par le Centre de français pour veiller au bon déroulement des cours : distribution des magnétophones, remplacement des professeurs absents, organisation des examens. Mais ces coordinateurs, très occupés par leurs postes d’enseignants dans le système scolaire vietnamien, ne font pas de suivi pédagogique194. Les enseignants travaillant dans ces programmes conjoints gagnent le double du salaire de ceux qui ne se consacrent qu’aux programmes vietnamiens. Ces postes sont donc convoités, les professeurs réclament deux ou trois classes (12 ou 18 h) de cours du soir en plus de leur enseignement ordinaire.

VII.2.3.2. Stratégies d’apprentissage et solidarité interpersonnelle

Le télé-enseignement, la formation continue pour adultes et l’enseignement du français général proposés par le Centre de français sont sanctionnés par trois séries d’examens et trois diplômes : les diplômes élémentaires en langue française (DELF) de premier et deuxième degré et le diplôme avancé (DALF)195. Le premier degré se présente au bout de trois années d’apprentissage et le deuxième degré à partir de cinq années. Le diplôme

193 Entre vingt mille et quarante mille dôngs par trimestre suivant les enseignements (inscription aux examens en sus : trente mille dông par session.), Cf. Fiches FRNCNGR et NACENFOL, documents internes, Centre français, Huê, juin 1999.

194 RAVENEAU, Jean Pierre, op.cit., p.9.

195 Cf. l’organisation des enseignement pour le DELF et DALF en annexe 9, p.380.

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avancé s’obtient quant à lui au bout d’un nombre total de dix ans. Cependant, suivant leur niveau de français lors de leur inscription aux enseignements organisés par le Centre de français, les apprenants peuvent intégrer un niveau intermédiaire. Pourtant, la possession du DELF est obligatoire pour la présentation du DALF. Pour l’année 2000, les examens du DALF et du DELF ont attiré quatre-vingt-onze candidats qui s’y inscrivent à plusieurs niveaux en même temps. Ce sont des médecins à quarante pour cent, des étudiants à vingt-sept pour cent, des lycéens à vingt deux pour cent et des enseignants pour vingt-sept et demi pour cent d’entre eux. Les employés et les fonctionnaires composent les trois pour cent restants196.

Graphique n° 20 : répartition des inscrits aux DLF (DELF et DALF) à Huê suivant leur profession pour l’année 1999- 2000 :

VII.2.3.2.1. Stratégies d’apprentissage et objectifs linguistiques

Les deux principaux contingents d’apprenants candidats aux examens en français élémentaire ou avancé sont constitués par les médecins d’une part et les scolaires d’autre part. Ces deux populations adoptent une stratégie similaire de formation francophone dans laquelle la sanction de la compétence est aussi importante que la compétence francophone elle-même. Ces deux groupes de population scolaire et médicale participent à des programmes très sélectifs de bourses francophones. Pour les élèves inscrits de niveau licence et maîtrise, la réussite aux concours francophones permet soit le financement d’un stage de DEA dans une université française et un poste d’enseignant à leur retour soit le financement de leurs études à Huê dans le cadre des accords entre l’Ecole Normale

196 PHAN THI KIM, Liên, Le Centre français de Huê, Rapport de stage, unité SL 4642, Institut de français langue étrangère, département des sciences du langage et de la communication de l’Université de Bordeaux, Centre de français, Huê, juillet 2000, p.13.

40%

27%

8% 3%

22%

Médecins Etudiants Lycéens Enseignants Employés

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Supérieure et l’Antenne de coopération linguistique locale. Pour les médecins (sept bourses par an pour l’ensemble du Vietnam en 2000), le principe de la compétition sélective, avec deux pour cent de réussite en moyenne (p.292), demeure pareillement. La filière médicale francophone débute par la réussite du diplôme de français langue étrangère avancée qui se présente comme une garantie minimale de la volonté francophone et de la capacité linguistique pour une spécialisation en français médical. Lui seul permet de concourir, au niveau local puis national197, pour l’entrée dans le programme très convoité des « Faisant Fonction d’Interne » (p.294). Ces deux groupes de candidats ont également en commun (lycéens ou étudiants et médecins) de cumuler formation francophone et apprentissage dans le système général vietnamien (lycée, université, centre hospitalier universitaire). Ils renforcent ainsi leur cursus national par une compétence linguistique internationale. Cette compétence linguistique revêt alors deux intérêts principaux : elle permet d’avoir accès à l’information scientifique francophone et elle permet de participer aux programmes de bourses et de stages vers la France (ce qui peut représenter une occasion unique dans la vie d’un Vietnamien francophone). La participation aux examens francophones ne peut pas être détachée de la volonté des apprenants de profiter du pécule francophone. Cela est compréhensible sur le long terme pour les étudiants qui doivent alimenter financièrement leur investissement intellectuel (celui-ci n’est pas inscrit comme formation continue dans un cursus professionnel et donc ne fournit pas d’argent) mais cela demeure également essentiel pour le public francophone qui fait le choix d’un apprentissage sur un plus court terme. C’est le cas pour les populations de candidats minoritaires aux inscriptions pour notre période de référence, la session d’examens de mai 2000 : les employés et les professeurs. La distribution des inscriptions suivant l’appartenance socioprofessionnelle des candidats entre en contradiction avec la composition du public des apprenants (p.177) qui se caractérise par une forte représentation des inscriptions en français du tourisme principalement suscité par les employés d’entreprises (d’Etats) de tourisme ou par les acteurs touristiques privés (ou leurs enfants) de Huê. Or les employés inscrits pour les examens francophones ne représentent que trois pour cent des participants pour l’année 2000. Cette réalité des

197 « Tous ces médecins vietnamiens sont envoyés à Hanoi, regroupés trois fois par an dans leur spécialité et les meilleurs aux examens pour tout le pays, dans leur spécialité et en français, ils sont envoyés en France pour un stage d’un an comme faisant fonction d’interne » (Hôpital central, Huê, 2000).

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inscriptions corrobore nos propos sur l’aspect conjoncturel (suivant le développement du secteur touristique) et à court terme de l’apprentissage dans cette catégorie de public d’apprenants francophones. Le français ne va pas servir à l’obtention d’un diplôme pour participer aux circuits de compétition afin d’intégrer les systèmes de bourses francophones ou de stages pour la France ou pour être embauché dans une organisation francophone au Vietnam. Cet apprentissage bref du français sert la promotion interne dans les entreprises touristiques de Huê ou la captation d’un marché touriste francophone pour les commerçants, les restaurateurs et les hôteliers privés. La sanction par un diplôme n’est pas nécessaire, le principal objet étant la compétence linguistique en elle-même et son application directe dans l’activité professionnelle avant même que celle-ci soit parachevée.

C’est un comportement exemplaire, de la part des apprenants francophones, de l’application du principe de réduction du coût francophone. La diplômation apparaît comme une perte de temps (cours préparatoires supplémentaires, assiduité obligatoire, déplacement à Da-Nang, à Hanoi ou à Hô Chi Minh-Ville suivant les niveaux d’examens) au détriment du temps de travail rémunérateur (dont la perte s’ajoute au frais supplémentaires d’inscription aux examens et de déplacement). Cependant, la volonté de diplômation demeure, même faible, dans cette catégorie de public apprenant le français du tourisme. Elle émane de la population que nous avons regroupée avec le français spécialité touristique : les « apprenant le français des Affaires ». Ce public de candidats envisage l’apprentissage sur le plus long terme que le public du français touristique à proprement parler. Il poursuit une intégration dans le système de stages francophones pour l’apprentissage en France. Il s’agit alors de personnel des relations internationales des universités, des organisations politiques locales, qui est encouragé et financé par son milieu professionnel pour se qualifier en français des Affaires et faire office d’interface avec le marché francophone pour l’institution qui a favorisé cet apprentissage. C’est à peu de chose près le cas également pour les enseignants francophones vietnamiens qui se présentent aux examens (huit pour cent) excepté le fait que la qualification a lieu au profit d’un cursus et d’un département universitaire. L’encouragement (financier) à l’apprentissage est un facteur important du développement de la francophonie dans un pays de tradition confucéenne198. Ce soutien financier prend plusieurs formes comme

198 En plus des facteurs explicatifs d’ordre économique ou démographique favorisant l’investissement en formation en Asie du Sud-Est, Miche Vernières propose de considérer que « Pour les pays sinisés,

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