Le « modèle concurrentiel »

Dans le document résumé de l'Économie du bien commun • Economie et Gestion (Page 140-168)

Dans le paradigme du marché concurrentiel, les acheteurs et les entreprises sont supposés trop petits pour pouvoir affecter les prix des marchés sur lesquels ils échangent (en d’autres termes, faire monter les prix en restreignant leur offre ou les faire baisser en diminuant leur demande ; leur comportement individuel n’a qu’un effet négligeable sur le prix du marché). Ils ont une connaissance parfaite des prix en vigueur et de la qualité des produits, et ils se

comportent de façon rationnelle et selon leur libre choix, les acheteurs maximisant leur surplus de l’échange et les entreprises leur profit. Sans nécessairement pouvoir prédire précisément l’avenir, ils ont des anticipations rationnelles sur ce qui va se passer pour tout événement futur.

Ce modèle était appliqué pour expliquer comment l’offre et la demande s’équilibrent sur les différents marchés, ce qui permet d’étudier les phénomènes d’« équilibre général » : par exemple, un changement d’offre sur un marché affecte les autres marchés, d’une part par les relations de complémentarité ou de substituabilité entre produits (si j’achète un smartphone fonctionnant sous Android, j’achèterai aussi un étui compatible et des applications pour smartphones Android) et d’autre part par des effets de revenu (le changement de prix induit sur ce marché affecte la consommation du produit et le revenu disponible sur ce produit et sur les autres produits, même si ces derniers n’ont aucune relation directe avec le marché affecté – si les jeunes paient un loyer plus élevé pour leur logement, ils consommeront moins de biens consommés d’habitude par cette classe d’âge).

Ce fut là une étape importante du développement de la théorie économique, mais qui présente deux défauts intrinsèquement liés. Ses implications pour la politique économique n’étaient d’une part pas évidentes : l’absence de friction (marchés concurrentiels, information symétrique, rationalité, etc.) fait que les marchés sont efficaces. Dès lors, la seule politique publique à considérer est la progressivité de l’impôt sur le revenu, ce qui rendrait aujourd’hui inutiles bien des ministères, des autorités indépendantes et des collectivités territoriales ! D’autre part, ce modèle ne dépeint pratiquement aucune des situations que j’aborde dans ce livre.

Depuis, l’économie a beaucoup affiné ses connaissances : comment étudier une concurrence imparfaite sur un marché avec un petit nombre de vendeurs ou d’acheteurs et en déduire des préceptes pour le droit de la concurrence ; comment incorporer les asymétries d’information sur les prix et la qualité des biens ou même le manque de connaissances sur les partenaires avec qui nous pouvons échanger, pour prédire d’autres défaillances de marché et y remédier ; comment ajuster les prédictions tirées de l’hypothèse de comportement rationnel en incorporant les déviations observées par rapport à ce comportement ; comment analyser les implications de la séparation dans l’entreprise entre droits de propriété (appartenant aux investisseurs) et contrôle réel (souvent aux mains des dirigeants, dont les intérêts peuvent diverger de ceux des investisseurs) ; etc. L’introduction de

ces « frictions » par rapport à l’ancien modèle est un travail de longue haleine, mais qui porte ses fruits. Les modèles sont devenus moins parcimonieux (ils font intervenir plus de considérations), mais ils permettent d’étudier un certain nombre de questions nouvelles essentielles pour la politique publique et les stratégies d’entreprise.

Même dans le monde de renards qui prévaut aujourd’hui, certains sont « plutôt renards » et d’autres « plutôt hérissons ». Les hérissons cherchent toute leur vie, guidés par une idée fixe, et souvent tentent de convaincre des disciples d’emprunter la même voie qu’eux. Ils prennent un risque louable pour défendre un paradigme qu’ils jugent important, voire englobant. Les renards regardent plutôt avec suspicion les théories globalisantes, et, bâtissant à partir de plusieurs approches, se remettent plus souvent en cause. Ils passent d’une recherche à une autre quand ils estiment avoir atteint des « rendements décroissants » dans la précédente. Aucun des deux styles n’est supérieur à l’autre, et la science a besoin de renards et de hérissons ; de même que la recherche procède par allers-retours entre théorie et expérience, elle fait des allers-retours entre renards et hérissons (chacun d’entre nous est même parfois renard et parfois hérisson). D’ailleurs, l’expérience semble montrer que le monde de la recherche récompense les deux28.

Vaut-il mieux être un économiste renard ou un économiste hérisson dans le débat public ? Nous savons peu de chose sur ce sujet, mais les travaux du psychologue Philip Tetlock, de l’université de Pennsylvanie, sur les experts en science politique sont fascinants29. Schématiquement, Tetlock apporte deux réponses à cette question. La première porte sur la réception des idées des universitaires dans le débat public. Les hérissons n’irritent que ceux qui sont opposés à leurs vues. Les renards s’attirent les foudres de tout le monde, car en utilisant des savoirs divers, ils ne ménagent aucune sensibilité. De plus, les renards, prenant en compte plus de paramètres, mettent souvent des bémols sur leurs recommandations, émoussant ainsi la patience de leur auditoire qui désire des certitudes, et n’attirant pas l’intérêt des plateaux de

télévision (de fait, le côté « renard » poussé à l’extrême peut conduire à une pléthore de recommandations ; les renards doivent parfois se faire violence et sélectionner une recommandation qu’ils jugent plus raisonnable). Les médias préfèrent les hérissons.

Deuxièmement, Tetlock a étudié pendant presque vingt ans les prédictions de 284 experts en science politique, leur demandant au total 28 000 prédictions : par exemple sur la chute de l’Union soviétique, la probabilité de scission d’États-nations, la guerre en Irak ou le déclin de partis politiques puissants. Il divise ces experts entre renards et hérissons sur la base de quatorze critères30. Il classe aussi les experts en fonction de leurs opinions politiques. Cette dimension n’est pas tout à fait indépendante du style cognitif de l’expert. De façon peu surprenante, les renards ont plus de chance que les hérissons de se trouver au centre qu’aux deux extrêmes de l’échiquier politique. Ces opinions politiques n’influent d’ailleurs que peu sur le taux d’erreur. Par exemple, dans les années 1980, les experts de gauche étaient aveuglés par leur basse opinion de l’intellect de Reagan, tandis que ceux de droite étaient complètement obsédés par la menace soviétique. En revanche, des enseignements plus riches concernent le style cognitif. Les renards produisent de bien meilleures prédictions. Ils ont davantage conscience de la probabilité (non négligeable) qu’ils se trompent. À l’inverse, Tetlock prend comme exemples de hérissons Marx et les libertaires31, adeptes d’une vision simple du monde et dont les grandes prédictions ne se sont jamais matérialisées. Pas facile de tirer des conclusions définitives de cette étude innovante, même si elle porte sur un échantillon tout à fait considérable. D’autres études devraient être conduites dans d’autres domaines.

IV. LE RÔLE DES MATHÉMATIQUES

Parmi les sciences sociales et humaines, l’économie est celle qui fait le plus usage de l’outil mathématique ; plus qu’en sciences politiques qu’en droit (y compris en droit économique) ou même qu’en biologie évolutionniste ; et certainement beaucoup plus qu’en sociologie, en psychologie, en anthropologie et en histoire. À ce titre, l’économie est souvent l’objet de critiques : trop formalisée, trop abstraite.

La mathématisation de l’économie est relativement récente, même si au

XIXe siècle, les ingénieurs-économistes français (Antoine-Augustin Cournot, Jules Dupuit, Joseph Bertrand), Léon Walras et Wilfredo Pareto à Lausanne, Johann Heinrich von Thünen en Allemagne, Francis Edgeworth à Oxford et William Stanley Jevons à University College London par exemple n’hésitaient pas à formaliser leur discipline. L’économie s’est progressivement mathématisée au XXe siècle, avec une accélération de la tendance dans les années 1940 et 1950. Les travaux de nombreux grands économistes de l’époque, comme Ken Arrow, Gérard Debreu et Paul Samuelson, furent à l’économie ce que les œuvres de Bourbaki32 furent aux mathématiques. Ils organisèrent la pensée économique en la formalisant. Plus important encore, ils formalisèrent et vérifièrent (ou infirmèrent) la logique d’aperçus innovants mais flous dus aux grands économistes classiques, d’Adam Smith à Alfred Marshall. Ce fut un passage obligé, sur lequel les

travaux suivants construisirent ; mais il fallait passer ensuite à autre chose. Comme dans les sciences physiques ou de l’ingénieur, les mathématiques interviennent à deux niveaux : la modélisation théorique et la validation empirique. Il ne peut y avoir de fortes controverses sur la nécessité d’utiliser l’économétrie (la statistique appliquée à l’économie) pour analyser les données. Car un prérequis pour la décision est l’identification des causalités. Une corrélation et une causalité sont deux objets distincts ; comme s’en amusait Coluche : « Quand on est malade, il ne faut surtout pas aller à l’hôpital : la probabilité de mourir dans un lit d’hôpital est dix fois plus grande que dans son lit à la maison », un non-sens complet même si l’on tient compte des maladies nosocomiales. On dit qu’il y a relation de corrélation, mais pas de causalité (sinon, il faudrait supprimer les hôpitaux). Et seule une stratégie empirique fondée sur l’économétrie permettra d’identifier un impact causal et donc de faire des recommandations de décision économique.

Plus controversée est l’utilisation de modèles s’attachant à capturer la substantifique moelle du problème. Comme je l’ai indiqué, tout modèle est une représentation simplifiée, parfois de façon outrancière, de la réalité, même si des recherches ultérieures permettront d’approfondir et de gommer certaines lacunes. Ainsi que le dit Robert Solow dans les premières lignes de son célèbre article sur la croissance (qui lui valut le prix Nobel) :

Toute théorie repose sur des hypothèses qui ne sont pas tout à fait vraies. C’est ce qui en fait de la théorie. L’art d’une bonne théorisation est de faire des hypothèses simplificatrices de telle manière que les résultats définitifs n’y soient pas très sensibles. Une hypothèse « cruciale » est une hypothèse sur laquelle reposent les conclusions, et il est important que les hypothèses cruciales soient raisonnablement réalistes. Lorsque les résultats d’une théorie semblent découler spécifiquement d’une hypothèse cruciale, alors si l’hypothèse est douteuse, les résultats sont suspects33.

Malgré ses défauts, ce modèle est, à mes yeux, indispensable pour plusieurs raisons. Tout d’abord il guide le travail empirique ; sans modèle à tester, les données ne révèlent pas grand-chose d’utilisable pour la politique économique. Le modèle permet l’analyse de bien-être et par là la politique économique. Ensuite, parce que l’écriture même du modèle crée une discipline de pensée. Elle force l’économiste à expliciter ses hypothèses, créant une certaine transparence dans le raisonnement (les autres pouvant alors juger sans confusion de leur tolérance pour l’hypothèse). Cette écriture force également à vérifier la logique de l’argument, puisque parfois notre intuition est trompeuse.

Comme le dit fort bien l’économiste d’Harvard Dani Rodrik34, les économistes utilisent les mathématiques non pas parce qu’ils sont intelligents, mais parce qu’ils ne le sont pas assez :

Nous avons besoin des mathématiques pour nous assurer que nous pensons logiquement – pour veiller à ce que nos conclusions découlent de nos prémisses et nous assurer que nous n’avons négligé aucun détail dans notre argument. En d’autres termes, nous utilisons les maths non pas parce que nous sommes intelligents, mais parce que nous ne sommes pas assez intelligents… Nous sommes juste assez intelligents pour reconnaître que nous ne sommes pas assez intelligents. Et cette acceptation, je le dis à nos étudiants, les différenciera de beaucoup de gens aux opinions très fortes sur ce qu’il faut faire quant à la pauvreté et au sous-développement.

Enfin, l’écriture et la résolution du modèle nous font réfléchir à d’autres idées (si les hypothèses mènent à des conclusions falsifiées, sont-elles inappropriées ou manque-t-il quelque chose à la modélisation ?)

Pour autant, la mathématisation ne va pas sans coûts. Premièrement, elle est parfois difficile et les premiers essais pour étudier un sujet se font souvent

« à la louche » ; d’où la nécessité d’être patient, alors que l’on demande à l’économiste des suggestions immédiates de politique économique. Il y a encore quarante ans, on ne savait pas ou peu modéliser les anticipations, l’interaction entre entreprises, l’information asymétrique ; des pans entiers de l’économie étaient donc difficiles à formaliser. Deuxièmement, les économistes parfois ont ce biais de « regarder sous le lampadaire » (en référence au comportement consistant à chercher un objet sous le lampadaire parce que c’est là qu’il y a de la lumière, et non pas forcément là qu’on l’a perdu). La macroéconomie, par exemple, pendant longtemps s’est référée à un « agent représentatif » (en d’autres termes, elle supposait que tous les consommateurs étaient identiques) simplement parce que cela rendait le modèle plus aisé à analyser ; aujourd’hui, cette hypothèse est souvent abandonnée, car les consommateurs diffèrent dans de nombreuses dimensions (goûts, richesse, revenu, contraintes sur leurs emprunts, variables sociodémographiques, etc.), mais au prix d’une complexité accrue. Plus on introduit de raffinements dans les hypothèses et de complexité dans la description des agents, plus il est nécessaire de recourir aux mathématiques afin de s’assurer du caractère complet du raisonnement.

Troisièmement, l’enseignement de l’économie est souvent trop abstrait, tendance accentuée parfois par l’usage des mathématiques. Ce ne sont pas les mathématiques qui sont en cause, car l’enseignant est libre de choisir son mode de présentation. L’enseignement doit être compatible avec le savoir issu de la recherche, mais il ne doit pas forcément emprunter les mêmes stratégies de communication. Les manuels anglo-saxons au niveau licence sont de fait la plupart du temps peu friands de mathématiques. Cependant, il est souvent plus facile pour l’enseignant de relater des recherches sous leurs formes existantes que de les retranscrire de façon plus accessible.

Enfin, on reproche parfois à la communauté des chercheurs en économie une quête d’esthétisme trop poussée. Les mathématiques ne seraient plus un instrument, mais deviendraient une finalité, car leur utilisation pour

construire des modèles élégants et solvables serait assimilée à un signal de qualité scientifique. Ce travers existe sans nul doute, mais il faut aussi se souvenir que, comme dans les autres disciplines scientifiques, les articles ingénieux, mais superficiels dans leur contenu, sont vite oubliés à moins qu’ils ne constituent une avancée méthodologique qui facilitera l’émergence de contributions plus appliquées.

V. LA THÉORIE DES JEUX ET LA THÉORIE DE L’INFORMATION

La théorie des jeux et la théorie de l’information ont révolutionné tous les domaines de l’économie, où elles ont été beaucoup utilisées, de même qu’en biologie évolutionniste, en science politique, en droit, et de façon plus occasionnelle en sociologie, en psychologie et en histoire.

La théorie des jeux

La microéconomie moderne est fondée sur la théorie des jeux – qui représente et prédit les stratégies d’acteurs pourvus d’objectifs propres et en situation d’interdépendance – et la théorie de l’information – qui rend compte de l’utilisation stratégique d’informations privilégiées par ces mêmes acteurs.

La théorie des jeux permet de conceptualiser les choix de stratégie par des acteurs dans des situations où leur intérêt diverge. À ce titre, la théorie des jeux a pour sujet non seulement l’économie, mais aussi les sciences sociales dans leur ensemble et s’applique aussi bien à la politique, au droit, à la sociologie et même (comme nous le verrons plus tard) à la psychologie. Elle fut initialement développée par des mathématiciens : le Français Émile Borel en 1921 et les Américains John von Neumann (dans un article publié en 1928, puis dans un livre écrit avec Oskar Morgenstern et publié en 1944) et John Nash35 (dans un article paru en 1950). Les développements plus

récents sont souvent motivés par les applications aux sciences sociales, et sont en grande majorité dus à des économistes (certains de ces développements sont aussi dus à des biologistes ou à des mathématiciens cependant).

— Du comportement individuel au comportement collectif

Une spécificité des sciences sociales et humaines est l’importance des anticipations, et en particulier de la compréhension de la façon dont l’environnement de l’agent va évoluer et réagir à ses décisions : pour savoir comment jouer, un acteur doit anticiper ce que feront les autres acteurs. Ces anticipations sont rationnelles si l’acteur comprend bien les incitations des autres et leur stratégie, au moins « en moyenne ». On dit que les stratégies sont alors en « équilibre » (parfois appelé « équilibre de Nash », qui en 1950 développa la théorie générale de ces équilibres). Cette compréhension du comportement vraisemblable des autres peut résulter soit du raisonnement (l’acteur « se met dans la peau des autres » et réfléchit au comportement qu’il adopterait s’il était à leur place) ou, si le jeu est familier, de l’extrapolation des comportements passés.

Une personne qui ne laisse pas son porte-monnaie ou son vélo sans surveillance dans la rue, ou un piéton qui ne traverse pas au passage piéton dans un pays où les automobilistes ne respectent pas les droits des piétons résolvent des problèmes élémentaires de théorie des jeux, dans la mesure où ils anticipent correctement le comportement vraisemblable des autres. L’exemple du passage piéton illustre aussi la possibilité d’équilibres multiples : un automobiliste qui ne ralentit pas à proximité d’un passage piéton ne subit pas de coût (autre que psychique) à se comporter ainsi si les piétons ne traversent pas quand une voiture approche, et ces derniers, effectivement, n’ont pas intérêt à traverser… Inversement, l’automobiliste qui anticipe que le piéton traversera quand sa voiture approchera a intérêt à

ralentir, et le piéton pourra traverser s’il s’attend à un comportement civilisé des automobilistes.

Tel M. Jourdain faisant de la prose, nous sommes sans le savoir tous des experts en théorie des jeux, car nous participons chaque jour à des centaines ou des milliers de « jeux » : nous sommes impliqués dans des situations dans lesquelles nous devons anticiper le comportement des autres, y compris leurs réactions à notre propre comportement. Bien sûr, nous sommes beaucoup plus experts dans certains jeux que nous jouons de façon répétée tout au long de notre vie (par exemple, ceux associés aux relations interpersonnelles et sociales), que dans d’autres qui ne se présentent que de façon occasionnelle : ainsi, peu de personnes conçoivent la première fois la bonne stratégie à adopter dans une enchère où chacun a de l’information privée sur la valeur de l’objet mis aux enchères (par exemple, un gisement minier ou les actions d’une entreprise faisant son introduction en bourse) ; la plupart des gens, contrairement aux professionnels, tendent à enchérir de façon trop optimiste car ils omettent de se « mettre dans la peau » des autres acquéreurs potentiels et de comprendre que ces derniers enchériront peu quand ils auront de mauvaises nouvelles (on appelle ce phénomène la « malédiction du gagnant », parce que l’on a tendance à gagner l’enchère précisément quand l’objet a peu de valeur).

Le choix d’un comportement dépend souvent de ce que font les autres. Si les autres automobilistes ou utilisateurs du métro partent au travail à 8 heures du matin, j’ai peut-être intérêt à partir à 6 heures, même si cela est trop tôt de mon point de vue. En « équilibre », les flux se stabilisent de telle manière que chacun fait le bon arbitrage entre son horaire idéal et l’encombrement qu’il subira sur la route ou dans le métro. Dans de tels choix de déplacement, les acteurs cherchent à différencier leur comportement de celui des autres. Dans d’autres occasions, les acteurs font face à un problème de coordination et souhaiteraient se comporter en conformité avec les autres acteurs. Par exemple, si aucun de mes concitoyens ne paie ses PV, il y aura

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