LA METEO DU GREOP

Dans le document De l'éducation ouvrière et populaire à la formation professionnelle (Page 78-90)

Composition du groupe ( 1 985)

Johnny STROUMZA, chargé d'enseignement FPSE, plein temps Pier-Angelo NERI, chargé d'enseignement FPSE, mi-temps, animateur Maison de Quartier des E aux-Vives, mi-temps Manuela CA TT ANI, assistante FPSE, plein temps

Bernard SCHNEIDER, assistant FPSE, tiers-temps,

responsable du Cen tre de for m ation professionnell e SSEC " L E COUR TIL" (Rolle)

Objectifs du Groupe

Cerner la spé cificité et les apports théoriques de l ' é d ucation ouvrière et populaire.

Développer la collaboration entre l'Université et les organisations ouvrières, syndicales et populaires, dans le domaine de la formation.

Renforcer les liens et les échanges entre ceux qui, dans diverses institutions, travaillent dans ce domaine de la formation.

Axes de travail :

Etudes théoriques :

Histoire de l'éducation ouvrière et populaire dans divers pays europeens;

implications sur les stratégies de formation des spécificités culturelles et poli tiques des milieux ouvriers et populaires;

dimensions culturelles de la formation professionnelle.

Etudes de cas :

Analyses approfondies de formations ouvrières ou populaires à Genève, en collaboration avec des personnes engagées dans ces formations;

enquêtes sur la situation de l' éducation ouvrière et populaire à Genève et en Suisse

Inten entions :

Réunions, colloques, conférences sur le domaine;

interventions liées à une "demande" du terrain;

documentation, films.

L'effort principal du GREOP porte aujourd'hui sur la formation professionnelle, plus précisément sur la formation professionneUe continue. L 'approche de cette formation, par le GREOP, est condi­

tionnée par deux éléments caractéristiques de ce groupe : l ' i mportance q u ' il accorde à la dimension culturelle de toute formation et les relations étroites qu'il entretient avec les organisa­

tions syndicales.

Dans l'avenir immédiat, trois projets sont retenus et déjà mis en oeuvre

la réalisation sous mandat de l'Université Ouvrière de Genève d'une formation dite "de mise à niveau des connaissances", destinée à des travailleurs désirant reprendre des études condui­

sant à un C.F.C.

Cette formation devrait mettre à contribution la nouvelle loi sur la formation professionnelle votée l'été 1985 à Genève.

A travers cette réalisation c'est l'étude de la mise en applica­

tion de cette loi qui est visée par le G REOP.

Un deuxième projet est lié à une demande de la Centrale suisse d'éducation ouvrière de Berne, concernant l'état du congé­

formation en Suisse et les perspectives syndicales à ce sujet.

A l'intérieur de l'Université (de la FPSE), le GREOP s'attache à la mise en oeuvre d'une action concertée de l'ensemble de la Section des Sciences de l'Education vis-à-vis de la formation professionnelle.

D E U X I E M E P A R T I E

Q U E L Q U E S A S P E C T S D E L A F O R M A T I O N P R O F E S S I O N N E L L E

E N S U I S S E

M. Cattani - B. Schneider

INTRODUCTION

Lorsqu'on tente d'analyser le système d'éducation et de formation de la Suisse ou même d'une seule de ses composantes, on se trouve confronté à une double difficulté : celle de la trop grande généralisation qui ne rend plus du tout compte de la complexité de l'ensemble et celle inverse d' une approche trop détaillée qui ne permet plus d'avoir une v1s10n claire et globale. Cette difficulté provient de la nature de notre système politique et institutionnel qui conduit, d' une part, à un éclatement du secteur éducatif en une multitude de sous-systèmes très différents les uns des autres et, d'autre part, à une répartition très complexe des r espon sabil i t és et compétences entre la Confédération, les cantons et les institutions publiques ou privées.

L'objet central de notre travail étant de présenter un panorama de la formation professionnelle en Suisse, nous n'échapperons pas à l'écueil mentionné. Toutefois, la formation professionnelle étant soumise en grande partie en Suisse à une législation fédérale, notre tâche sera quelque peu simplifiée, du moins au niveau essentiellement descriptif de l'approche que nous visons.

Mais lorsque nous parlons de formation professionnelle, à quelle réalité nous référons-nous ? Pou r la plupart des observateurs qui s'intéressent à ce secteur, la formation professionnelle est celle dont l'objectif premier est l'exercice d'un métier. Il s'agit surtout d ' une formation qui combine la pratique, la théorie et une formation générale. Son support de base principal est l 'apprentis­

sage tel qu'il est régi par la loi fédérale sur la formation professionnelle (LfFPr). Celle-ci, d'une manière générale, couvre une grande partie du champ du secondaire supérieur, à l 'exclusion de l'enseignement gymnasial, et une part du tertiaire non universi­

taire, sous la forme de perfectionnement et recyclage dans les écoles professionnelles supérieures.

En résumé, nous tenterons de présenter une image synthétique de l 'ensemble des formations à vocation professionnelle correspon­

dant aux niveaux du secondaire supérieur et du tertiaire, qu'elles soient régies par des réglementations officielles ou non, fédérales ou cantonales.

Avant d'établir un tel panorama de la situation actuelle, qui fera J 'objet des chapitres 3 et '+ et portera sur des questions insti tu­

tionnelles et statistiques, il nous semble indispensable de situer la réalité qui nous intéresse dans une perspective historique et juridique. C'est ce que nous esquisserons dans les chapitres l et 2.

1. ASPECTS HISTORIQUES

DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE EN SUISSE Pour bien comprendre l'organisation et le fonctionnement actuel de la formation professionnelle en Suisse, il est utile de marquer les principales étapes de son histoire. Nous fixerons donc dans le temps les "moments" qui ont eu une incidence prépondérante sur un système de formation considéré comme complexe. Nous présen­

terons d'abord un survol de l'histoire de la formation profession­

nelle en Suisse et la compléterons par quelques considérations sur le Canton de Genève.

Les premières traces de formation professionnelle à proprement parler sont constituées par des écoles de construction dans les couvents avant le début du Moyen Age. Puis les artisans formèrent des corporations de métiers qui s'occupaient, entre autres, de la formation de ceux qu'on appelait déjà des apprentis.

Cet apprentissage ne servait pas seulement à l'acquisition de connaissances professionnelles, mais aussi à l'insertion dans la vie de l 'artisan. Plus tard, au ! 8èm e siècle, apparaissaient les examens de fin d'apprentissage, dont la réussite était la condition pour être intégré dans une corporation. Les rapports entre patrons et apprentis étaient très strictement définis et les professions très fermées. L'Etat n'avait aucune action tutélaire sur ce système. Avec la révolution industrielle et politique, à la fin du

! 8ème siècle, toute l'organisation des corporations s'effondra notamment avec l'avènement de la liberté du commerce et de l'industrie.

En effet, la création de nouvelles et grandes manufactures,

! 'établissement de rapports de travail totalement différents, la modification des structures économiques et des échanges com mer­

ciaux engendrèrent l'éclatement de l'organisation corporative des métiers et la suppression des privilèges. Durant cette période

La loi Le Chapelier, de 1 7 1 9, qui prévoit l'abolition des corpora­

tions de métiers fait sentir ses effets en Suisse et notamment à Genève, en facilitant un individualisme forcené dans les rapports de travail.

Dans les grands établissements des centres urbains, l'introduction de machines permet une division et une simplification extrême du travail qui ne demande que très peu de main d'oeuvre qualifiée.

Les jeunes gens employés comme main d'oeuvre à bon marché sont exploités j usqu'à la limite de leurs forces physiques. L'ap­

prentissage est totalement négligé, les jeunes travailleurs étant mis au courant des tâches à accomplir en quelques heures. Ce n ' est qu' en 1 84 8 que se constituera la prem ière grande association, la Société des arts et métiers qui luttera avec force pour modifier ces conditions d'exploitation et d'absence de toute formation organisée.

Pour ce qui est de Genève, il faut remarquer que dans le secteur industriel de l'époque, la principale occupation des Genevois se trouve dans la fabrique d'horloges (*). Dans Jes industries spéciali­

sées, le manque de main d'oeuvre qualifiée se fait sentir. 'est donc déjà en 1 776 que la "Société polir J 'encouragement des arts"

est fondée. Elle mettra en pJa � les premier cours d'enseigne­

ment professionnel pour Jes apprentis horlogers.

L ' interven ion de l' Etal es L dernalld 'c pour protéger les travail-leurs et les jeunes notamment. ne législat ioll du travail s développa d'abord en Suisse alémanique où s'épanouissaient les i ndustries textile et mé anique. Les premières lots cantonales apparurent dès J 848 et se répandkeht dans la e onde moitié du 1 9èrne siècle. En 1 874, sous la pression des organisations profes­

sionn l i es, l e peupl e suisse donna à la Con [éd ' ration la compétence de "statuer des pres riptlon uni for mes sur I travail des enfants et des adultes dans les fabriques" (article 34, 1er alinéa, de Ja Constitution fédérale de 1874). Puis la Confédéra­

tion, s'inspirant des législations cantonales, édictera en 1 877 une

(*) La notion de fabrique à Genève recoupe les parties brisées nécessaires à la fabrication de la montre et de la boîte, la décoration, le bijoutier et l'horloger lui-même.

loi fédérale sur le travail dans les fabriques. C 'est à cette période que se développe intensément une collaboration, pas toujours facile, entre les associations professionnelles et les pou�oirs publics qui donnera ce visage assez typique à notre systeme de formation. Parmi les associations très actives, citons l'Union Suisse des arts et métiers, la Société des commerçants, la Société du Grütli et l'Union Suisse pour le développement de l'enseignement professionnel. Ces associations se constituèrent pour défendre les intérêts de leurs membres et, surtout, afin de lutter pour la promotion de la formation professionnelle qui, comme nous l'avons vu, avait été complètement délaissée.

Des ateliers d'apprentissage furent ouverts, des stages dans les ateliers de production de grandes entreprises furent organisés notam:nent dans l'industrie de la fabrication de machines (*), des écoles professionnelles, commerciales et techniques apparurent dans diverses régions, bref, toute une série de lieux de formation nouveaux permirent une offre de formations structurées et contrô­

lées.

Il est à remarquer qu'en 1 882, il existe en Suisse 1 07 "Ecoles de métiers". Ces "Ecoles de métiers", qui combinent travail en atelier et enseignement théorique, constituent le "modèle" de formation professionnelle dE: l'époque, mais le développement et la réglementation progressive de l ' appren t issage dans les entreprises prirent au fur et à mesure le devant .

A Genève également, plusieurs écoles professionnelles sont mises sur pied entre 1 870 et 1 900 :

L "'Ecole des Arts Industriels", ouverte en 1 8 77 et fortement influencée par les besoins de main d'oeuvre qualifiée de l'horlogerie et de la bijouterie.

L "'Ecole Professionnelle", ouverte en 1 877, qui n'a pas, malgré son appellation, le but d'apprendre une profession déterminée.

Sa tâche est de dispenser aux élèves (seuls les garçons y sont admis) un ensemble de notions leur permettant de choisir en (*) cf. SARDARI A.H., L 'apprentissage en Droit Suisse, Thèse

Fac. de Droit Genève, 1 937.

connaissance de cause la profession qui s'adapte le mieux à 14-d'enseignement théorique (mathématiques, dessin, physique, électricité, chimie), le reste du temps étant consacré au travail pratique dans les ateliers.

L"'Ecole des métiers" fondée en 1895 par le Canton et geree formation professionnelle adaptée. Dans ce sens, parallèlement à

! ' action des organisations professionnelles, les Autorités cantonales firent un gros effort et adoptèrent des lois sur l' ap­

prentissage.

Le premier règlement d'apprentissage appliqué en Suisse est celui de la typographie de Berne-Ville. En 1865, les patrons et la

"Société Typographique" (association des ouvriers), signent un accord pour réglementer certains aspects de l'apprentissage. L 'ac­

cord établit les conditions d'admission à l'apprentissage, sa durée (4- ans), la durée de la journée de travail (11 heures), l'examen final (les matières, connaissances et compétences exigées) et le contrôle sur l'apprentissage. Cet accord sera repris et accepté

Dans ce mouvement vers l'introduction de règles de droit public dessin, élargirent leurs programmes d'enseignement. Des écoles techniques sont fondées, le premier technicum étant créé à Winterthur en 1 874. Des musées des métiers sont également ouverts, institutions qui seront assez vite financées par la Confé­

dération.

En 1 900, 265 institutions de formation professionnelle sont subven­

tionnées. Il y a 52' 867 apprentis en Suisse et des examens d'apprentissage sont organisés. Dans les premières écoles profes­

sionnelles, commerciales ou techniques, les cours sont donnés le débat seront les associations professionnelles, les Autorités canto­

nales et fédérales. En 1 884, une résolution du Conseil fédéral fut votée concernant la formation professionnelle et les possibilités de subventionnement . Cette résolution faisait suite à une demande d'enquête des Chambres fédérales ( 1 882) sur l'état de l'industrie et des métiers et, conjointement, sur les possibilités de promotion de la formation professionnelle. Il s'agissait pour les associations professionnelles de répartir équitablement les respon­

sabilités entre la Confédération, les cantons et elles-mêmes. Elles souhaitaient l'élaboration d'une loi fédérale qui aurait dû rester sur le terrain des principes généraux et laisser aux cantons la responsabilité pour toutes les questions d'application ou d'exécu­

tion.

C'est précisément dans ce sens que le peuple suisse adopta, en 1908, l'article 34ter de la Constitution fédérale qui donnera à la Confédération le pouvoir de légiférer en matière de formation dans l ' i ndustrie, les arts et les m et1ers, le com merce,

! 'agriculture et les services de maison. Désormais, les rapports de force seront considérablement modifiés en matière de compé­

tences quant au fonctionnement de Ja formation professionnelJe en Suisse. La Confédération prend une place dominante avec comme partenaires, en second rang, les cantons et les associa­

t io n s profe ssionnelles d ' e m ployeur s et de travailleurs. Cet équilibre complexe et ambivalent fut Je résultat d'affrontements passionnés liés à ! 'évolution historique de notre état fédératif. Le vote, puis ! 'entrée en vigueur de Ja loi fédérale sur Ja formation professionnelle en 1930 caractérisèrent d'une manière tangible

! 'évolution que nous venons de décrire. réintégration des chômeurs. Jusqu'à la reprise économique, vers 19 50, le nombre des apprentis et des écoles professionnelles resta stagnant. Puis, un changement complet de la situation politique, économique et sociale intervient, la formation professionnelJe évoluant alors beaucoup sur le plan quantitatif et qualitatif.

Cette évolution aboutira à la nouvelle loi fédérale sur la formation professionelle de 1963 qui introduisit entre autres les notions d'orientation professionnelJe organisée et de perfection­

nement des maîtres et des apprentis. Ces aspects s'inscrivaient d 'expansion économique frénétique que les associations profession­

nelles attirèrent l'attention des pouvoirs publics sur le niveau insuffisant de la formation. Un vent de réforme profond souffla et conduisit à une remise en question du système éducatif dans sa totalité. Au niveau de la formation professionnelJe, les objectifs, les program mes et les contenus sont contestés. L'apprentissage en

d'experts est constituée afin de "rendre la formation profession­

nelle plus attractive et afin qu'elle puisse être une alternative réelle aux écoles générales d'enseignement". Son rapport est déposé en 1 972. La question essentielle qui se posait était alors de savoir comment combler les lacunes entre la formation gymna­

siale et l'apprentissage. Plusieurs propositions novatrices furent avancées, mais entre-temps, la conjoncture économique et sociale changeait considérablement. L'expansion sans limite était inter­

rompue.

Dès 1 972, le marché de l'emploi se resserrait et des places

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