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Chapitre 3 : Méthode

3.2 Devis de recherche : Choix et justification

3.2.2 Lieu d’étude

3.2.2.7 Méthode d’analyse des données

Les méthodes d’analyse qualitatives sont inestimables pour explorer la complexité des soins de santé et des expériences des patients en particulier. Diverses méthodes d’analyse qualitatives incorporant différentes perspectives ontologiques et épistémologiques sont disponibles (Smith et Firth, 2011). Dans le cadre de cette étude et pour rester dans le même raisonnement paradigmatique qui nous a guidés dans la collecte de nos récits (données), nous nous sommes inspirés de la perspective d’analyse paradigmatique telle que suggérée par Polkinghorne (1991) pour analyser les données. Dans un survol utile, le raisonnement paradigmatique vise à amener les informations individuelles à une catégorie officielle donnée par l’identification des thèmes provenant d’un cadre théorique ou d’un modèle conceptuel (Bertrand, Kühne et Pellerin, 2018). Polkinghorne, en décrivant le mode de collecte paradigmatique a suggéré une méthode d’analyse paradigmatique correspondante. Celle fondée sur un raisonnement scientifique qui tente d'identifier des thèmes communs à travers une série de récits (données) dont l'analyse produit des typologies ou des catégories paradigmatiques (Polkinghorne, 1983). L’auteur décrit la paradigmatique comme l’étude du choix et des rapports entre les thèmes. L'analyse paradigmatique est utilisée pour découvrir, décrire les thématiques contenues dans les occurrences individuelles et étudier également les relations qui existent entre ces thématiques (Polkinghorne, 1991). La méthode d’analyse paradigmatique respecte les principes communs des méthodes d’analyse qualitative : la transcription des récits; la familiarisation des données, le codage, la formation des catégories ou thèmes globaux et la triangulation des données pouvant conduire à la compréhension et à l’interprétation du phénomène étudié (Morse et Richards, 2002). Afin de rendre les lignes directrices de notre méthode d’analyse compréhensibles et d’approfondir les processus d'analyse, nous avons utilisé le cadre d’analyse de Ritchie, Lewis, Nicholls et Ormston (2013).

Selon les auteurs, ce cadre d’analyse a été développé par des chercheurs en sciences politiques et sociales au Royaume-Uni (Ritchie et al., 2013; Ritchie et Spencer, 2003) comme une approche pragmatique pour les enquêtes dans le monde réel. Elle est de plus en plus utilisée dans les milieux de recherche en soins de santé comme dans les professions de sage- femme (Furber, 2010), d’infirmière (Swallow, Lambert, Santacroce et MacFadyen, 2011) et en psychologie de la santé (Tierney et Farmer, 2011). À en croire les auteurs, l’approche-

cadre (cadre d’analyse) est une méthode de gestion et d'analyse de données qualitatives dans les recherches appliquées et vise à travailler avec des guides thématiques structurés pour obtenir et gérer des données. La méthode d’analyse de Ritchie et al. (2013) est une approche explicite de l'analyse de données et s'inscrit dans une méthodologie thématique (Ram, Campling, Grocott et Weir, 2008). Elle est considérée comme simple et fournit des résultats transparents qui génèrent des conclusions pouvant être reliées aux données originales (Johnston, Milligan, Foster et Kearney, 2012). De plus, cette approche peut s’adapter aux idées existantes (cadre ou théorie) et est moins axée sur la production d'une nouvelle théorie. Elle comporte plusieurs étapes interreliées mais distinctes (Rabiee, 2004) qui permettent de réaliser une analyse thématique relative à plusieurs approches qualitatives dont les études de cas à travers le raffinement et la synthétisation des données (Smith et Firth, 2011). Ward, Furber, Tierney et Swallow (2013) déclarent que cette méthode d’analyse est caractérisée par un processus d'interprétation dans lequel les motifs (raisons, modèles) sont systématiquement recherchés dans les données afin de fournir une description éclairante du phénomène. Cela aboutit au développement de thèmes significatifs permettant de représenter le phénomène et de tester d’autres théories sans nécessairement générer une ou un cadre conceptuel.

Certains chercheurs en sciences infirmières recommandent l’usage de ce cadre d’analyse puisqu’il est une nouvelle méthode d'analyse qualitative de données thématiques de plus en plus populaire dans les études sur les soins de santé. Sa position ontologique se rapproche le plus de l’idéalisme (Snape et Spencer, 2003), qui soutient que le monde social existe indépendamment de la compréhension subjective individuelle, et n'est accessible dans la recherche qualitative que par les interprétations des participants qui sont ensuite interprétées par le chercheur (Hammersley et Atkinson, 1995). Cela rejoint la tradition des soins infirmiers qui adoptent une approche holistique dans l’acte de “prendre soin” d’autrui (Williams et al., 2018). De plus, il est un processus structuré et rigoureux de gestion des données et accorde une certaine souplesse dans la manipulation des données en enquête qualitative (Smith et Firth, 2011; Swallow et al., 2011; Ward et al., 2013).

Selon Ritchie et al. (2013), un cadre ou structure conceptuelle se présente sous forme de tableau ou de graphique pour indiquer les différentes étapes de l’analyse et fournir des exemples tirés de l'étude. Un cadre analytique ou structure analytique est comme une forme

de palier conceptuel que les auteurs désignent sous le nom de hiérarchie analytique. Ils décrivent en trois étapes la hiérarchie d’analyse qui s’articule bien à notre devis de recherche (exploratoire, descriptif et explicatif). Il s’agit de la gestion des données, de la description et l’explication des données.

3.2.2.7.1 La gestion des données

Cette première étape que nous assimilons à l’exploration des données vise à se familiariser avec les verbatims à travers la lecture et la relecture, l’identification des thèmes et des catégories générées, le développement du cadre et l’établissement de lien entre les thèmes, les sous-thèmes, les verbatims et les catégories initiales. Les catégories sont générées à partir des verbatims transcrits et sont progressivement raffinées. Le processus a initialement consisté à utiliser les transcriptions en tenant compte des expressions et commentaires notés dans notre cahier de réflexif (journal de bord). Les phrases significatives ont été résumées avec un effort de maintien des mots des participants (codes «in vivo» ou unités de sens). Les codes in vivo sont fortement recommandés dans l’approche-cadre comme un moyen pour rester “fidèles” aux données originales (Ritchie et al., 2013). Grâce à la compréhension des verbatims, les impressions flottantes se sont transformées en idées plus formelles. L'indexation a permis de suivre la chronologie des éléments du cadre d’analyse et les éventuelles modifications apportées.

3.2.2.7.2 Description des données

L’aspect descriptif des données vise à résumer et à synthétiser la gamme et la diversité des informations en affinant les catégories générées. À cette étape, nous sommes restés vigilants pour maintenir les unités de sens afin de ne pas altérer les significations des verbatims. En plus, nous avons respecté les liens entre les thèmes, les sous-thèmes, les verbatims et les catégories telle que préconiser par Ritchie et al. (2013). Ce travail de synthèse nécessite une grande attention de la part du chercheur pour sélectionner les verbatims les plus pertinents et récurrents. Cette synthèse peut prendre de temps complémentaire de relecture et de compréhension afin d’identifier les associations et les différences entre les thèmes. Cette étape inclut le raffinement avancé des catégories vers les concepts de la théorie à tester (circularité).

3.2.2.7.3 Explication des données

Cette phase consiste à croiser (triangulation) des données de diverses sources, à développer des associations (modèles) à l'intérieur des thèmes et concepts à tester afin d’apprécier la concordance ou non entre les données empiriques collectées et les concepts de la théorie à tester. Cette étape est indispensable pour réfléchir sur les données originales et les étapes d’analyse pour s'assurer que les déclarations des participants sont présentées avec exactitude et que les risques de mauvaise interprétation sont minimisés. Ces principes, une fois respectés, l’interprétation trouve un sens et explique mieux les relations entre les concepts issus de l’étude et les thèmes initiaux de la théorie. De plus, ils permettent de garantir que les expériences et les perceptions des participants sont bien reflétées.

À titre de rappel utile, cette recherche doctorale d’étude de cas multiples vise à explorer la pratique infirmière en contexte d’épidémie de fièvre Lassa à la lumière (principalement) de la théorie des soins centrés sur la personne de McCormack et McCance (2015). Ainsi, le matériau de collecte des données a été préconçu à partir des concepts majeurs de son cadre théorique. De ce fait, cette recherche permet de tester la théorie des soins centrés sur la personne en contexte d’épidémie mortelle. Elle permet de ressortir les forces et les éléments à améliorer des concepts et les dimensions de la théorie. Ce faisant, elle accroit l’utilisation de la théorie et renforce sa capacité heuristique. L’utilisation d’une théorie ou d’un modèle conceptuel pour guider une recherche à partir du matériau préstructuré d’un cadre théorique existant s’inscrit dans le phénomène de la circularité et vise à tester une conception (Ayache et Dumez, 2011).

Ainsi, l’utilisation d’un cadre théorique existant réduit les étapes d’analyse au niveau de gestion des données. De ce fait, les étapes de l’identification des thèmes et des sous-thèmes et de leur structuration ne sont plus pertinentes à réaliser. Il en est de même pour le codage (l’identification des unités de sens) qui est une étape déjà réalisée lors de la conception de la théorie de sorte que le cadre théorique est connu et bien structuré en fonction des niveaux d’abstraction et des sens recherchés. C’est pour cette raison que nous parlerons d’indexation plutôt que de codage dans cette étude. En effet, l’indexation est le prolongement ou l’ajout des éléments du cadre conceptuel (concepts et dimensions) aux catégories émergentes de sorte que

les concepts et leurs dimensions indexeront les catégories des verbatims correspondants (Smith. 2013) (voir tableau d’indexation). Quant au codage, il consiste à découper systématiquement toutes les données collectées (entrevue, observation, documentaire et notes de terrain) en unités de sens et les coder. Le codage de ces unités de sens peut se faire à l’aide d’un paragraphe, de quelques phrases, d’une seule phrase, d’une expression ou même’ un mot (Ayache et Dumez, 2011). Hormis ces étapes de la gestion des données, les deux autres étapes (descriptif et explicatif) sont appliquées aux données collectées.