Les partenariats indirects et les relations circulaires

In document LA FRANCOPHONIE EN ASIE Monographie de l espace social francophone de Huê ( ) (Page 183-193)

NOTICE

VII. RELATIONS CULTURELLES ET POLITIQUES FRANCOPHONES DANS LA PROVINCE DE THUA THIEN HUE

VII.2. DU PARTENARIAT AUX RESEAUX INTERPERSONNELS

VII.2.1. Les partenariats indirects et les relations circulaires

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contribuer à la rénovation des cours de français universitaires et promouvoir localement les programmes de coopérations nationales et internationales. Le département français de l’Ecole Normale Supérieure de Huê a été fondé sur le modèle du Centre de français Asie Pacifique créé avec l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (actuellement AIF) en 1993 dans les locaux de la Faculté de Pédagogie de Hô Chi Minh-Ville180. L’Ecole Normale Supérieure de Huê est son équivalent au centre du Vietnam. Elle a pour objectif la formation continue des professeurs (de français) dans la Province du Quang Binh, du Quang Tri, de Thua Thien Huê, du Quang Nam. Le nombre de professeurs qui y ont été formés s’élève à quatre cents personnes. En 1996, suivant la même volonté de développer le nombre et la compétence des professeurs de français, le département d’enseignement du français y a été créé. Pour partager cette charge, les différentes facultés ont été regroupées au sein de L’Université Centrale de Huê (pôle francophone 3). Mais après deux ans de centralisation, ces facultés ont retrouvé une bonne partie de leur ancienne autonomie et l’Ecole Normale Supérieure supporte structurellement la présence du Centre français de Huê. Elle assure la codirection administrative du Centre de français avec le système administratif et universitaire vietnamien. Le Centre coordonne avec l’Ecole Normale Supérieure ses actions en direction des facultés de la ville (facultés des Sciences, d’Arts plastiques, d’Architecture…). L’Ecole est le principal partenaire du Centre de français tout en étant son organisme vietnamien de tutelle. Par le bais de cette double relation, le Centre de français permet à l’Ecole Normale Supérieure d’accéder, sans qu’il y ait mise en relation directe, à la coopération avec les universités françaises. En revanche, l’Ecole Normale Supérieure facilite théoriquement cette coopération en permettant l’implantation structurelle du Centre (en abritant son siège et en mettant des salles de classe à sa disposition). Dans sa mission de formation didactique en français, l’Ecole Normale Supérieure est associée à deux centres de langues. L’un est multilingue181 et l’autre typiquement francophone182. Le Centre de français de Huê est associé avec ces centres et prend en charge le recrutement des professeurs, leur rémunération183 et la location des

180 Propos recueillis auprès du Recteur actuel du Département de l’ENS sur l’émergence moderne de l’idée francophone au centre du Vietnam

181 Le National Center For Language (NACENFOL) est abrité par l’Ecole Normale Supérieure. Le nombre de classes varie de six à douze par an avec vingt-cinq apprenants par classe.

182 Le Centre des Lettres (CENLET) est abrité par le lycée Haï Ba Trung. Ses effectifs sont identiques à ceux du Centre NACENFOL.

183 Cf. Partie sur le paiement des prestations francophones, p.206.

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salles (de dix et quinze mille dôngs par mois et par salle). Les cours sont gratuits pour les étudiants des établissements partenaires. Chaque centre possède un coordinateur recruté et rémunéré par le Centre de français. Ils ont trois fonctions principales : celle de conseiller pédagogique, celle de remplaçant des professeurs absents et celle de gestionnaire du matériel mis à la disposition des centres par le Centre de français (magnétophone, magnétoscope, cassette, ouvrage, manuel). Les postes de coordinateur francophone rendent la présence de l’Ecole Normale Supérieure dans ce circuit de coordination techniquement inutile. Pourtant elle y demeure, notamment pour le centre de langue qu’elle n’héberge pas. Ainsi, l’Ecole Normale Supérieure a une deuxième fonction qui n’apparaît pas à la lecture de l’organisation administrative des activités communes mais à la description de leur modalité d’application sur le terrain et qui appartient au domaine de la conformité politique. Le terme de tutelle dans « organisme de tutelle » prend, en plus de son sens administratif et structurel, une tournure idéologique qui renvoie à sa responsabilité politique (p.237).

Schéma n° 11 : relations structurelles et d’enseignement indirectes francophones à Huê :

Le premier type de relations que nous pouvons observer dans cette action linguistique francophone à Huê correspond à un schéma indirect et distributif. Indirect, car les relations entre partenaires, de part et d’autre du schéma de relations, ne sont pas en contact direct avec leurs partenaires. Le Centre de français fait écran entre eux, il centralise les possibilités de partenariat avec la France et regroupe à lui les publics vietnamiens francophones individuels ou institutionnels. Distributif, car le Centre de coopération linguistique disperse (en les multipliant, question de coût francophone) en direction des

Relations pour l’élaboration structurelle : Relations culturelles ou scientifiques : Service de

coopération linguistique

Organisme de tutelle vietnamien

Partenaires linguistiques

français Organismes

linguistiques vietnamiens

Organisation distributive :

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différents publics francophones vietnamiens les produits culturels (cours, méthodes pédagogiques, informations francophones) issus de sa coopération avec les partenaires linguistiques français. C’est le cas pour le télé-enseignement qui implique tour à tour des universités françaises qui ne sont pas mises en relation directe avec leur public ou leurs partenaires vietnamiens, le Centre de français interfaçant les deux groupes d’acteurs (français et vietnamiens) impliqués dans la coopération linguistique. Le Centre de français apparaît donc dans ce type de schéma de relations de coopération linguistique comme une organisation distributrice. Elle n’est pas la seule à être impliquée dans ce scénario de redistribution. Du point de vue de l’élaboration structurelle du projet linguistique francophone, l’organisme de tutelle intervient également comme une organisation centralisatrice (des opportunités francophones) et distributrice (en direction de ses propres dépendances administratives et de ses partenaires vietnamiens). Le Centre de français, dans son rôle de concrétisation de la présence francophone dans l’espace urbain (création de salles de cours, d’annexes administratives supplémentaires, d’espaces destinés à l’augmentation du fonds documentaire, fourniture de matériel) rencontre dans sa relation, principalement économique, avec ses partenaires vietnamiens, son organisme de tutelle.

Celui-ci interfère dans la relation entre les partenaires pour distribuer les avantages francophones à l’ensemble des structures vietnamiennes francophones urbaines avec lesquelles il coopère (suivant son rôle de distributeur).

VII.2.1.2. Les partenaires universitaires associés et les établissements généraux

Le pôle francophone de coopération linguistique a été qualifié à plusieurs reprises de pôle francophone ouvert, pour deux raisons : d’une part, il se situe dans l’espace social intermédiaire que nous avons défini pour la ville de Hué et d’autre part, en corrélation avec la première raison, il est en contact avec l’ensemble des organisations institutionnelles ou civiles francophones de la ville. Ses partenaires universitaires que nous détaillons à présent, représentent une partie importante (les deux tiers) des résultats de cette ouverture qui comprend aussi les établissements d’enseignement général et les associations civiles vietnamiennes ou les missions ponctuelles francophones (l’autre tiers).

Le Centre de français est donc en collaboration avec les autres universités de Huê qui proposent des enseignements francophones. Parmi celles-ci, la Faculté des Sciences

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Sociales et Humaines et son département de français participent aux programmes du téléenseignement. L’Ecole d’Architecture184 organise aussi avec le Centre de français un programme de cours de français185 sur six classes depuis 1998. La faculté d’économie développe un programme de français financé par le Centre de français à l’attention des enseignants et des étudiants. Ce programme comporte trois classes de section tourisme186 depuis mars 2000 dans le cadre de la coopération décentralisée avec les régions françaises187. L’Ecole des Beaux-Arts est également en collaboration avec le Centre de français de Huê à propos de la partie musicale de la coopération culturelle. Mais l’absence de professeurs et d’apprenants francophones de niveau confirmé favorise un développement lent de cette coopération (deux professeurs seulement en cinq ans ont pu partir en stage de perfectionnement). Enfin, le Centre de français est en collaboration avec l’hôpital Universitaire Central de Huê (Daï Hoc Y Khoa). Jusqu’en 1990, la formation en français « spécialité médicale » des médecins de l’hôpital de Huê était assurée par le programme d’Ecole Sans Frontière de 1992 à 2000 (p.286). Depuis l’année 2000, le programme de Français Langue Etrangère médical (FLE) et le programme des « Faisant Fonction d’Interne » (les FFI sont des médecins vietnamiens envoyés en stage dans les Centres Hospitaliers français) est sous la tutelle de l’Ambassade de France au niveau national du Vietnam. Le Centre de français encadre à Huê depuis l’année 2000, l’organisation du concours local et du concours national (à Hanoi) et l’organisation des cours de Français Langue Etrangère médical durant l’année universitaire. Le Centre participe en outre aux cours de soutien et aux cours d’approfondissement pendant les mois de juin et juillet et à l’organisation des départs des « Faisant Fonction d’Interne » en novembre. Cette coopération médicale comme celle du tourisme sont des systèmes de coopération qui lient, par l’intermédiaire du Centre de français, des partenaires vietnamiens et des organisations en France et ceci dans plusieurs domaines d’activités de façon transversale à l’espace social vietnamien francophone, c’est-à-dire sans

184 L’Ecole n’a pas obtenu son admission au sein des Filières Universitaires Francophones de Huê dirigées par l’Agence Universitaire Francophone. Cf. RAVENEAU, Jean Pierre, op.cit., p.14.

185 Fiche Navette 2C8, Centre français, Huê, 1999.

186 La section du français de tourisme et de l’hôtellerie, documentation à l’usage des apprenants, Centre de français, le 9 juin 1999, Huê.

187 Convention entre Le Comité Populaire de la Ville de Hué et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Brest pour le Programme Intensif de Français de l’hôtellerie et du Tourisme, Centre français, Huê, le 25 novembre 1996.

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spécialisation dans un type de mission francophone avec un seul partenaire privilégié. Ce modèle de coopération est le propre du type d’organisations dites ouvertes que nous avons définies pour Huê. Nous les trouvons dans les pôles francophones 1, 3 et 4. Cette ouverture se produit également en direction des établissements d’enseignement précoce et général, qui ont comme mission de créer les futures générations de participants aux Filières Universitaires francophones (ces propos respectent de près le principe d’autonomie/dépendance qui nous avons reconstruit). Dans les écoles maternelles et primaires, il n’y a pas d’apprentissage obligatoire de langues étrangères. Cependant, il existe des programmes pilotes dirigés par différents partenaires francophones, (Ambassade de France, Agence Universitaire Francophone, associations de bénévoles). Ce sont des programmes dits « de sensibilisation à la langue » qui semblent suivant nos observations être plus que cela et représenter dans le cas de classe bilingue non pas une simple initiation mais un réel apprentissage complet, approfondi et pédagogiquement innovant pour les enfants vietnamiens. Dans les établissements à programmes pilotes (maternelles Mam Non 1 et 2) le Centre de français de Huê a pour rôle le recrutement des enseignants, volontairement des jeunes diplômés sans emploi, la gestion financière de ces postes et un suivi pédagogique188. Dans les collèges et lycées, en outre, l’enseignement d’une première langue (le centre de français milite auprès des autorités scolaires et universitaires de la province, pour l’établissement d’une seconde langue obligatoire qui serait une opportunité pour le français) étrangère est obligatoire au Vietnam et soixante-dix pour cent des écoles respectent ce règlement. La langue anglaise est choisie par quatre-vingts à quatre-vingt dix pour cent des élèves et deux à cinq pour cent choisissent le français. Le collège Hai Ba Trung (pôle francophone 3) et le lycée Quôc Hoc (idem) développent l’enseignement du français. Le Centre de français participe ponctuellement aux observations de classes et à l’organisation (d’un point de vue logistique ou financier) de concours ou d’examens francophones. Il faut faire une parenthèse cependant sur le lycée d’élite Quôc Hoc. Il s’agit d’un des trois lycées d’élite du Vietnam et il est empreint d’une histoire impériale et coloniale qui en fait un espace synonyme de sélection scolaire et actuellement un espace social d’enjeu pour les partenaires francophones (français et vietnamiens) qui y cherchent

188 Convention entre le Service Culturel de l’Ambassade de France à Hanoi, la ville de Huê, et l’Ecole Maternelle Mam Non 1, le 8 août 1997, Fichier MBI 131-17474, Centre de français de Huê, 20 Octobre 1999, Huê.

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un public d’apprenants capables, selon eux189, de rendre compte de l’excellence de leur filière d’apprentissage (p.260). Le lycée a fêté son centenaire en 1999. Il comporte un programme d’enseignement renforcé du français. L’Ambassade de France participe à la gestion du programme bilingue et le rôle du Centre de français est d’assurer le suivi financier du programme, de l’équipement en matériel des cours, de la salle informatique et de la bibliothèque en langue française du lycée. Le suivi pédagogique et la formation des enseignants se fait par la coopération (théorique ou interpersonnelle190) avec un conseiller pédagogique de l’Ambassade de France et un conseiller pédagogique de l’Agence Universitaire Francophone. Dans les écoles à programmes spéciaux enfin, le centre de Huê intervient dans deux établissements : le lycée d’orientation professionnelle (pôle francophone 6) dans lequel le Centre est en relation avec le directeur et deux enseignants de français, et l’Ecole Pratique d’Industrie (pôle francophone 3) qui profitent d’une aide en financement de l’Ambassade de France (la rémunération de leurs professeurs de français).

L’emplacement du lycée d’orientation professionnelle et celui de l’Ecole Pratique d’Industrie dans l’espace géographique et dans l’espace social dichotomique de Huê confirment très précisément nos propos sur les relations qui les unissent. Ces deux établissement se répartissent dans l’espace social de la ville suivant la nature de leur activité et en respectant le partage urbain moderne/traditionnel. Le lycée d’orientation professionnelle se situe dans la partie nord de la ville, à la gauche de la Rivière des Parfums, dans l’aire que nous avons décrite comme porteuse de commerces et d’ateliers traditionnels. Or, ses enseignements concernent les techniques d’artisanats traditionnels (la construction, la chaudronnerie, la plomberie, les cycles…) mais proposent aussi l’apprentissage de nouvelles technologies dans le cadre de sa coopération francophone

189« ça [l’opposition entre partenaires francophones] c’était pour préserver le caractère d’élite du Lycée Quôc Hoc. C'est-à-dire que le lycée Quôc Hoc, c’est sacré, pas question de mettre dans ce lycée des élèves qui seraient seulement très bons, il faut des lycéens excellents. Donc on a mis la super crème à Quôc Hoc et ceux qui étaient seulement très bons on les a mis dans Haï Bach Trung » (Centre de français, Huê, 1999) ou « tout le monde s’est battu pour collaborer avec le lycée, on avait au moins une chance de faire des francophones convenablement prêts pour intégrer un jour les Filières Universitaires » (Classes Bilingues, Agence Universitaire de la Francophonie, Huê, 2000).

190 « Nos relations avec l’AUF, il y a d’abord le côté institutionnel et puis de l’autre le côté personnel.

Du point de vue institutionnel, c’est assez simple…/…ce sont des relations de façade…/…mais on collabore un peu plus pour les classes bilingues…/…c’est grâce à la nouvelle conseillère pédagogique…/…avec elle le courant passe bien…/…. Alors qu’avec anonyme, c’est impossible de discuter… » (Centre de français de Huê, Huê, 1999) ou « Avec le Centre, nous collaborons parfois, c’est arrivé une fois ou deux depuis que je suis là, pour le lycée mais sinon rien de spécial de ce côté-là » (Bureau de Suivi, Huê, 2000)

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avec les Chambres de Commerce françaises par l’intermédiaire du Centre de français.

Corrélativement à cette présence de produits technologiques modernisateurs de l’apprentissage traditionnel, l’établissement se situe dans la zone intermédiaire de la partie nord de la ville, c’est-à-dire dans l’espace d’interface avec la partie moderne de Huê. A la différence, l’Ecole Pratique d’industrie se situe dans la partie de la ville qui abrite les activités sociales modernes. Sa situation au sein de cet espace est différente également de celle du lycée professionnel, puisque l’Ecole se situe dans la partie sud de la ville moderne, éloignée en cela de la zone intermédiaire et de la partie urbaine traditionnelle.

Son activité peut expliquer cet aspect physique car l’Ecole développe les nouvelles technologies et l’industrie lourde en relation avec l’Université Générale (Daï Hoc Tong Hop) qui est également le pôle francophone (avec l’Antenne de l’Agence Universitaire Francophone) le plus éloigné des zones intermédiaires et traditionnelles, marquant ainsi son appartenance à la modernité technique de la ville.

Schéma n° 12 : relations circulaires de coopération francophone à Huê :

En conséquence, le Centre de français participe dès lors à la formation de circuits de coopération internationale dans l’espace social vietnamien. Par exemple avec le lycée d’orientation professionnelle (ou l’Ecole Pratique d’Industrie) et les Chambres françaises de commerce et d’industrie, le Centre crée des circuits triangulaires qui ont différentes finalités, comme la formation technique, ou la formation pour l’emploi (avec les établissements de formation aux métiers du tourisme) et la formation médicale. Par conséquent, les systèmes de relations que nous décrivons pour détailler l’espace social francophone ne sont pas des systèmes virtuels ou formels, ce sont des système à finalités, c’est-à-dire qui cherchent à développer des secteurs d’activités francophones particuliers comme la formation francophone, l’embauche francophone, l’immigration vers la France

Organisation spécialisée vietnamienne

Partenaire spécialisé français

Circuit de coopération linguistique Organisation distributive et suppléante

Service de coopération linguistique

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(via le système des bourses et des stages à l’étranger) ou la coopération médicale. Ces relations forment des circuits pour l’emploi, des circuits d’enseignement à Huê. Dans ces circuits de mise en relation, le Centre de français joue un double rôle. D’une part, sur le modèle de la coopération indirecte (suivant un rôle distributeur), il associe des partenaires français et vietnamiens, en restant au centre de cette relation comme organisme écran qui concentre les informations et coordonne les actions émises par les partenaires de part et d’autre du circuit (périodes d’observation des potentialités de coopération directe entre les partenaires). D’autre part, après avoir permis l’association des partenaires, il se retire, en tant qu’intermédiaire, du circuit de coopération qui devient directe et adopte un rôle de coopérant logistique participant à la relation qu’il a permis de créer. Son rôle diplomatique et logistique (organisation des examens, offre de ressources documentaires ou d’enseignement) se substitue à son aspect d’organisation écran. Le système et le schéma de relations circulaires prennent le pas sur le système distributeur.

VII.2.1.3. Les entités politiques impliquées

Dans le cadre de ses relations politiques dans l’ensemble administratif et politique local, les deux interlocuteurs incontournables du Centre de français sont le Comité populaire de la province et le Comité populaire (Mairie) de la ville. Ces deux partenaires sont les plus hautes autorités politiques à Huê. Elles entrent en relation avec les organisations francophones occidentales via le service des relations internationales et le service de la formation (enseignement secondaire). Ces relations interviennent pour coordonner les séjours des délégations étrangères francophones lors des manifestations francophones auxquelles participe le Centre de français de Huê. Cette coordination a pour objet la logistique (hébergements, salles de conférences…) mais aussi l’administratif (visas, autorisations exceptionnelles pour certaines circulations…). Dans le cadre de l’organisation des partenariats dans le secteur d’activité du touristique (qui représente un circuit pour la formation et pour l’emploi apprécié économiquement car le tourisme demeure avec l’enseignement francophone l’un des débouchés principaux, quasi exclusifs, de la francophonie à Huê et pour l’ensemble du Vietnam), le Centre de français est en relations directes et continues avec le service et le bureau du tourisme. Ces deux administrations d’Etat gèrent les hôtels et les restaurants d’Etat. Il existe une coopération

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réelle en matière de formation en français pour le personnel en charge de l’accueil des touristes francophones à Huê. La création d’une Ecole Hôtelière à Huê est à l’étude avec la collaboration de l’Ambassade de France à Hanoi, le Centre français de Huê, la Région Nord-Pas-de-Calais, la région Poitou-Charentes et la Communauté francophone de Belgique, la Suisse et le Luxembourg. Dans le cadre également de ses partenariats principaux, et aussi dans sa mission actuelle d’enseignement, le Centre collabore avec le service et le bureau de l’éducation et de la formation dont l’un a en charge l’enseignement secondaire et l’autre l’enseignement primaire. Dans le cadre de cette relation, un quatrième acteur participe parfois à l’élaboration et à l’approbation des activités francophone comme lors des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche francophones : le Ministère de l’Education et de la Formation. Parmi les acteurs politiques, ceux que nous avons cités ont une fonction essentiellement administrative dans l’élaboration des activités francophones, d’autres cependant revêtent un caractère plus singulier et apparaissent davantage comme des mécanismes de collaboration pour la bonne marche idéologique de l’ensemble francophone dans l’environnement sociopolitique vietnamien. Dans ce cas, nous trouvons à Huê le service de la culture et de l’information. Théoriquement, tous les produits culturels (livres, documentations, journaux, cd, vidéo…) sont agréés par l’Ambassade de France à Hanoi qui négocie des accords avec les autorités du Ministère de la Culture du Vietnam. Il n’y a pas besoin d’accords locaux, c’est le cas dans tout le Vietnam, sauf pour Huê. Ceci ne pose pas de problèmes pour les abonnements ou les commandes d’ouvrages par voie officielle c’est-à-dire par le biais du bureau de coopération linguistique et éducative de l’Ambassade de France à Hanoi. Cependant de nombreux ouvrages parviennent par voies officieuses, principalement par le biais des touristes et des expatriés francophones qui séjournent à Huê. Pour les produits culturels francophones qui parviennent par voie officieuse au Centre de français, ce dernier adopte une stratégie de contrôle. Le Centre de français visionne et autorise les articles non sensibles. Si les produits culturels en question font l’objet d’une diffusion particulière (diffusion à un public élargi qui dépasse le cadre des adhérents au Centre de français), le Centre de français doit obtenir l’autorisation de son autorité de tutelle, l’Ecole Normale Supérieure, qui elle-même doit avoir l’autorisation du Service et du Bureau de la Culture et de l’Information. Le non-respect de ces règles génère des blocages administratifs incontournables ; cependant leur respect ne garantit pas l’obtention des accords

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administratifs qui ne se fondent pas sur des critères consignés. Cette difficulté de définition de la conformité locale a un caractère bloquant (p.231).

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