L’ARRIVÉE DE LA PRODUCTION RENOUVELABLE PAR UNE PLUS GRANDE COORDINATION

Dans le document LES INCERTITUDES LES INCERTITUDES SCHÉMA DÉCENNAL DE DÉVELOPPEMENT DU RÉSEAU I ÉDITION 2019 (Page 25-30)

Méthodologie de simulation de l’approche « réactive »

L’ARRIVÉE DE LA PRODUCTION RENOUVELABLE PAR UNE PLUS GRANDE COORDINATION

Les schémas régionaux de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR) ont été mis en place pour faciliter l’accueil des productions renouvelables sur les réseaux publics d’électricité, en planifiant à l’avance les adaptations nécessaires des réseaux à partir d’une ambition de production renouvelable définie sur chaque région et en mutualisant les coûts de création des nouvelles infrastruc-tures de réseau entre tous les producteurs.

Les bénéfices de la planification des S3REnR sont reconnus, à travers la vision coordonnée et mutualisée qu’ils permettent sur les adapta-tions nécessaires pour faciliter le raccordement des énergies renouvelables au réseau.

Des améliorations du dispositif sont possibles, en concertation avec les parties prenantes : le retour d’expérience a mis en évidence le déca-lage entre le délai de réalisation de certaines infrastructures10 et la dynamique de développe-ment rapide de la production renouvelable. Si les adaptations du réseau ne sont pas réalisées à la date où les installations de production sont prêtes à se raccorder, celles-ci sont amenées soit à décaler leur mise en service pour attendre la réalisation des travaux sur le réseau, soit à limiter leur production d’électricité dans les périodes où le réseau est contraint, dans l’at-tente des adaptations prévues dans le schéma.

Une coordination accrue doit donc être mise en œuvre à la maille régionale afin d’accroître le partage des informations fournies par les producteurs, notamment la robustesse des données concernant les gisements à accueillir (volumes, localisation). La connaissance la

plus anticipée possible de l’arrivée effective des gisements associée à une remise à jour régulière de ces informations permettront d’éviter très en amont la mise en œuvre d’études ou de travaux fondés sur des infor-mations non pertinentes et participeront à réduire les coûts échoués. Cette coordination permettra également de mieux anticiper les ouvrages structurants nécessaires à l’accueil des énergies renouvelables.

RTE a lancé en 2018 et pérennisé depuis un groupe de travail « Anticipation » réunissant des représentants de producteurs, des ges-tionnaires de réseau de distribution, la CRE et la DGEC. Au sein de ce groupe de travail, des leviers d’amélioration ont été identifiés afin de mieux synchroniser la mise en service des infrastructures de réseau et les projets de production renouvelable, tout en maîtrisant les risques économiques pour la collectivité. La der-nière synthèse des travaux du groupe de travail est disponible en intégralité en annexe 1.

L’anticipation des études et des procédures administratives pour raccorder au plus tôt La création ou la révision d’un schéma S3REnR, et son approbation par le préfet de région, déclenche le processus de réalisation des études détaillées, de concertation et de préparation des procédures administratives afin de réaliser les infrastructures envisa-gées tout au long de l’arrivée effective de la production renouvelable prévue dans les schémas. L’ensemble des démarches adminis-tratives11 peut durer plusieurs années avant la mise en service effective du projet de réseau.

10. Par exemple les créations de nouveaux postes source

11. De l’évaluation environnementale initiale et déclaration d’utilité publique à la mise en œuvre des servitudes nécessaires.

Pour les adaptations les plus structurantes sur le réseau, les délais de réalisation sont compris entre quatre et six ans. En moyenne, la part liée aux études techniques, à la concertation et à l’obtention des procédures administratives représente 70 % de la durée totale, pour seule-ment 15 % du coût des projets.

Afin de pouvoir réaliser les infrastructures au plus tôt après l’approbation du schéma, il est proposé  d’identifier  les  nouveaux  besoins  structurants avant la révision du schéma et d’anticiper les études détaillées ainsi que l’instruction administrative de ces projets.

Ces infrastructures intégreront ensuite le S3REnR révisé et la phase de réalisation des travaux ne sera enclenchée que si l’arrivée locale de la production d’énergies renouvelables dépasse un seuil prédéfini afin de garantir la pertinence du projet. Une telle anticipation permettrait de gagner jusqu’à cinq années sur la date de mise en service des projets.

Afin d’identifier les adaptations ou les créations de poste source à anticiper, un cycle d’études sera réalisé à la maille de chaque région admi-nistrative, en parallèle du processus S3REnR, par RTE et en collaboration avec les gestionnaires de réseau de distribution (GRD), avec une pério-dicité maximale de cinq ans. Les gisements de

production éolienne et solaire seront fournis par les producteurs à un horizon de cinq ans, avec une perspective à dix ans, et feront l’objet d’un partage avec les pouvoirs publics régionaux et les parties prenantes, afin de disposer de la vision la plus robuste des perspectives de développement d’énergies renouvelables et de leur localisation précise. Ces gisements localisés permettront de faire émerger les stratégies d’adaptation du réseau nécessitant une anticipation : l’opportu-nité de ces anticipations sera revérifiée via une mise à jour annuelle des gisements de renouve-lables conjointement avec les producteurs.

Anticiper les études et les procédures adminis-tratives des projets structurants peut générer des effets de deux types :

u une augmentation du risque de coûts échoués dans le cas d’études et d’instructions adminis-tratives menées en anticipation, lorsqu’elles n’aboutissent pas à la réalisation du projet du fait de l’évolution des hypothèses de localisa-tion des énergies renouvelables ;

u une anticipation des dépenses liées aux tra-vaux, par rapport au cadre actuel, estimée en moyenne à trois ans pour des adaptations ou des créations de poste source importantes (cette anticipation correspondant à une mise en service du projet à temps plutôt qu’en retard).

Figure 12.21 Durée et coûts d’un projet de développement d’un poste source avec sa liaison de raccordement

Approbation du schéma

Études de détails, concertation, autorisations Travaux

Atteinte

Études de détails, concertation, autorisations Travaux

Atteinte

Études de détails, concertation, autorisations Travaux

Atteinte

Les bénéfices liés à l’anticipation des études et des procédures administratives relèvent d’une meilleure évacuation de la production renou-velable raccordée sur le réseau, via une mise en service des infrastructures au bon moment.

Les limitations de production, représentant des coûts pour la collectivité, sont ainsi évitées.

Les études à anticiper sont identifiées sur la base d’une vision prospective du gisement renouve-lable localisé précisément dans chaque région. Le risque de coûts échoués associé à l’anticipation dépend de la probabilité d’arrivée effective du gisement d’énergies renouvelables qui déclenche le besoin d’adaptation ou de création de poste Figure 12.22 Articulation entre l’anticipation des études et des procédures administratives et le S3REnR

S3REnR n 12

3 S3REnR n+1

4 56

S3REnR n 1

23

S3REnR n+1

Cycle anticipation

Jusqu’à 5 ans de gain sur les délais 4

5 6

Figure 12.23 Intérêt de l’anticipation de la phase d’études, concertation et autorisation selon la probabilité d’arrivée effective du gisement EnR

Seuil de déclenchement Phase étude, concertation et

autorisations administratives Phase travaux

Sans cycle anticipation

Les études, concertation et autorisations ne sont engagées qu’à l’approbation du schéma.

Le seuil de déclenchement peut être atteint avant la fin de cette phase (projets 3, 4 et 6), conduisant une mise en œuvre tardive des adaptations du réseau.

Avec cycle d’anticipation

Le cycle d’anticipation permet de lancer la phase d’études, concertation et autorisa-tions en amont de l’approbation du S3REnR qui portera les projets.

Les projets couverts par le cycle d’anticipa-tion intègrent le S3REnR révisé. Les travaux ne sont engagés que si le seuil est atteint.

0%

10%

20%

30%

40%

50%

60%

70%

80%

90%

100%

10% 20% 30% 40% 50% 60% 70% 80% 90% 100%

Pourcentage de projets pour lesquels l'anticipation est pertinente économiquement

Probabilité d'arrivée effective du gisement EnR

source : plus cette probabilité est grande, plus l’anticipation est pertinente économiquement car les risques de coûts échoués sont faibles et l’espérance de gain (les limitations de produc-tion évitées) est forte. Sur les quatre régions pour lesquelles les S3REnR en cours sont les plus avancés (Picardie, Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne et Aquitaine), le taux constaté de réalisation des projets renouvelables nécessitant une adaptation du réseau ou une création de poste source est de 96%. Même en supposant des erreurs de prévision plus impor-tantes que ce taux moyen constaté, l’anticipation des études détaillées et des procédures adminis-tratives demeure pertinente économiquement pour la collectivité pour une grande majorité des projets : en supposant un taux de réalisa-tion effectif des projets EnR descendant à 60 %, l’anticipation de ces phases reste intéressante économiquement pour plus de 90 % des projets d’adaptation ou de création de postes source.

La pertinence économique d’anticiper les études et les procédures administratives sur les évolu-tions structurantes des S3REnR est donc avérée.

L’intérêt d’anticiper est partagé par l’ensemble des parties prenantes du GT « Anticipation ». Des évolutions réglementaires ont été intégrées par la DGEC dans le cadre du projet d’ordonnance issu de la loi ESSOC et des futurs décrets sur les S3REnR, permettant d’inscrire les infrastruc-tures de réseau anticipées dans le futur S3REnR.

La couverture des coûts associés à l’anticipa-tion fait partie des quesl’anticipa-tions restant à instruire.

Dans le cas où des études et des procédures administratives sont abandonnées, les coûts associés pourraient être en partie couverts par les producteurs (ce qui n’est pas le cas actuel-lement) afin d’envoyer un signal incitatif sur la robustesse des gisements prospectifs servant de base à l’anticipation. Dans cette optique, la CRE, dans sa délibération du 31 janvier 2019 sur le projet de décret S3REnR, considère que ces coûts ne doivent pas être intégralement portés

par le TURPE, mais également par les produc-teurs au travers de la quote-part.

Le dimensionnement « durable » du réseau pour raccorder au plus juste Le principe du dimensionnement durable consiste à prendre en compte les besoins d’évacuation de production renouvelable au-delà du schéma en cours pour dimensionner les nouveaux postes d’évacuation des énergies renouvelables et leur ligne de raccordement au réseau, lorsque cette vision de l’arrivée des renouvelables est jugée suffisamment robuste par les parties prenantes.

L’objectif est d’éviter de réaliser des travaux complémentaires quelques années après la créa-tion initiale du poste, afin de réduire les coûts et les impacts environnementaux pour la collectivité mais également pour réduire les délais et faciliter l’acceptabilité de ces adaptations du réseau.

Lors de l’élaboration d’un S3REnR, les gisements de production renouvelable pris en compte conjuguent les ambitions régionales à l’horizon du schéma et les projets envisagés à cet horizon par les différentes parties prenantes. Toutefois, les producteurs peuvent avoir une vision du dévelop-pement potentiel d’une zone au-delà de l’horizon du schéma, rendant insuffisant le dimensionne-ment de certaines infrastructures à la cible. Si les informations de gisement dans la zone sont estimées robustes par l’ensemble des parties pre-nantes, les nouveaux postes à créer et leur ligne de raccordement feront l’objet d’un traitement spécifique pour les dimensionner plus durable-ment. Afin de limiter les dépenses anticipées lors du dimensionnement durable tout en maximisant la capacité supplémentaire créée, les stratégies de réseau identifiées initialement ne seront pas modifiées mais leur consistance sera renforcée via l’installation de câbles ou de transformateurs avec des capacités supérieures de transit.

L’exemple ci-dessous illustre l’intérêt du dimen-sionnement durable. Le S3REnR n° 1 identifie le besoin de créer un nouveau poste source, pour

accueillir un gisement de 20 MW. Si à l’horizon du schéma suivant, le gisement long terme est estimé à 52 MW, l’adaptation initiale du réseau peut se faire selon deux options en fonction du degré de confiance : un premier développement pour les 20 premiers MW, puis dans le deuxième schéma, la construction d’une deuxième liaison souterraine et d’un transformateur supplémentaire en cas d’arrivée des MW suivants (cas 1) ; ou (cas 2) en tenant compte dès le premier schéma de l’évolu-tion long terme du gisement, en construisant dès le départ une liaison souterraine et un transforma-teur de plus grandes capacités. Le montant initial des investissements à prévoir dans le premier schéma dans le cas 2 est supérieur de 12 % à celui du cas 1, mais le coût total de l’adaptation pour l’accueil des 52 MW dans le cas 1 dépasse de plus de 20 % celui du cas 2.

La pertinence économique du dimensionnement durable doit donc être analysée en regard de la robustesse de la vision prospective du gisement renouvelable. Dans des zones à fort poten-tiel de développement, sans contraintes fortes d’accep tabilité, le dimensionnement durable sera économiquement pertinent et permettra de réduire les délais de raccordement du gisement

qui interviendra après l’horizon du S3REnR.

En revanche, dans les zones où la vision du développement d’un gisement au-delà de celui identifié dans le S3REnR n’est pas suffisam-ment probable, le recours au dimensionnesuffisam-ment durable devra être évité.

L’opportunité de recourir au dimension-nement durable pour la création de postes source à créer sera donc analysée au cas par cas, au regard des gisements identifiés à long terme au moment de l’élaboration du S3REnR.

Il ne sera donc pas systématique et sera mis en œuvre dans les cas où la proposition fait consen-sus avec les parties prenantes. Les coûts relatifs au dimensionnement durable d’une infrastructure seront portés par le schéma nécessitant sa créa-tion, via la quote-part.

Par ailleurs, pour maîtriser encore davantage le risque de réaliser l’investissement complémen-taire et qu’il s’avère inutile dans le futur, RTE a proposé d’intégrer un ultime jalon de vérification de la pertinence du dimensionnement durable pour un poste à créer, juste avant de comman-der le câble de raccordement, qui représente la dépense majeure.

Figure 12.24 Illustration du principe de dimensionnement durable

Cas 1 :

évolution en 2 étapes Cas 2 :

dimensionnement durable

Hypothèses

• LS d’environ 20 km

• Ouvrages créés en HTB1 Limite de propriété HTB/HTA Transformation HTB/HTA 20 MVA

Gisement moyen terme

Gisement identifié

à long terme Gisement identifié

à long terme Limite de propriété HTB/HTA Transformation HTB/HTA 36 pMVA

Gisement moyen terme

Réseau amont - RTE Réseau amont - RTE

Étape 1 : S3REnR n° 1 Étape 2 : S3REnR n° 2

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