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Définitions modernes de la laïcité

Examinons maintenant plusieurs définitions de la laïcité, afin de pouvoir comparer ce que nous disent les prescripteurs.

Le mot lui-même a été inventé en 1871. Le Littré cite l'extrait d'un article de La Patrie, journal pro-impérial, soutien de Napoléon III. L'extrait dit :

« Au sujet de l'enseignement laïque (…) le Conseil [général de la Seine] a procédé au vote sur la proposition de la laïcité, qui a été repoussée » (11 novembre 1871).

Il semble que le mot avait déjà été utilisé durant la Commune de Paris, quelques mois plus tôt, lorsque les communards ont laïcisé les écoles. Remarquons que dès son introduction dans le vocabulaire français, le terme désigne un rapport à l'enseignement.

Fernand Buisson, en 1887, dans son Dictionnaire de pédagogie, fait de la laïcité la :

« sécularisation des institutions politiques d'un État ».

Cette définition nous semble fautive, car elle confond la sécularisation qui est, au premier chef, la lente perte d'influence de l’Église sur la société et ses institutions (dégradation de la croyance religieuse) et la laïcité qui

80 Philippe Lacoue-Labarthe, La réponse d’Ulysse et autres textes sur l’Occident, Paris, Nouvelles Éditions Lignes, 2012, VI. La séparation, c’est le commencement, p 74. Précédente édition dans La Séparation, dir. André Barbier et Jean-Michel Porte, Paris, In Press, 2003.

81 Martin Heidegger, La fin de la philosophie et la tâche de la pensée, Questions III et IV, Paris, Gallimard, 1976 (édition de 2005), p. 299.

instaure une distance entre Églises et État – et tout corps qui se sépare d'un autre formant ainsi un espace entre eux, il est possible d’introduire la métaphore de l'espace de la laïcité, nous y reviendrons.

Le Petit Larousse de 1905 indique comme définition de la laïcité :

« caractère laïque : la laïcité de l'enseignement. »

Définition parfaitement tautologique qui ne sort pas du cadre de l'enseignement. Il est laïc depuis les lois de Jules Ferry : loi du 16 juin 1881, instituant la gratuité de l'enseignement primaire public, dite loi Ferry ; et loi n° 11 696 du 28 mars 1882, qui rend l'enseignement primaire obligatoire. Remarquons que l'intitulé de ces lois ne fait aucunement référence à la laïcité.

L'accent des définitions de l'Académie française est mis principalement sur le caractère de neutralité religieuse des institutions, en 1932 (8e

édition), avec une ouverture à d'autres champs que celui de l'enseignement :

« caractère de neutralité religieuse d'un établissement d'instruction ou d'assistance, d'une loi, d'une institution. »

La 9e édition, en cours d'élaboration indique quant à elle :

« Caractère de neutralité religieuse, d'indépendance à l'égard de toutes Églises et confessions. La laïcité d'un établissement d'instruction, d'une loi, d'une institution. La laïcité de l'État est inscrite dans la Constitution de la Ve République. »

Il y a donc universalisation de la laïcité, portée par les notions de neutralité et d'indépendance, vis-à-vis des religions et de leurs institutions.

Mais dans le dictionnaire TLFi, Trésor de la langue française informatisé, nous trouvons deux sens à la définition de la laïcité. Il y est surtout question de séparation, bien que la neutralité soit rappelée :

« A- Principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse.

B- Caractère des institutions, publiques ou privées, qui, selon ce principe, sont indépendantes du clergé et des Églises ; impartialité, neutralité de l'État à l'égard des Églises et de toute confession religieuse. »

Il est intrigant de constater qu'il s'agit d'une neutralité de l’État vis-à-vis des institutions religieuses et d'une simple indépendance de ces institutions par rapport à l’État. Elles n'ont donc pas ici à être neutres et impartiales vis-à-vis de l’État.

Le Larousse indique aujourd'hui que la laïcité est :

«A- Conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l'Église et de l'État et qui exclut les Églises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement. (Le principe de la laïcité de l'État est posé par l'article 1er de la Constitution française de 1958). B- Caractère de ce qui est laïc, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes : la laïcité de l'enseignement. »

Un déplacement de sens s'est opéré et l'enseignement est bien devenu un cas particulier du principe de laïcité, qui s'étend aux institutions politiques et administratives. Par contre, sont ajoutées aux conceptions religieuses, les conceptions partisanes. Soit cette formulation est fautive, soit il nous semble qu'il faut lire que les partis politiques sont inclus dans ce qu'il faut mettre à distance de l’État, selon le principe de laïcité. Voilà une position qui est assez curieuse, compte tenu par exemple de la mainmise des partis sur la représentation nationale : rares sont les députés qui prennent des décisions qui ne sont pas pilotées par leurs partis respectifs. Cela dit, nous avons enfin là une définition qui prive les Églises de tout pouvoir politique, ce qui est le sens de la laïcité.

Enfin, le Robert ajoute la réciprocité :

« Principe de séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n'exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique. »

Il faut ici remarquer, là aussi, la notion de « société civile », nous devrons y revenir. La laïcité est donc tout à la fois un caractère, un principe et une conception. Nous voyons ce que peut être un principe, un fondement à partir duquel se construit un raisonnement, une notion importante dont dépend tout développement en terme de connaissances. De quoi la laïcité est-elle donc le principe ? Ensuite, la notion de caractère vient s'ajouter, comme pour réduire la portée du principe, ou en tracer les limites. Le

caractère est une notion complexe : ça peut être un signe ou une lettre gravée, ou inscrite ; un signe appartenant à un système d'écriture ; ou encore une typographie particulière ou un signe à imprimer ; ou un signe conventionnel utilisé par exemple en chimie ou mathématique. Il y a un second sens fondamental, celui de trait(s) distinctif(s) qui s'applique aux choses dans un sens esthétique (cette toile a du caractère) ou aux personnes, de la même façon. L'ensemble des traits distinctifs est aussi le(s) caractère(s) de telle ou telle espèce, animale ou végétale. Les caractères de la laïcité semblent être l'indépendance et la neutralité. Enfin, la conception renvoie à l'enfantement et à l'Immaculée Conception, à la parturition et à la maïeutique, à l'action et à sa métaphore socratique, au sens physiologique et au sens figuré. Concevoir c'est ici accoucher d'un concept, mais aussi se représenter un objet par la pensée. La laïcité serait alors aussi la conception de la séparation. Peut-être. N'est-elle pas plutôt la condition de possibilité de cette conception ?

Émanciper

Dans le champ individuel et psychique, cette séparation positive est la mise en place d’un espace – ou milieu – apaisé autorisant l’émancipation, conquis contre le cadre de la pensée dominante, traditionnelle, conservatrice. C’est cet espace permettant la réflexion, la critique, qui est ce que le législateur institue dans la société française par le biais d’une loi affirmant la séparation des Églises et de l’État. La Laïcité est la forme instituée de cet espace de « libre pensée » conquis sur l’espace occupé principalement par la pensée de l’Église chrétienne ; espace de sécularisation qui s’impose, selon l’expression consacrée, avec la force de la loi (dura lex, sed lex). Expression liée au droit du plus fort, après que Rousseau nous ait montré, dans le Contrat social, que nul droit n’est attaché à la force. Cet espace gagné sur la tradition (qu’il le soit par l’application de la loi ou par la lutte personnelle) n’est pas un espace d’opposition, mais une liberté de penser hors des cadres conservateurs dans lesquels nous vivons et avons été élevés. Il semble pourtant difficile de penser contre la tradition dont cette séparation émancipe. Bien

souvent, ce geste de sortie se produit contre ce dont nous tentons la sortie, tout contre. Peut-on échapper à ce tropisme ? Est-il seulement souhaitable d’y échapper82 ? Peut-être pas, puisque nous pensons encore dans les catégories de la religion chrétienne, dont la laïcité est issue. Il s’agirait pourtant de ne pas opposer, mais de distinguer ce qui nous a formés (et nous constitue) de ce que nous souhaitons penser, de ce vers quoi nous tentons de nous diriger. Aussi, en ce sens, penser contre peut permettre de prendre appui pour nous éloigner en quelque sorte de nous-82 Nous faisons là référence à la différentiation public / privé, qui est une des dualités constitutives de la cité grecque, mais aussi, plus tard, de la modernité libérale. L’espace public (l’espace de la publicité au sens d’Öffentlichkeit) est de plus en plus privatisé sous l’effet de la publicité (au sens d’advertising) qui a très fortement changé le sens de l’espace public, de la politeia (s'il y a encore un sens à user de ce mot grec). Cette privatisation-là n’a rien à voir avec l’espace intime – ou extime – du privé. A partir du moment où les entreprises privées (Coca Cola, Kraft, Google, Yahoo, etc.) financent presque entièrement l’espace public, osons même dire, constituent une forme nouvelle d'espace public privé, c’est en fait une privatisation et donc une destruction de l’espace public. Par conséquent, de nos jours, privé ne veut plus du tout dire ce que cela signifiait pour les Grecs avec Hestia. Chez les Grecs il y a une polarité public / privé, car pour qu’il puisse y avoir un espace public, il faut qu’il y ait un espace privé, dans l’intimité du foyer. C’est ce droit à l’intimité (privacy) qui est battu en brèche par Facebook, Amazon et les autres systèmes de collectes d’informations sur la personne qu’on nomme réseaux sociaux et qui ne servent que des intérêts pécuniaires (publicitaires). S’il n’y a pas cette intimité dans les sociétés tribales où tout est partagé, chez les Grecs, Hestia est la déesse du foyer, elle garde le feu, le pharmakon par excellence. C’est peut-être ce dispositif psychique et collectif que la publicité (advertising) et les médias publics et numériques sont en train de détruire.

Privé a changé de sens et désigne aujourd’hui ce qui appartient à la sphère économique et échappe précisément à la sphère privée. De plus, on peut voir l’émergence de l’espace public-privé, notamment sous la forme des partenariats public-privé (les PPP) dont nous pouvons constater l’échec et même les catastrophes qu’ils engendrent (voir l’exemple du Centre Hospitalier sud-francilien). Et de fait, si l’espace public est détruit par la privatisation, nous sommes tenus de nous demander à quoi peut bien servir la laïcité dans un contexte où il n’y a plus d’écart (où la tendance est à la réduction de l’écart) entre le public et le privé. Ainsi la question de la séparation des Églises et de l’État fait écho à une séparation autrement plus fondamentale pour la conservation de la société occidentale, à savoir celle de l’espace public et de l’espace privé. Ces tendances s’affrontent dans un processus dynamique qui tend à détruire l’espace public, qui n’est autre que l’espace de la République (res publica).

C’est ce processus que l’on nomme néolibéralisme et dont nous voyons la marque dans la destruction de l’État (son démantèlement programmé), livrant toujours plus de secteurs de l’activité publique au secteur privé (c'est-à-dire, celui d’une économie qui ne dépend pas de la sphère publique : le marché capitaliste) : assurances complémentaires, retraite par capitalisation (fonds de pension), etc.

En effet, l’espace public ne « tombe pas du ciel », il est constitué par des institutions publiques (donc, par l’État) qui en permettent le déploiement dans la sphère politique (dans la cité). Démanteler ces institutions revient à détruire l’espace public au prorata de la disparition des secteurs étatiques (de pans des pouvoirs dits publics) attaqués par les forces économiques privées. Ce processus détruit la politique, la cité. C'est un des rôles fondamentaux de la laïcité que de maintenir cet écart entre privé et public, entre conscience intime (ou extime) et vie publique.

mêmes. Cependant, cela revient à pérenniser le mode de pensée duel hérité de Platon (mais aussi des présocratiques) et qui consiste à opposer des termes deux à deux, afin d’en faire surgir les contradictions ; afin que de l’opposition surgisse un dépassement qui permet de composer (ensemble) un nouveau terme (méthode dialectique). Notre propos n’est pas d’écarter la tradition philosophique, mais de comprendre un mode de pensée duel, binaire, avec lequel nous devons compter puisqu’il est à l’origine du dualisme, de l’opposition du bien et du mal (qui naît chez Platon avec l’allégorie de l’âme ailée du Phèdre ; mais qui n’est pas aussi simple, car il y a un troisième terme : le cocher)83. Il semble que cette orientation est en germe dans le dialogue platonicien, mais il ne faut pas confondre pour autant le dialogique avec la dialectique84. Pour Platon (et 83 Le cocher tente de concilier les deux chevaux qui tendent à tirer dans des directions différentes. Il pourrait être intéressant d’interpréter cette allégorie avec le Freud d’Au-delà du principe de plaisir et peut-être aussi avec le Nietzsche de Par-delà le bien et le mal. Au demeurant, c’est à partir de la République que se constitue philosophiquement l’opposition entre le bien et le mal, mais aussi la séparation entre ciel et terre (le khorismos, χωρισμός, signifie la séparation, l’impossible continuité entre le sensible et l'intelligible) qui constituera ce qu’on appelle le dualisme : séparation de l’être et du devenir, du sensible et de l’intelligible, de l’âme et du corps, du synchronique et du diachronique (Saussure), etc. C’est la naissance du monde chrétien qui est basée sur ces oppositions (Jésus – synchronique, Diable – diachronique) ; monde qui tend à s'universaliser de nos jours de par le processus de sécularisation qu'il porte en lui.

84 Le dialogique, c’est la tendance du premier Platon, celui des premiers dialogues. Platon reste fidèle à Socrate et y pratique la maïeutique, alors que la dialectique (analyse et synthèse, d’après le Phèdre) c’est le mode de pensée qui est basé sur les idées intelligibles (à partir du Phèdre et de la République, mais déjà dans le Banquet). Ce avec quoi le dialogique composait, la dialectique l’oppose.

Si Husserl parlera de l’écriture comme analytique (L’origine de la géométrie), la dialectique (médecine de l’âme) est posée comme la bonne forme de l’écriture contre la rhétorique des sophistes (Phèdre) : la rhétorique est un pharmakon. Elle est donc potentiellement une drogue dangereuse (c’est Paracelse qui a introduit la notion de dosage en disant qu’une drogue devient dangereuse en fonction de la dose ; mais les études des effets des faibles doses en lien avec l’industrie chimique – bisphénol A, par exemple – indiquent qu’à faible dose les hormones synthétiques ont des effets mesurables sur le long terme) : elle demande à ce qu'une prescription soit faite par une personne qui en connaît les effets néfastes et bénéfiques, le médecin. De plus, le dialecticien n’a pas appris la dialectique dans les livres (mais alors où l’a-t-il apprise ?).

Les grandes questions du marché seraient déjà dans la République, car nous héritons tous nos processus de pensée, au travers de leur histoire, de la dialectique platonicienne absorbée par la religion chrétienne. Les libertariens mettent en œuvre des processus de pensée platoniciens : le régime timocratique (régime de la valeur) perd son ancrage dans les valeurs morales et intellectuelles pour embrasser les valeurs techniques (à l’ONU, la lutte contre les inégalités devient lutte contre la pauvreté) et pécuniaires (l'économie financière) : c’est la gouvernance européenne. La timocratie va probablement conduire à l’effacement des dialecticiens eux-mêmes : ils se dé-singularisent. La timocratie repose sur la dé-intériorisation de la loi : fondation d’une politeia (république) qui distingue les gardiens (médecins – iatroïs) qui ont accès aux idéalités : ils sont sortis de la caverne ; et tous les autres

toute la tradition philosophique) c’est à deux que l’on pense, dans le dialogue. Que ce dialogue ait lieu entre deux personnes vivantes ou entre un écrivain et un auteur dont seuls les ouvrages sont accessibles importe peu. C’est la confrontation avec l’autre qui permet de comparer ses arguments, de les opposer, de les affronter et d’en tirer une pensée.

Mais cet espace de pensée (ou plutôt de penser) n’est pas possible si nous restons sous la coupe de la tradition, si nos épaules ne sont pas allégées au moins en partie de la charge du dogme, ou plus largement, de la prescription morale, des interdits dont la dernière limite explicative est la foi (quant à la question « pourquoi ? » il ne peut être répondu que « parce que c’est écrit », ou « parce qu’il en a toujours été ainsi », ou « parce que c'est la tendance du marché »).

Cet espace est bien plus ancien que la loi sur la laïcité. On ne peut réellement lui assigner d’origine (ne serait-ce que parce que l’origine est un mythe), car nous sommes enclins à penser que l’homme remet en cause ses dogmes depuis qu’il en a inventé, même si cette remise en cause est souvent (toujours ?) marginale. Socrate est le témoins dans le champ du discours, devancé par les géomètres, les mathématiciens, les astronomes et les législateurs des deux siècles qui le précédent, d’une transformation sociale qui fait muter le monde grec dans son ensemble, le faisant sortir de l’âge tragique pour découvrir un autre mode de pensée qui deviendra celui de l’Occident dans son ensemble (via l'universalisme chrétien). Nous disons Socrate, mais en réalité, il n’est que le personnage de Platon, auteur dont nous gardons la trace et qui est à notre connaissance le premier à mettre en forme ce nouveau discours qu’est la philosophie et à le nommer comme philo-sophia, φιλο-σοφία.

Nous soutenons que la philosophie est née dans une tentative d’émancipation d’avec un conservatisme. La réaction a été violente, puisque Socrate et soixante-dix autres « agitateurs » ont été condamnés à mort ou à l’exil parce qu’ils remettaient en cause publiquement la tradition sont des ignorants dans la caverne et sont contrôlables, entre autres façons, par le mensonge (en tant que pharmakon). En usant du mensonge, les gardiens dé-intériorisent la loi qu’eux-mêmes incarnent et profèrent (et donc on doit mettre des policiers à chaque coin de rue). Cela entraîne une perte d’autonomie des individus. Nous reviendrons sur la question du mensonge d’État dans le chapitre 11.

(Socrate aurait été le seul à refuser l’exil et à être par conséquent condamné à boire la ciguë). Ici, c’est bien la justice et donc l’État (la cité) qui condamnent au nom de la tradition. De nombreux autres penseurs écartés (Galilée se rétractant, ou Rousseau censuré85) ou éliminés (Bruno, immolé pour ses écrits) parce que leurs travaux remettaient en cause la tradition (ou les idées reçues : les clichés), sont les traces de la lutte difficile et parfois mortelle pour gagner cet espace d’émancipation.

C’est là, pensons-nous, que la laïcité instituée en 1905 ouvre un espace apaisé, un espace qui n’a plus à être gagné individuellement au péril de sa vie, un espace protégé par la loi, un espace séparant l’Église et l’État, les cultes et la vie publique, en somme, le privé (l’extime) et le public. Ainsi la vie publique est protégée des excès de la tradition. Ce qui ne signifie pas que la tradition est niée ou oubliée. Nous sommes toujours constitués par elle, travaillés par notre histoire et ce dont nous héritons. Mais nous pouvons désormais espérer penser sans risquer la réaction d’un appareil rigide et mortifère. Du moins, sans risquer de réaction légale des tenants de la tradition (mais la loi sur la laïcité seule n’est pas protectrice, il faut aussi convoquer les textes légaux antérieurs sur la liberté d’expression86, textes qui sans évoquer l’esprit laïc sont bien entendu de cette eau).

La séparation au cœur de l'occident

Ajoutons ici quelques considérations sur la séparation de l’Église et de