I. Contexte

1. La problématique des déchets

1.2. Les déchets ménagers et assimilés en France et dans le Monde

Pour évaluer l’enjeu environnemental que pose la quantité des déchets produits en France donc la quantité qui devrait être traitée, nous l’avons comparée à la production d’autres pays avec différents degrés de développement.

La Figure I-1 compare la quantité totale des déchets générés dans les plus importants pays du monde. En 2010, la France a généré environ 35 millions de tonnes de déchets municipaux et de déchets des ménages similaires (OCDE, 2012).

Figure I-1 : La production de déchets dans différents pays en 2010, en 1000 t (OCDE)

Pour mieux comprendre la situation en France, nous nous focalisons sur la quantité de déchets produits par habitant et par an. Sur la Figure I-2 l’Europe est représentée en différentes couleurs selon la quantité de déchets municipaux produits. En Europe (UE27), la production moyenne de déchets municipaux est évaluée à 525 kg/hab./ans en 2008 (Eurostat, 2012). Elle recouvre des disparités importantes, en effet elle varie de 316 kg par personne en République tchèque à 833 kg au Danemark. Malgré le fait que ce dernier pays ait une politique favorable écologique, on voit que la production des déchets dépend surtout du montant du Produit Intérieur Brut. La France se situe à un niveau légèrement supérieur à la moyenne.

Figure I-2 : Production des déchets municipaux en Europe en 2009 (Eurostat, 2012)

Quand nous regardons l’évolution de la production de déchets en France, elle est progressive et influencée par une modification du mode de vie et par un baby-boom dans les années 60’ (augmentation de 20 millions d’habitants). La modification du mode de vie est liée à la progression de la technologie sans cesse en évolution. Avec les nouvelles technologies, la durée de vie des produits a tendance à continuellement raccourcir pour maintenir la demande des consommateurs au même niveau. Tout cela génère l’augmentation du volume des déchets. Sur la Figure I-3 est présentée la quantité de déchets municipaux produite par personne de quatre pays chaque année pendant quinze ans. Nous voyons que la tendance de la production pour les dix dernières années semble être liée à la richesse économique du pays avec l'exemple suivant : Suisse, Allemagne, France et la République Tchèque. L’Allemagne a une courbe qui diminue depuis 1991 quand leur gouvernement a lancé un système de consignation qui baisse considérablement la quantité de déchets (Federal Ministry for the Environment, 2006).

C’est seulement en 1999 en raison de la directive d’UE (1999/31/CEC) que la politique française s’est tournée vers la problématique des déchets. La loi française concernant les déchets est adoptée dix ans plus tard avec la loi n°2009-967 relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement avec le but entre autres de renforcer la politique de réduction des déchets. L’objectif est une baisse de la quantité d’ordures ménagères de 5 kg par habitant et par an jusqu’à 2014.

Figure I-3 : La production de déchets municipaux par habitant en différents pays de l’UE (kg/hab) (Eurostat, 2012)

Les mesures nécessaires pour atteindre le but de la réduction de déchets se concentrent surtout dans les grandes villes, car la différence entre la production des ordures en campagne et dans une grande métropole est très importante. Néanmoins la surface occupée par les grandes villes et les métropoles est seulement 2% de la surface terrestre, mais 53% de population habite sur cet espace. Il est estimé qu’une personne d’une métropole hautement développée produit plus de 2 kg de déchets par jour - principalement dans les grandes mégapoles aux États-Unis ou en Europe (Gutberlet et al., 2003). Contrairement aux villes d’Amérique Latine qui produisent environ 1kg par jour et par habitant (Chung et al., 1998). Dans les pays avec une basse prospérité comme certains pays en Afrique, la production peut encore baisser jusqu’à 300g (Achnkeng et al., 2003).

Dans le Tableau I-1 est présentée une production annuelle des déchets (kg/hab/an) des grandes métropoles du monde avec le dénombrement de la population et année de référence. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à collecter les données de la même année pour tous les pays, car l’estimation n’est pas faite ou la source n’est pas crédible. Néanmoins, nous avons une vision de la relation entre la prospérité d’une ville et la production des déchets qui est similaire à la conclusion précédente. Tandis que les villes développées comme Hong Kong ou New York ont une production de déchets supérieurs à 2 kg/hab/jours, les villes en développement ont une production qui varie de 1 à 2 kg et les métropoles pauvres ont une production des déchets inférieurs à 1kg par habitant et par jour.

Ville année Population urbaine La production déchets (kg/hab/jour)

Hong Kong 2007 6 926 0001 2,471 New York 2000 8 008 0003 2,32 Mexico city 2001 8 615 9551 1,381 Zagreb 2006 784 9001 1,241 Rio de Janeiro 2001 5 857 9041 1,201 Shanghai 2000 12 887 0001 0,91 Delhi 2005 10 306 4521 0,571

Sources : 1. Hoornweh et Bhada-Tata, 2012 ; 2. U.S. EPA, 2002; 3. New York City Department of City Planning, 2005

Tableau I-1 : Production des ordures ménagères (kg/hab/jour) dans les métropoles mondiales

Sur la Figure I-4 est illustrée une corrélation de la production des ordures ménagères, la population et la PIB (Produit Intérieur Brut) fait par Modak et al. (2011). Son équipe démontre qu’il y a une grande croissance du taux de production des déchets en Asie (Inde et Chine) en réponse aux attitudes sociales et aux habitudes d'achats qui sont en train de s’approcher de celles des villes développées.

Figure I-4 : Corrélation entre la production des ordures ménagères, la population et le PIB (GDP) (Modak, 2011)

En Europe ça n’est pas seulement la relation entre la prospérité et la production des déchets, mais un rôle important de la politique de chaque pays. Selon la statistique de l’Agence européenne pour l'environnement (2007), nous constatons que Rome et Naples produisent autour de 600 kg par habitant tandis que les villes allemandes comme Munich et Berlin produisent le moins des métropoles européennes (au-dessous de 500kg/hab/ans) dont une grande partie vient d’assemblage séparé pour le recyclage futur. Nous avons essayé de faire notre

propre estimation pour calculer la production des ordures ménagères par habitant et jour à Paris en utilisant le modèle de circulation fait par Beige et al. (2004). Il a écrit trois formules pour évaluer la production des ordures ménagères en fonction de la prospérité des villes. Le PIB de la France par habitant en 2009 était de 29200€ ce qui fait de la France un pays avec un niveau de grande prospérité (supérieure à 20200 €). L’équation est donc la suivante :

356

)

M

log(

1

,

197

PIB

014

,

0

5

,

359

OM    

INF

OM sont les Ordures Ménagères produites par habitant et par jour (en kg) et MINF est la mortalité infantile (taux de mortalité néonatale, de mortalité post-néonatale et de mortalité infantile pour 10000 naissances) à Paris ce qui faisait 3,6 en 2009 (Institut Nationale de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE), 2009). Le résultat obtenu est de 1,89 kg/hab/jour ce qui fait une production estimée par habitant et par an en 2009 de 690 kg d’ordures ménagères. La métropole française a selon l’Agence européenne pour l'environnement (2007) une production moyenne parmi les autres pays européens.

L’autre aspect à part la quantité de production de déchets qui est spécifique à chaque pays ou ville est la composition de ces déchets qui est différente. Comme dans le cas précédent, cette propriété est liée à la richesse du pays ou de la ville. Les déchets générés dans les villes ayant de faible ou de moyens revenus ont une forte proportion de déchets organiques, alors que les déchets produits dans les villes à haut revenu sont plus diversifiés avec des parts relativement importantes de matières plastiques et de papier. La Figure I-5 est un exemple de la composition moyenne de déchets ménagers produits en France en 2009. La plus grande partie est composée par des déchets putrescibles qui ont la capacité de fermenter par exemple les déchets de légumes et de fruits ou tontes de gazon. Le reste est composé principalement par des matériaux servant aux emballages comme le papier, le plastique ou le verre.

Figure I-5 : Composition moyenne nationale des ordures ménagères (Ademe, 2009)

Tous ces matériaux peuvent constituer une menace spécifique pour l'environnement. Le danger n’est pas seulement dans le contenu, qui peut être lixivié et libéré dans l'environnement, mais aussi la quantité dans laquelle les déchets se présentent. Et c’est principalement la quantité qui est un facteur décisif au choix du traitement.

Dans le document Vers de nouvelles matrices minérales pour l’immobilisation et la valorisation des déchets ultimes de l’incinération des déchets ménagers (Page 41-47)