: Évolution de la population des municipes du Périsalar (1950‐2001)

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Dynamiques territoriales et organisations sociales  dans le Périsalar de l’Altiplano Sud

Carte 5  : Évolution de la population des municipes du Périsalar (1950‐2001)

 

Source : INE, recensements 1950, 1976, 1992, 2001 (données redistribuées selon les limites administratives pour Salinas, Tahua  et Llica, 2001). Elaboration A. Vassas Toral, en collaboration avec S. Coursière, 2010. 

Dans le détail (voir en annexe 6 les taux moyens de croissance annuelle intercensitaire des  municipes du Périsalar), nous observons pour la période intercensitaire 1950‐1976 des taux  compris entre  ‐0,83 et 1,11%, soit un maintien relatif de la population. Cette période post‐

révolution nationale correspond à la nationalisation des mines et au début de l’urbanisation du  pays. 

Pour la période 1976‐92, la tendance générale est à une diminution de la population. Cette  diminution est le reflet des migrations et de « l’abandon résidentiel des campagnes » dans la  zone. Cette période correspond d’une part à l’urbanisation croissante du pays, d’autre part aux  politiques de colonisation des terres basses et à l’émergence de Santa Cruz comme nouveau  grand pôle économique. 

Entre 1992 et 2001, en revanche, l’accroissement de la population est général dans tous les  municipes sauf pour celui d’Uyuni qui continue sa décroissance. Il faut noter un biais possible  pour les données de 2001 puisque la population rurale aurait été surestimée. En effet, depuis la  loi  de  Participation  Populaire  et  Décentralisation  Administrative  promulguée  en  1994,  le  gouvernement  octroie  des  crédits  aux  municipes  (appelés  co‐participation  populaire)  en  fonction de la population résidente. En conséquence, nombreux sont ceux qui se sont fait  recenser dans leur communauté d’origine alors que leur lieu de résidence principale se situait  ailleurs,  généralement  en  ville.  Les  liens maintenus avec  les communautés  d’origine,  les  habitudes de circulations mais également les systèmes de double résidence, ont favorisé cette 

« tactique du retour » pour le recensement. S’il n’est pas impossible que la période ait été  marquée par une réelle croissance de la population, ces données du recensement restent donc à  considérer avec prudence. Dans un paragraphe ultérieur, nous procèderons pour l’année 2008 à  une estimation propre de la population des communautés d’étude à partir de notre travail de  terrain qui tend effectivement à confirmer cette tendance à l’accroissement.   

2.2.2. La physionomie de l’habitat : émigration ou relocalisation ? 

L’analyse  des  formes  de  l’habitat  nous  donne  quelques  indications  sur  l’évolution  démographique de la zone. Dans les communautés d’étude situées dans la zone Intersalar, les  traces d’habitat anciennement occupé (maisons abandonnées) peuvent être le témoin d’une  baisse  de la population résidente et d’un  processus d’émigration. Se côtoient, cependant,  maisons abandonnées (sans toit ou avec un toit qui s’écroule) et maisons en toit de tôle ondulée 

Dans les communautés d’étude situées en dehors de la zone Intersalar (à l’est et au sud du  salar), le constat est différent puisque plus rares sont les maisons abandonnées. En effet, ces  communautés étaient autrefois des communautés d’éleveurs, l’habitat était très dispersé. Avec  l’implantation des écoles, l’arrivée de l’électricité et l’intensification de la production de quinoa,  les  populations  ont  eu  tendance  à  se  regrouper  dans  certains  secteurs  du  territoire  communautaire. C’est ainsi que le village de Candelaria (municipe d’Uyuni) est de formation  récente, puisqu’il correspond à une nouvelle localisation des populations des zones alentours et  à la création d’un nouveau centre où l’habitat se distingue exclusivement par des maisons  neuves.  En  revanche,  lorsque nous  parcourons  le  reste  du  territoire  de la  communauté,  nombreuses sont les maisons des hameaux qui sont abandonnées. Le cas de San Juan (municipe  de Colcha ʺKʺ) est relativement similaire même si, à la différence de Candelaria, le centre actuel  de la communauté n’est pas une création en tant que telle puisque depuis très longtemps  localisé  au  même  endroit.  Pour  ces  deux  villages,  l’impression  est  une  évolution  démographique positive ce que confirment nos propres estimations. 

Ainsi, les maisons abandonnées de l’Altiplano Sud reflètent un exode rural qui a réellement  affecté certaines communautés. Mais il convient de relativiser cette perception paysagère dans  la mesure où, dans cette région, certains hameaux « fantômes » que l’on pourrait croire avoir été 

désertés, correspondent en réalité à une relocalisation résidentielle des populations dans les  bourgs proches. 

Encadré 2 : Formes d’habitat dans l’Altiplano Sud 

Photo 7 : Mélange de maisons abandonnées et de maisons  neuves ‐ Jirira 

Photo 8 : Maisons abandonnées ‐ Chilalo 

Photo 9 : Bourg de Llica 

Photo 10 : Hameau  Source : clichés A. Vassas Toral 2008. 

2.2.3. Structure démographique de la population en 2001 

L’étude de la structure démographique permet de compléter l’analyse des dynamiques de  peuplement de l’Altiplano Sud, et plus précisément de notre zone d’étude. Nous disposons  pour le recensement de population 2001 de l’âge et du sexe des individus recensés, ce qui nous  permet de réaliser les pyramides des âges pour chacun des municipes (voir figure 9). 

Nous observons deux types de pyramides des âges. Tout d’abord des pyramides relativement  équilibrées en terme de représentation des tranches d’âge et de la répartition entre sexes ; c’est  le cas des municipes de Colcha ʺKʺ, Salinas de Garci Mendoza, Pampa Aullagas, Tahua et San  Agustín, cʹest‐à‐dire les municipes localisés sur les bordures nord et sud du salar d’Uyuni. En  revanche, pour les quatre autres municipes, nous observons des « creux » d’effectifs pour  certaines tranches d’âge. À San Pedro de Quemes et Llica, le creux apparaît à partir de la  tranche 30‐39 ans pour se poursuivre jusqu’au sommet de la pyramide, ce qui nous indique le  départ d’une population jeune et active, sans retour. À Santuario de Quillacas, en revanche,  nous observons un creux de l’effectif à partir de la tranche d’âge 20‐29 ans et jusqu’à 39 ans. Le  retour à une pyramide classique ensuite peut refléter des migrations de retour à partir de 40  ans.  Enfin,  la  pyramide  du  municipe  d’Uyuni  est  la  plus  déséquilibrée,  présentant  un  gonflement de population jeune (0‐19 ans) et des effectifs réduits dans les tranches d’âge  supérieurs, pour les deux sexes.  

 

1 500 1 000 500 0 500 1 000 1 500

0‐9

500 300 100 100 300 500

0‐9

1 000 500 0 500 1 000

0‐9

500 300 100 100 300 500

0‐9

3 000 2 000 1 000 0 1 000 2 000 3 000 0‐9

500 300 100 100 300 500

0‐9

 

Quant aux indices de masculinité, qui représentent le nombre d’hommes pour 100 femmes  (tableau 7), le constat global dans les campagnes de l’Altiplano Sud n’est pas celui d’un très fort  déséquilibre. On observe tout de même un nombre d’hommes plus élevé, excepté dans deux  municipes, ceux d’Uyuni et de San Agustín. Les plus forts déséquilibres concernent l’un des  municipes frontaliers avec le Chili, celui de San Pedro de Quemes (120 pour 100 femmes). Ce  constat est plutôt paradoxal lorsque l’on sait que les migrations rurales, traditionnellement,  induisent plutôt une féminisation des campagnes, du fait du départ des hommes. À moins que,  sur l’Altiplano Sud, les migrations concernent tout autant les hommes que les femmes ? Nous  reviendrons sur ces aspects dans l’analyse plus fine des systèmes de mobilité des populations  de l’Altiplano Sud. 

Tableau 7 : Indice de masculinité de la population des municipes d’étude en 2001 

Municipe  Indice de 

masculinité 2001  San Pedro de Quemes  119,7  Santuario de Quillacas  110,5 

Pampa Aullagas  107,7 

Llica  105,0 

Salinas de Garci Mendoza  103,2 

Tahua  101,9 

Colcha ʺKʺ  102,0 

Uyuni  96,5 

San Agustín  90,9 

Source : INE, recensements 1992 et 2001, calculs CODEPO, 2004. 

Nous pouvons donc conclure que, si la structure démographique de la population présente  certains  déséquilibres  (creusement  de  la  pyramide  à  partir  de  vingt  ans,  taux  élevé  de  masculinité),  elle  ne correspond  pas au  schéma  classique de  ces campagnes  de  migrants  marquées par le vieillissement et la féminisation.  

2.2.4. Répartition de la population au sein des municipes et des communautés  d’étude 

Le recensement de la Bolivie en 2001 comptabilise 8 274 325 habitants dont 41% vivent sur  lʹensemble de lʹAltiplano (Altiplano Nord, où se situe la capitale, Altiplano Central et Sud),  lequel ne cesse de perdre de son poids démographique relatif au profit des vallées et des terres  basses (CODEPO, 2004). La Bolivie, dʹune superficie d’environ 1 100 000 km², a une densité  moyenne de 7,53 hab./km², ce qui représente une faible emprise de peuplement. On trouvera  cependant des densités rurales relativement importantes, allant au‐delà de 200 hab./km², dans  certaines régions voisines du lac Titicaca ou de Cochabamba. 

Pour ce qui est de notre région d’étude, la population se répartit sur lʹensemble du plateau,  marqué par une très faible densité de 1,26 hab./km² en moyenne. La densité de population varie  entre 0,2 et 2,6 habitants/km² (tableau 8).  

 

Tableau 8 : Densité de population des municipes d’étude en 2001  Municipe 

Densité de  population  (hab./km²) 

Uyuni  2,6 

Pampa Aullagas  2,4 

Santuario de Quillacas  1,6  Salinas de Garci Mendoza  1,2 

San Agustín  0,7 

Llica  0,7 

Colcha ʺKʺ  0,6 

Tahua  0,3 

San Pedro de Quemes  0,2  Source : INE, recensement 2001. 

Les densités les plus faibles se situent dans les municipes du sud et de l’ouest du salar où, d’une  part,  les  conditions  du  milieu  sont  extrêmes  et,  d’autre  part,  les  populations  sont  particulièrement éloignées des voies de communication et des principaux centres urbains du  pays. 

La  population  rurale  de  l’altiplano  se  répartit  dans  des  unités  territoriales  dénommées 

« communautés »,  elles‐mêmes  constituées  soit  par  un  unique  village  (pour  les  petites  communautés),  soit  par  différents  hameaux  (estancias  ou  villorios  dans  les  grandes  communautés). L’arrivée des écoles, puis de l’électricité « resserrent » les lieux de résidence des  habitants, les estancias et villorios sont souvent abandonnés pendant l’année scolaire et réinvestis  ponctuellement pendant les vacances, les travaux agricoles et pour le pâturage. 

D’après le recensement de 2001, la population des communautés varie entre neuf individus  pour les moins peuplées et 990 pour les plus importantes26. La Carte 6 rend compte de la  distribution spatiale des communautés dans la zone du Périsalar et des effets de répartition  inégale, d’une part, entre le nord et le sud, et d’autre part, entre la partie occidentale (zone  frontalière avec le Chili) et orientale. Un des facteurs explicatifs de la plus faible densité au sud  et à l’ouest est l’orientation productive des communautés. En effet, les communautés du nord  sont plus agricoles, celles du sud plus tournées vers l’élevage extensif, ce qui va de pair avec des  territoires communautaires plus étendus et moins peuplés. Au sud, l’habitat est donc plus  dispersé au sein des communautés, sachant cependant que nous avons représenté sur la carte la  population à partir du village centre.  

      

26 Ces chiffres sont le résultat d’une réanalyse sur les tableaux de données du recensement de 2001 et n’apparaissent 

donc pas comme tels dans les travaux de l’INE. 

 

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