46 L’émergence de la Chine

Dans le document histoire des faits économiques l1 [pdf] • Economie et Gestion (Page 150-154)

La Chine est aujourd’hui la deuxième puissance économique mondiale, son ascension symbo-lise l’émergence de certains pays en retard de développement dans le « jeu » international durant la mondialisation contemporaine.

Point clé

1. DES PERFORMANCES DE CROISSANCE EXCEPTIONNELLES, UN RATTRAPAGE RAPIDE

Depuis son ouverture internationale en 1978, le taux de croissance annuel moyen du PIB de la Chine est très élevé. Ce dynamisme assis sur une population nombreuse (956 millions en 1978, 1,34 milliard en 2011) est associé à une montée dans la hiérarchie des puissances qui l’a propulsée au deuxième rang mondial en termes de produit global (elle a dépassé le Japon en 2010). Dans un rapport publié en octobre 2014 le FMI annonçait même que le PIB chinois, « corrigé » de la parité des pouvoirs d’achat (PPA), allait dépasser celui des États-Unis en 2014 : 17 632 milliards de dollars pour le Chine contre 17 416 milliards pour les États-Unis. Pour certains, le phénomène était prévisible tant le rythme de la croissance chinoise était, depuis longtemps, supérieur à celui de la croissance américaine. Mais cette nouvelle a eu un fort retentissement. La Chine est apparue plus que jamais comme la nouvelle superpuissance. Elle entamerait, pour certains, une domination éco-nomique sans partage. Le pays est d’ailleurs présenté comme le nouveau leader sur la scène mondiale, le successeur des États-Unis dans un contexte global de déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale vers l’Asie. Le taux de croissance du PIB chinois est très élevé depuis le seuil des années 1980, il oscille autour de 10 % par an. Les échanges internationaux ont constitué le principal moteur de cette croissance conformé-ment à la stratégie d’ouverture initiée par Deng Xiao Ping à partir de 1978.

2. UNE STRATÉGIE RÉUSSIE D’INSERTION DANS LA MONDIALISATION

En 1978, la Chine a impulsé un mouvement d’ouverture internationale afin de se développer. Selon Deng Xiaoping « pas un seul pays au monde quel que soit son système politique n’a réussi à se moderniser avec une politique de porte fermée ». La Chine imite alors la stratégie japonaise après la restauration Meiji (1867-1868) et la stratégie sud-coréenne des années 1960-1970 en cherchant à faire de l’ouverture un levier de croissance. Depuis 1980 le commerce extérieur chinois progresse beaucoup plus vite que le PIB. L’ouverture chinoise reposait au départ sur des Zones Économiques Spéciales (ZES) qui offraient des conditions favorables aux firmes multinationales et deviennent le creuset d’un transfert des technologies occiden-tales. Dans un premier temps sous l’effet d’importations de biens d’équipements le solde cou-rant est déficitaire. Mais à partir des années 1990 des excédents systématiques se font jour, la Chine devient le nouvel atelier du monde. Un modèle de croissance extravertie est déployé comme par le passé au Japon et en Corée du Sud. En 2006 le ratio exportations / PIB culmine à 35,7 % soit un niveau extrêmement élevé pour un pays de cette taille. De fait, la Chine appa-raît très dépendante de la demande mondiale. Cette croissance extravertie peut être considé-rée comme un facteur de fragilité. Depuis la crise financière de 2008 et la mise en œuvre d’un plan de soutien de la demande intérieure, la Chine met progressivement en place un nouveau modèle de développement plus autocentré au sein duquel la consommation et l’investissement devraient se substituer progressivement aux exportations comme moteur de la demande.

Fiche 46 L’émergence de la Chine © D un od - To ut e re pr od uc ti on n on a ut or is ée e st u n lit .

Au sein d’un système « socialiste de marché » les politiques économiques restent très actives. Les autorités contrôlent les flux d’importations et orientent largement les spécia-lisations industrielles via une capacité à contrôler les investissements. La forte compétiti-vité prix de la Chine est assise sur le faible coût de sa force de travail et le maintien par les autorités monétaires d’une sous-évaluation réelle du renminbi (la monnaie du peuple). Cet activisme lui a permis de conquérir des positions commerciales fortes : la part de mar-ché de la Chine dans les exportations manufacturières mondiales est ainsi passée de 1 % en 1978 à 17,7 % en 2013. L’ouverture financière a, elle aussi, été contrôlée : les inves-tissements directs étrangers entrants sont réglementés (joint-venture avec des opérateurs chinois) et le yuan n’est pas pleinement conversible au niveau international.

3. LES EXPLICATIONS DE LA CROISSANCE CHINOISE

Une dynamique intersectorielle favorable. En 2010, la part de l’industrie dans le PIB chinois était de 47 %, celle de l’agriculture avait chuté à seulement 9,6 %. Depuis les an-nées 1980, en devenant l’atelier du monde, la Chine a opéré un mouvement de transfert massif de la main-d’œuvre du secteur agricole ou elle était peu productive, vers le secteur industriel ou elle a été associée aux technologies les plus modernes. Ceci a eu des consé-quences très positives sur la productivité globale de l’économie chinoise. Dans le futur, la tertiairisation de l’économie chinoise sera inévitablement un facteur de ralentissement du rythme de sa croissance. Le développement des services constitue, d’ailleurs, une des priorités du 12e Plan (2011-2015) et les consommateurs chinois aspirent, d’ores et déjà, à plus de loisirs, de services à la personne, de dépenses de santé….

Les efforts en faveur de l’élévation du niveau de capital humain. La croissance de la producti-vité par tête est soutenue par une politique éducative volontariste. Selon le rapport du CAE, entre 1996 et 2008 le nombre de personnes ayant fréquenté l’université est passé de 24,73 mil-lions à 83,62 mil24,73 mil-lions et la part des actifs passés par l’enseignement supérieur s’élève à 26 %.

4. LES ENJEUX DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE CHINOIS

L’intensité de la croissance a permis de réduire spectaculairement le taux d’extrême pau-vreté (moins de 1,25 dollar par jour pour vivre) : selon la Banque Mondiale il est passé de 77,2 % en 1981 à 14,3 % en 2010. Mais les inégalités de revenus ont beaucoup progressé : en trente ans de 1985 à 2014, l’indice de Gini des revenus est passé de 0,24 à 0,47. Les écarts de revenus entre les ménages ruraux et urbains sont de l’ordre de 1 à 3. Ces inégalités crois-santes constituent une menace pour le dynamisme de la consommation intérieure. Au plan local, la population associe inégalités de revenus et corruption. Le contexte social apparaît potentiellement explosif, les « incidents de masse » se multiplient. Depuis la crise financière et la mise en d’un plan de soutien de la demande la Chine met progressivement en place un nouveau modèle de développement plus autocentré au sein duquel la consommation et l’investissement devraient se substituer aux exportations. Enfin plus que d’autres, le pays doit relever un défi écologique (urbanisation rapide, émissions de CO2, contamina-tion des eaux et des sols…). Les pollucontamina-tions causeraient chaque année près d’un million et demi de décès prématurés. Devant ce « mur de l’environnement » le gouvernement doit mettre en place une révolution verte.

Repères chronologiques • 1978: ouverture de l’économie chinoise

• 2001: adhésion de la Chine à l’OMC

• 2010: la Chine devient la deuxième puissance économique mondiale devant le Japon www.economie-gestion.com

Cette organisation internationale, en place depuis le 1er janvier 1995, constitue à la fois une enceinte de négociations et une juridiction internationale. Elle entend prolonger l’œuvre du GATT en ma-tière de libéralisation commerciale tout en introduisant plus d’équité dans les rapports Nord-Sud.

Point clé

1. UNE INSTITUTION INTERNATIONALE ATTRACTIVE

Quatre grandes missions sont confiées à l’OMC :

• assurer la mise en place des accords conclus dans le cadre de l’Uruguay round ;

• constituer un cadre permanent de négociations commerciales internationales ;

• examiner régulièrement les politiques commerciales des États membres pour réduire les obstacles aux échanges ;

• instaurer une procédure nouvelle de règlement des différends.

Les objectifs de l’OMC épousent ceux du GATT mais avec, en plus, l’ambition d’arbitrer efficacement les conflits commerciaux entre pays membres.

En 1995, l’OMC comptait 112 membres. Depuis, de nombreux pays ont rejoint l’OMC comme l’Angola en 1996, la Chine en 2001, le Viet Nam début 2007, la Russie en 2011. En 2016, le nombre de ses membres atteint 162. D’autres pays négocient leur adhésion ou un statut d’observateur. Cette croissance témoigne de l’attractivité de l’OMC.

2. UN POUVOIR DE RÉGULATION DES ÉCHANGES

Pour soutenir la libéralisation des échanges, l’OMC se base sur l’Acte final de l’Accord de Marrakech (1994) qui prévoit notamment :

La réduction des protections sectorielles :

• la fin de l’exception agricole, avec la réduction progressive des aides à l’exportation et des aides directes, complétée par l’ouverture des marchés aux produits étrangers de l’ordre de 3 % puis 5 % de la demande intérieure ;

• le démantèlement de l’Accord Multifibres (suppression des quotas textiles effective en janvier 2005) ;

• la libéralisation des échanges de services : General Agreement on Tariffs in Services, concrétisé par deux accords en 1997, libéralisant les services de télécommunication et les services financiers ;

• l’Accord sur la Propriété Intellectuelle : le TRIPS (Trade Related Intellectual Property Rights).

Cet accord pose le principe qu’une marque ne peut être utilisée sans l’accord de son détenteur et oblige les États membres à établir des sanctions en cas de fraude.

3. L’ORGANE DE RÈGLEMENT DES DIFFÉRENDS, CLEF DE VOÛTE DE L’OMC

L’ORD est un organe quasi-judiciaire, créateur d’une nouvelle source de droit. Il est autorisé à sanctionner financièrement les États. Un tel pouvoir est unique dans le droit international. En

47 L’organisation mondiale du

commerce

Fiche 47 L’organisation mondiale du commerce © D un od - To ut e re pr od uc ti on n on a ut or is ée e st u n lit .

cas de litige, la nation qui s’estime lésée peut demander la constitution d’un groupe de 3 membres qui rend ses conclusions. Le mémorandum relatif au règlement des différends fixe les modalités d’instruction des plaintes et les mesures censées assurer l’efficacité des condamnations.

Le nombre des différends soumis à l’ORD témoigne à la fois d’une relative efficacité de la procédure mais également de l’intensité des frictions commerciales internationales. Néanmoins les procédures d’appel de ses décisions sont de moins en moins nombreuses ce qui témoigne de sa légitimité croissante.

Les États-Unis apparaissent au centre des conflits commerciaux, ils sont l’objet de nom-breuses plaintes et déposent un nombre important de plaintes contre des pays émergents, particulièrement sur la protection des droits de la propriété intellectuelle.

4. UNE INSTITUTION SOUMISE À DES CRITIQUES PARFOIS VIOLENTES

À la fin des années 1990, le mouvement altermondialiste critique les conséquences so-ciales des plans de libéralisation imposés au pays du Sud. Les manifestations qui accom-pagnent la troisième conférence ministérielle de l’OMC à Seattle en 1999 ont un reten-tissement considérable.

La pratique a révélé la difficulté d’une indépendance réelle de l’OMC face aux pays déve-loppés qui tentent de contourner ses décisions voire d’imposer leur agenda. Un exemple frappant reste l’unilatéralisme des États-Unis : pour préserver leur position commerciale les États-Unis utilisent toujours une particularité de leur législation commerciale (articles 301 et super 301). De même l’accord sur les TRIPS a été imposé par les États-Unis, ce qui pose problème dans certains secteurs comme l’industrie pharmaceutique où l’accès des PVD aux médicaments produits par des firmes américaines est limité par cet accord. L’organisation de l’OMC assure théoriquement à chaque État la maîtrise des négo-ciations, mais elle encourage de fait les États à conduire des négociations officieuses, contraire au multilatéralisme.

5. LA MONTÉE DES DISSENSIONS ENTRE LES ACTEURS

La conférence ministérielle de l’OMC de Seattle (1999) a échoué du fait des divergences entre les États-Unis et les Européens et du fait de la volonté nouvelle des pays en déve-loppement de se structurer pour faire entendre leur voix. La conférence ministérielle de Cancun (2003) se clôt, elle aussi, par un échec largement pour les mêmes raisons. À cette occasion le « groupe des 22 » se constitue autour de la Chine, l’Inde est le Brésil pour réclamer la baisse des subventions agricoles.

Le cycle de Doha lancé en novembre 2001 dit « cycle du développement » est suspendu en juillet 2006. Les États-Unis hésitent à réduire leurs subventions agricoles, l’Europe est peu encline à diminuer ses droits de douanes sur les produits agricoles alors que l’Inde et le Brésil exigent une libéralisation agricole en préalable à un démantèlement des instru-ments de protection de leurs marchés industriels et de services.

Repères chronologiques • 1994 (avril) : Accords de Marrakech qui instituent l’OMC

• 1999 : troisième conférence ministérielle de l’OMC à Seattle marquée par des manifestations altermondialistes

• 2001 : adhésion de la Chine à l’OMC

• 2001 : lancement du cycle de Doha, dit « cycle du développement » • 2006 (juillet) : suspension du cycle de Doha

48 De la crise financière des

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